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François Hollande sacrifie l’avenir aux nantis de l’agriculture

lundi, 11 février, 2013 - 17:22

Pour sauver les aides européennes à l'agriculture française qui ne profitent qu'à une minorité d'agriculteurs privilégiés, François Hollande a sacrifié les mesures pour la croissance, l'emploi et l'investissement dans les secteurs d'avenir. 

"François, je t'ai compris, le changement, c'est maintenant, alors allons-y

En interpellant François Hollande en visite au Parlement européen à la veille du sommet européen, Daniel Cohn-Bendit voulait prendre le chef de l'Etat au mot. Mais au-delà de l'effet de manche qui pouvait vraiment y croire? La France sous présidence socialiste, n'a pas dérogé à la règle: l'essentiel est de payer le minimum pour le budget européen.

Autrement dit que la contribution nette de Paris pour l'Europe soit la moins élevée possible. Et pour cela il n'y a qu'une solution: que les "retours agricoles" ne soient pas rognés. Cela vaut tous les sacrifices politiques et idéologiques, toutes les promesses électorales.

Le budget 2014-2020 entériné par les dirigeants européens, ce n'est pas "adieu, veaux vaches, cochons, couvées", c'est adieu, les mesures d'aides pour la compétitivité, la croissance et l'emploi, l'investissement dans les secteurs d'avenir, les nouvelles technologies, les infrastructures, le développement des réseaux transfrontaliers de transport et de télécommunication.

A l'issue de l'habituelle discussion de marchand de tapis lors du vote de ce budget sexennal, chacun affirme évidemment avoir tiré la couverture à soi, faisant fi, au passage, de toute volonté de dépasser ses intérêts nationaux.

David Cameron peut légitimement exprimer bruyamment son autosatisfaction. Angela Merkel et François Hollande s'étaient mis d'accord la veille du sommet sur le niveau des dépenses de l'UE, à 960 milliards d'euros. Ils ont finalement cédé face aux menaces de quitter le navire de David Cameron qui a finalement obtenu une baisse de 3,7 % des crédits de paiement sur le budget européen par rapport à celui de la période 2007-2013, ramenant à 908 milliards d’euros les dépenses effectives.

Triste spectacle

960 milliards, c'est 1% du PIB de l'ensemble des pays de l'Union européenne. C'est sans nul doute trop peu pour avoir les moyens de ses ambitions et l'on pourra toujours regretter l'absence de ressources propres, ce qui permettrait d'éviter ce triste spectacle de dirigeants européens soucieux, avant tout, de ne pas être accusés dans leurs pays d'avoir cédé à leurs partenaires. Mais étant donné l'absence de volonté d'agir de concert dans l'intérêt de tous, la perspective de ressources servant à financer directement le budget communautaire est si lointaine qu'il est préférable de ne pas y compter.

Passons donc sur le montant en baisse notoire du budget européen pour les prochaines années, et oublions les chimères d'un financement direct de l'UE, pour s'intéresser à l'utilisation programmée de ces 908 milliards.

Notre confrère Euractiv.fr a fait les comptes et publie un tableau très instructif des dépenses prévues et acceptées par les chefs d'Etat de gouvernement. On constate que les coupes claires concernent essentiellement les mesures pour la croissance, la compétitivité et l'emploi. Concernant les aides agricoles, la baisse des dépenses prévues est d'un peu plus de 11%. Mais avec 373 milliards, la PAC reste de loin le premier poste de dépenses de l'Union européenne (38,5% de son budget).

Cela n'aurait pourtant rien d'anomal si c'était le prix à payer pour soutenir un secteur essentiel pour l'alimentation et enrayer l'exode rural. Encore faudrait-il que les aides agricoles bénéficient vraiment au plus grand nombre et répondent à une nécessité économique. Enfin, l'enveloppe supplémentaire de 1,25 milliard d’euros allouée à la France afin qu’elle maintienne les aides à certains de ses agriculteurs ressemble fort à un achat à bon compte de la signature française.

Il est cependant bien trop tard pour s'en offusquer alors que ces chèques obtenu à l'arrachée par un pays récalcitrant fait partie des us et coutumes des grands marchandages budgétaire. Margaret Thatcher a officialisé cette pratique avec brio et efficacité il y près de trente ans!

François Hollande aime les riches

Mais François Hollande n'est pas la dame de fer et il va être délicat pour lui d'expliquer à son électorat majoritairement urbain qu'il a sacrifié ses promesses de plan de croissance européen pour aider "10.000 agriculteurs" qui "se sont partagé un chèque de près de 6 milliards d’euros [en 2012], soit en moyenne 600.000 euros par exploitation" comme le souligne Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles dans son blog "Coulisses de Bruxelles".

Qui sont-ils? Ce sont, précise Jean Quatremer, "les céréaliers et autres producteurs d’oléoprotéagineux (tournesol, colza, soja, pois, fèverole, lupin, etc.) qui ont touché le jackpot en décembre 2012 grâce à la Politique agricole commune"

Des exploitants qui ne sont pas vraiment dans le besoin et qui vivraient déjà très bien sans cette manne européenne, les cours des céréales et autres produits de base sur le marché mondial étant au plus haut depuis plusieurs années. François Hollande aimerait-il donc finalement les riches, du moins quand ils possèdent des centaines d'hectares en Beauce ou en Picardie?

Ces aides au revenu distribué à des gens qui n’en ont pas besoin et qui avouent eux-mêmes qu’ils s’en servent pour acheter un appartement sont un vrai scandale"

Qui s'offusque ainsi? Ce n'est pas José Bové, mais Michel Jacquot. Cité par Jean Quatremer, cet ancien conseiller de Jacques Delors sait de quoi il parle. Il a longtemps été le directeur du FEOGA, l'organisme de la Commission gérant la PAC.

François Hollande s'était pourtant déclaré favorable à un plafonnement des aides agricoles. Mais , là encore, face à l'hostilité de David Cameron hostile à cette idée qui ferait perdre des millions à la famille royale (même si le plafonnement est de 300.000 euros par exploitation!) le président français a préféré temporiser. Dommage. 




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