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Journalistes et politiques font trop bon ménage en Italie

lundi, 21 janvier, 2013 - 17:59

En Italie, presse et politique font tellement bon ménage que l'on ne compte plus les journalistes se présentant aux élections. Des relations consanguines amplifiées par la crise de la presse. 

Avant d'opter pour la profession de dictateur fasciste, Benito Mussolini dirigeait le journal socialiste l’Avanti. Cela ne veut pas dire que tous les journalistes italiens qui s’apprêtent à participer le 25 février prochain à la compétition électorale pour obtenir un fauteuil au parlement ou au sénat, rêvent d'un destin comparable. Mais face au nombre croissant de journalistes prêts à troquer leur plume contre le titre d’"Honorable" dont sont affublés les élus italiens, le parallèle s’impose.

De l’autre coté des Alpes, la presse a, de tout temps, fricoté avec la politique. Mais pas à la façon française souligne le journaliste Alessandro Farrugia du groupe "Quotidiano nazionale".

En Italie, les histoires d’alcôves ne finissent pas comme en France. Les journalistes ont des histoires d’amour plus ou moins longues et plus ou moins secrètes avec les politiciens mais ils ne vivent pas ensemble. Cela ne fait pas partie de nos mœurs !"

ironise Alessandro Farrugia. Pas de couples mixtes comme Valérie Trierweiler et François Hollande, mais des relations plus informelles.

En Italie, on préfère la fusion. Le mélange consanguin est tel que les deux professions tendent à se confondre.
Un journaliste inscrit à l’Ordre professionnel peut travailler dans un média et jouer en même temps les attachés de presse pour une entreprise ou un politique. Pour la Commission des journalistes italiens, les deux choses ne sont pas incompatibles.

On ne peut pas écrire sur un parti politique et s’occuper de ses relations publiques en même temps"

s’insurge Oswaldo Scorrano critique de cinéma du quotidien romain La Repubblica . Dans le secteur culture, de nombreux journalistes passent régulièrement d’un coté à l’autre de la barrière. En France c'est plus compliqué: le comeback en journalisme après s'être mis au service d'un parti ou d'un gouvernement est des plus certains.

Mieux vaut être élu que pigiste

Mais la déontologie en Italie comme en France se heurte aux difficultés de la vie quotidienne:

Il faut bien manger et la presse paye si mal "

se justifie un collègue spécialisé dans le port des deux casquettes. Sans parler de l’incertitude en période de crise, les places de journaliste à plein temps étant devenues si rares.

L'autre solution pour s'assurer des revenus stables, c'est de se faire élire.

J’ai 60 ans, dans deux mois j’aurais surement été remplacé. Certes, je pourrais trouver des collaborations ça et là mais rien de stable"

confie Corradino Mineo.

Directeur de la chaine d’information en continu Rai News, ce Sicilien à l’œil ténébreux a été propulsé tête de liste pour la course au Sénat en Sicile par le parti démocrate. Il affirme entrer en politique avant tout par conviction.

Je crois que je peux faire quelque chose pour le pays. Je connais bien la politique pour m’en être occupé pendant presque quarante ans alors pourquoi ne pas essayer ?".

Comme lui, une dizaine d’autres journalistes ont décidé de participer à la compétition électorale. C’est le cas également d’Ernesto Auci, ancien directeur du quotidien économique et financier Il Sole 24 Ore. Contacté il y a une dizaine de jours par Mario Monti, ce journaliste, la soixantaine séduisante et élégante, a sans hésiter accepté de se présenter à Turin.

Oscar Giannino, son ex-collègue du Sole 24 Ore a préféré fonder son propre parti "Fermare il declino" ["arrêter le déclin"]. Ou Ida Dominjanni du quotidien communiste "Il Manifesto" qui se présente sous les drapeaux de Sel, le parti fondé par Nichi Vendola gouverneur des Pouilles et allié du parti démocrate.

Aux prochaines législatives, les journalistes vont ainsi se bousculer aux portillons du parlement et du sénat à droite comme à gauche.

"Nous n’avons plus aucune crédibilité"

Mais tous ne seront pas élus. Alors que faire en cas d’échec ? "Rempiler dans la presse" affirment Michele Santoro ou Lilli Gruber. Après avoir trainé leurs bottes pendant de longues années sur les plateaux de télévision du service public, ils ont opté pour un siège au parlement européen en 2004. L’expérience n’a pas du suffisamment leur plaire, les deux journalistes ayant opté pour un retour aux sources avant la fin de leur mandat électoral.

Les journalistes candidats aux deux chambres reflètent l’état d’esprit de notre profession. Nous n’avons plus aucune crédibilité, nous sommes dévorés par les scandales de collusion et de pots de vins. Certains journalistes sont payés pour interviewer des politiciens, la plupart sont réduits au rôle de courtisans. Mais au final, cette situation s’inscrit parfaitement dans le contexte italien, un contexte ou tout est permis et où l’éthique a été abolie "

s’énerve un autre confrère.

Ainsi, si "le journalisme mène à tout à condition d'en sortir" comme l'affirmait au XIXème siècle l'écrivain et critique Jules Janin, il mène le plus souvent en Italie à la politique. Reste alors à savoir à quoi elle mène à son tour… 




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