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La liste Lagarde des évadés fiscaux grecs aurait été falsifiée

mercredi, 2 janvier, 2013 - 16:52

Le ministre grec des finances à qui Christine Lagarde avait remis la liste des évadés fiscaux, aurait effacé les noms de ses proches. Un nouvel épisode d'un interminable et mauvais feuilleton sur l'état de délabrement de la classe politique grecque.

La liste Lagarde continue de faire des vagues en Grèce. L'ex-ministre socialiste des finances Giorgos Papakonstantinou est accusé d'avoir falsifié le listing des évadés fiscaux grecs en Suisse. Le grand argentier grec qui a imposé le premier plan de rigueur à son pays après avoir négocié son sauvetage par l'Union européenne et le FMI, aurait supprimé quelques noms de la liste que lui avait remise son homologue française de l'époque, Christine Lagarde. Et comme par hasard, il s'agit de deux cousines et de leurs époux.

Pas moins de 71 députés de droite, socialistes et centre-gauche, partenaires de l'alliance aujourd'hui au pouvoir à Athènes, demandent la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur le rôle de Papakonstantinou dans la disparition des membres de sa famille de la liste Lagarde. Une enquête qui engendrerait alors d'éventuelles poursuites pénales contre l'ancien ministre.

L’affaire de la "liste Lagarde" commence en 2008 lorsque qu’un cadre informaticien se sauve de la filiale genevoise de la banque HSBC, avec un listing de 79.000 personnes, dont 8.230 Français et 2.059 Grecs.
Après un transit entre la France, le Liban, l’Espagne, l’informaticien est arrêté en Espagne à la demande de la Suisse. Il y est toujours incarcéré.

En 2010, Christine Lagarde, donne la liste des fraudeurs grecs à Papakonstantinou. Mais ce dernier, comme son successeur, Evanguelos Vénizélos (également socialiste du PASOK), "égarent" la liste pendant deux ans.
Par précaution Papakonstantinou l'aurait néanmoins expurgé des noms de ses proches avant de l'égarer…

Finalement, le journaliste d’investigation, Kostas Vaxevanis, directeur de l’hebdomadaire Hot Doc, la récupère et la publie sur dix pages le 27 octobre 2012. Le lendemain, une dizaine de policiers viennent l’arrêter. Le soir même, il est libéré et finalement acquitté le 2 novembre.

Sommet de l'iceberg 

Depuis trois ans, le SDOE (Unité de lutte contre le crime financier et économique) tente d’y voir plus clair.
La liste Lagarde ne pèse finalement pas très lourd: 500 millions d’euros mis à l'abri du fisc hellène dans la filiale genevoise de HSBC. Ce n'est que le sommet de l'iceberg. Il y a sans nul doute d’autres comptes plus fournis dans d'autres banques helvètes. Plus de 260 milliards d’euros ont été retirés des banques grecques par des particuliers depuis 2008, craignant une faillite des banques comme cela s’était passé en Argentine et en Serbie dans les années 80-90.

Certes, les petits épargnants ont caché leurs économies dans des coffres-forts, sous les draps ou les matelas. Mais les plus fortunés ont fait passer leur argent à l’étranger : Suisse, Royaume-Uni, Chypre et dans différents paradis fiscaux.

On note une surreprésentation des retraités et des femmes au foyer dans cette liste. Souvent la fraude se passe en famille. C’est ainsi qu’on retrouve nombre d’étudiants, sans doute prête-noms et, plus drôle encore, quelques mineurs et même un appelé sous les drapeaux, sans oublier un couple d’employés du fisc au Pirée, quelques agriculteurs et même un vendeur en gros de faux bijoux.

Garagistes et diamantaires

Mais la plupart des 2.059 (en fait ils seraient au moins 2.063, si on ajoute la famille Papakonstantinou) viennent des professions libérales habituées à ne pas payer d’impôts: architectes, avocats, médecins spécialistes, pharmaciens, garagistes, bijoutiers, éditeurs, professeurs d’université, journalistes… Parmi les secteurs d’activité économique on retrouve le shipping (armateurs, courtiers, plaisance, ferry…), la bijouterie et diamantaires, le textile, l’immobilier, le tourisme (hôtels, bars, restaurants), de l’import-export et des industriels du monde des matières premières et l’agro-alimentaire. Bref, tout ceux qui faisaient, ou qui auraient pu faire, la richesse du pays.

Parmi les personnalités connues :

  • La famille Marinopoulos, numéro un de la grande distribution en Grèce et très présent à Chypre, en Bulgarie et en Albanie. Marinopoulos avait été racheté par Carrefour en 2000. Mais en juin 2012, le distributeur français a revendu ses parts à la famille Marinopoulos.
  • Ilias Lalaounis, grand créateur de bijoux, né à Athènes 1920, un proche à une autre époque de l’archevêque Makarios et du Shah d’Iran. Il a ouvert sa première galerie à Paris en 1976, puis à New York en 1979, Hong Kong en 1981…
  • Fotis Bobolas, magnat des médias, co-fondateur de Mega TV, éditeur des grands quotidiens "To Vima", "Ta Néa", "Ethnos", très proche du PASOK.
  • Une partie de la famille Goulandris. Les Goulandris sont des armateurs et des mécènes dont la fortune est supérieure aux descendants Onassis et Niarchos.
  • L’armateur Nikos Drossopoulos qui travaille avec les Russes
  • Nikos Papastavrou, l’ancien directeur de l’OTE (l’équivalent de France Télécom).
  • Kostas Kaïlis et sa femme Maria, ancien directeur de DEH (l’EDF grecque).
  • Le diplomate Dimitri Platis. Le consul honoraire de Finlande en Grèce.
  • L’amiral Kostas Baïraktaris et Moïse Konstantinidis, président du Conseil israélite d’Athènes.
  • Le professeur d’économie à l’université d’Athènes, Ioannis Fountis …

Mais on note des bizarreries dans cette liste. Elle n’est pas classée par ordre alphabétique, ni par catégories socio-professionnelles. Par ailleurs les noms propres sont écrits en caractères latins et quand il y a mention de la profession, cette mention est rédigée soit en français, soit en anglais, soit en italien !

Tout cela engendre bien des suspicions et les tripatouillages prêtés au ministre à qui Christine Lagarde a remis en mains propres le CD original ne font que les renforcer.

Par sa gravité, cette nouvelle affaire de falsification d'un document officiel illustre une nouvelle fois la décomposition avancée du pays au niveau de ses élites économiques et politiques. Dans son état actuel, la Grèce sera-t-elle capable d'aller jusqu'au bout d'une opération "mains propres" ? On peut objectivement en douter. 




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