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Allocations chômage : les cadres dans le collimateur

mercredi, 23 janvier, 2013 - 14:44

La Cour des comptes préconise de réduire les indemnisations chômage pour les salaires élevés. Les cadres supérieurs sont dans le collimateur. Elle étaye sa recommandation en affirmant que le système français est le plus généreux d'Europe. Ce n'est pas si simple. Notre enquête chez nos voisins dément en partie le rapport des magistrats de la rue Cambon.  

La Cour des comptes recommande de réduire l’indemnisation-chômage pour les cadres supérieurs. Cette mesure s'impose pour réduire le déficit prévu de l'assurance chômage en 2013 de 5 milliards d'euros. Pour Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes il y a urgence, car "l’endettement pourrait s’élever à 18,5 milliards d'euros", ce qui est "insoutenable".

La Cour des comptes propose "un taux de remplacement décroissant des prestations de l’assurance-chômage pour les niveaux d’indemnisation les plus élevées". Le taux de l’allocation chômage par rapport à l'ancien salaire diminuerait donc au-delà d'un plafond.

Pour étayer ses propositions, les magistrats de la rue Cambon comparent la durée de l'indemnisation chômage et son montant en France avec ses voisins et affirment que le système français est plus généreux. Il faut travailler quatre mois dans les 28 derniers mois contre 12 dans les 24 derniers mois en Italie ou en Allemagne pour bénéficier de l'assurance chômage.

La durée maximale d’indemnisation est, selon la Cour, également plus longue: 2 ans en France pour les moins de 50 ans, au lieu d’un an en Allemagne. Quant à l’allocation elle est égale à 63% du revenu antérieur, un niveau jugé par les sages plus haut que nos voisins pour les bas revenus mais surtout pour les plus hauts. Ainsi, selon le rapport, un cadre français qui gagne 7 200 € net, a droit à une allocation de chômage de 5 012 €, contre 2 200 € pour un cadre allemand.

Myeurop a mené récemment son enquête chez nos voisins européens en évitant les généralisations. La réalité n'est pas aussi simple que le laisse penser le rapport de la Cour des comptes. Nous sommes loin d'être aussi affirmatifs, notamment concernant la durée et le taux de remplacement de l'ancien salaire par les assurances chômage.

Nous avions cependant titré notre article sur le sujet publié le 7 décembre dernier "Chômage: La France indemnise bien… surtout les cadres sup", pointant ainsi, comme la Cour des comptes, le fait que les chômeurs qui avaient un haut revenu sont effectivement mieux indemnisés en France qu'ailleurs.

Les pays du nord compensent le mieux l'ancien salaire

Nous avons souligné dans cette enquête que la générosité d'un système s'apprécie sur plusieurs critères: les conditions d'octroi des indemnités, le montant de ces indemnités, leur durée de versement ou encore les obligations faites aux chômeurs en matière de recherche d'emploi.

Tout d'abord, il s'agit de voir dans quelle proportion le salaire que l'on a perdu est compensé par le versement d'une allocation chômage. Ce que l'on appelle "le taux de remplacement". Il est de 57% du salaire brut en France. Mais les comparaisons de taux effectif de remplacement sont très délicates.

La France compense plutôt bien l'ancien salaire, mais un certain nombre de pays vont au delà, comme la Suède, le Danemark, les Pays-Bas mais aussi la Belgique ou le Portugal. En plus, ces comparaisons varient en fonction des niveaux de salaires. En France, les bas salaires sont très bien compensés mais aussi les hauts salaires. En revanche les salaires à peu près médians sont moins gâtés.

Les "chômeurs riches" très bien indemnisés en France

Si l'on prend un salaire brut mensuel de 2.600 €, un chômeur touchera plus de 2.000 € au Danemark, 1.560 en Allemagne et 1.490 en France. Mais pas plus de 1.100 € en Italie et moins de 380 € au Royaume-Uni. Il faut dire que ce dernier pays n'a pas comme principe de remplacer le salaire mais d'octroyer seulement une allocation permettant de survivre, quel que soit l'ancien revenu.

La réalité n'est pas la même si l'on considère le montant maximal des indemnisations perçues. Car Le plafonnement du salaire de référence est particulièrement élevé en France, certains chômeurs percevant jusqu'à 6.100 euros par mois.

Si l'on excepte la Suisse, où le plafond est quasiment à 7.000 €, ce niveau est trois à quatre fois plus important que dans le reste de l'Europe. il est par exemple autour de 2.200 € en Allemagne et au Danemark, de 1.400 € en Belgique ou de 1.100 € en Italie.

Les Pays-Bas indemnisent le plus longtemps

La durée maximale d'indemnisation est offerte par les Pays-Bas – 38 mois – même si elle peut être encore supérieure en Belgique où cette durée est fonction de nombreux paramètres d'âge, de sexe ou de région.

Mais la France est quand même très bien placée avec une durée de 36 mois pour les plus de 50 ans. Pour les moins de 50 ans, le chômeur français bénéficie de 4 mois à 2 ans d'indemnisation en fonction de durée de l'activité précédente.

C'est comparable à ce qui se passe en Allemagne, au Danemark en Espagne ou au Portugal. Mais l'indemnisation maximale ne dépasse pas un an en Italie, en Suisse ou au Luxembourg. Et elle s'interrompt au bout de six mois au Royaume-Uni.

Quatre mois d'activité – quatre mois de chômage

En ce qui concerne l'accès au chômage , la France, là encore, offre à ses salariés des conditions favorables. Il suffit en effet de travailler – et donc de cotiser – quatre mois pour bénéficier d'une durée équivalente d'allocation chômage. Et cette durée de cotisation est strictement égale à celle de l'indemnisation chômage jusqu'à 24 mois.

C'est beaucoup plus généreux qu'en Allemagne où un an de travail ne permet de percevoir que six mois d'allocations, contre 12 en France. En Espagne ou en Italie, c'est encore plus dur puisque la durée de cotisation ouvre droit à une durée d'indemnisation trois fois plus courte.

Cela dit, les Pays-Bas et le Danemark offrent des conditions à peu près équivalentes à celles de la France. Au Danemark par exemple, il faut travailler un an pour avoir droit au chômage mais les chômeurs bénéficient tout de suite d'une durée de 2 ans d'indemnisation.

On serait presque tenté de dire que la France est l'endroit idéal pour perdre son emploi. Même si des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas se montrent aussi généreux, voire plus généreux pour les revenus moyens. Reste que l'on peut se poser une autre question: la France n'est-elle pas aussi le pays "idéal" pour ne pas retrouver de travail ?
 




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