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Les Italiens accusent la France d’avoir abattu le DC-9 d’Ustica

lundi, 4 février, 2013 - 15:04

Trente trois ans après le crash d’un DC-9 civil à Ustica en Sicile, l’Etat italien vient d'être condamné à indemniser les 81 victimes. Un missile qui aurait été tiré par erreur par un avion de chasse français venant de Corse. Les victimes et la presse italienne demandent à François Hollande de dire la vérité.

C’était le 27 juin 1980. A 20.59 heures, un DC-9 civil avec 81 personnes à son bord s’abime en mer tyrrhénienne près de l’ile d’Ustica, dans le nord de la Sicile. Il n’y aura aucun survivant. Au départ, les enquêteurs suivent la piste d’un attentat. Normal, c’était la période des années de plomb, l’époque du terrorisme des Brigades rouges et des attentats d'extrême droite.

Mais la thèse est vite écartée et l’enquête piétine. Quasiment vingt ans plus tard, en 1999, le juge d’instruction Rosario Priore s’oriente vers la théorie d’un missile tiré par un avion de l’Otan, soit français soit américain.

Selon ce magistrat, le DC-9 aurait été victime d’une erreur de tir d’un chasseur qui poursuivait initialement l'avion colonel Kadhafi survolant la péninsule. En clair, les avions de l’Otan voulaient désintégrer en plein vol l'appareil du leader libyen qui volait dans le sillage du DC-9. Interpellé, le gouvernement américain a toujours démenti toute implication. Coté France, pas de réponse.

"Les Français voulaient se débarrasser de Kadhafi"

Depuis, un quart de siècle s'est écoulé sans que l'enquête aboutisse. L’an dernier, le tribunal de Palerme (Sicile) a condamné l’Etat italien à verser des dommages et intérêts aux familles des victimes. Dans leur verdict, les magistrats déclarent que l’Etat italien n’a pas été capable de garantir la sécurité des passagers. Les radars civils et militaires n'auraient pas suffisamment surveillé les cieux.

L’Etat italien a fait appel, mais la Cour de cassation de Palerme vient de confirmer le jugement de première instance. Ils vont même plus loin en confirmant la thèse du missile.

Du coup, les langues se délient et les Italiens pointent un doigt accusateur en direction de la France.

A la fin des années soixante dix, il y avait beaucoup de tensions entre la France et la Libye. Le colonel Kadhafi voulait prendre le contrôle de la bande de Faya Largeau au Tchad et les Français n’étaient pas d’accord. Il y avait aussi les questions du terrorisme et le colonel n’avait pas bonne presse. Les Français voulaient se débarrasser de lui."

analyse un journaliste italien.

C’est d’ailleurs la théorie du juge d’instruction Rosario Priore qui évoque pour la première fois en 1999, une tentative d’assassinat contre le colonel Kadhafi. Le soir du 27 juin 1980, le leader libyen devait se rendre à Malte. Son avion classé "VIP" par les radars de l’Otan était escorté par un Mig libyen.

Douze décès suspects

Averti par les services secrets italiens qui auraient eu vent d’une tentative d’assassinat orchestré par la France, l’avion du colonel fait demi-tour. Le Mig qui l’escortait, tente d’échapper à la poursuite des chasseurs français en se dissimulant derrière le DC-9. Les chasseurs tirent un missile, ratent leur cible et abattent le DC-9.
Une explication corroborée en 2007 par l’ex président de la République italienne Francesco Cossiga. Dans une déclaration officielle, il affirme avoir été

informé par les services secrets, le Sismi, d’une tentative d’assassinat contre le colonel Kadhafi organisée par la France, que les agents secrets auraient immédiatement averti et qu’un chasseur français aurait abattu le DC-9 par erreur".

L’ancien président de la République italienne ajoutera que 

la France ne dira jamais rien et que si un journaliste pose trop de questions, il pourrait avoir un accident de voiture".

S’appuyait-il sur les affirmations du juge Rosario Priore qui dénonçait douze décès suspects – de contrôleurs aériens et de pilotes- autour de cette affaire ?

Interpellée à plusieurs reprises dans le cadre de commissions rogatoires organisées par les juges transalpins en charge du dossier, la France a toujours nié la présence de ses avions militaires dans la zone d’Ustica.

"La France doit dire ce qu’elle sait"

Des affirmations démenties par le général des carabiniers Nicolò Bozzo qui se trouvait en Corse à l’époque du drame, à quelques kilomètres de la base militaire de Solenzara.

"Ce soir là, je n’ai pas réussi à diner, la pizzeria avait été réservée par des pilotes. Pendant toute la nuit et notamment entre 19heures et 22 heures, plusieurs chasseurs ont quitté la base en direction de l’Italie. Le bruit était infernal. Le lendemain j’ai changé d’hôtel malgré les explications de la propriétaire qui affirmait que la base était toujours très tranquille" déclarera le général Nicolò Bozzo devant les juges palermitains. Interpellée encore une fois, la France répond que cette nuit-là, la base de Solenzara avait cessé toute activité à 17.30 heures.

Les radars de l’aéroport de Fiumicino à Rome ont enregistré cette nuit là les signaux d’une intense présence militaire entre la Corse et la zone de l’accident"

rétorque Mario Vadacchino, membre de la commission d’experts nommée par la partie civile.

La France doit dire ce qu’elle sait. Le secret d’Etat doit être levé s'il y a secret d’Etat"

réclame pour sa part Andrea Benetti de l’association des victimes d’Ustica.

De l’autre coté des Alpes, les associations de victimes et la presse italienne demandent elles aussi à François Hollande de lever le voile. Cet appel sera-t-il entendu ?  


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