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Les Portugais ne veulent plus payer la facture de l’austérité

jeudi, 28 février, 2013 - 08:28

En plus d'une implacable et interminable cure d'austérité, l'obligation de demander une facture pour le moindre achat sous peine d'une lourde amende est la mesure de trop. Elle engendre un mouvement de désobéissance civile sans précédent au Portugal.

Monsieur l’ex-secrétaire d’Etat á la culture a le sens de la formule.

Si un inspecteur des finances exige que je fournisse une facture à la sortie du restaurant, je lui répondrais: tu peux te la mettre où je pense".

En réalité, les mots employés par Francisco José Viegas, encore au gouvernement il y a six mois, sont plus crus. Il les a écrits dans son blog pour ironiser sur les contrôles fiscaux réalisés par des inspecteurs à la sortie des bars et restaurants, au nom de la lutte contre l’évasion fiscale.

Ce n’est plus "vos papiers s’il-vous plait" mais "la facture de votre café s’il vous plait" sous peine d’amende. Lourde l’amende en cas de défaut du document : jusqu’à 2000 euros. Ce qui pour un café à 60 centimes, prix moyen du "petit noir" dans les estaminets  de Lisbonne, est, pour le moins, disproportionné. Ceci au nom de la sacro-sainte austérité, qui au travers d’une loi contre l’évasion fiscale, place chaque consommateur dans la situation du fraudeur permanent entiché d’une seule obsession: fuir le fisc. 

Le syndicat des agents fiscaux a tenté de rassurer la population en affirmant qu'il ne s’agit pas de mettre un contrôleur derrière chaque client. D’ailleurs précise le syndicat, "nous n’aurions ni le temps, ni le personnel pour le faire". Personne n'y a cru.

"Révolution blanche"

La réaction ne s’est pas faire attendre. Un énigmatique groupe baptisé "Révolution Blanche" suggère aux contribuables d’indiquer, lorsqu’ils réclament une facture, le nom et le numéro fiscal de Pedro Passos Coelho, qui n’est autre que le premier ministre. Grace à internet et aux réseaux sociaux, cette "désobéissance civile ironique" relayée par le mouvement des indignés fait un tabac: les services informatiques du fisc ont reçu des milliers de factures au nom d’un certain Pedro Coelho.

Il est allé des milliers de fois chez le coiffeur se faire faire des colorations, a changé la batterie de sa voiture plusieurs fois par jour, a englouti des tonnes de nourriture… D’autres ministres sont visés. La complicité des commerçants est totale: ils refusent d’être des agents du fisc.

Fin janvier, les Portugais ont, par ailleurs, découvert sur leurs feuilles de paie l’impact des nouvelles mesures d’austérité en 2013. Un nouveau choc fiscal. La réduction des échelons fiscaux et l’imposition d’une taxe exceptionnelle – une de plus- de 3,5% sur les revenus ont réduit de 50 ou 100 euros les salaires des Portugais, déjà fort malmenés depuis trois ans maintenant. Et quand on gagne 600 ou 700 euros par mois, la ponction est particulièrement sévère.

Des mesures d'austérité dont plus personne n'ose prévoir la fin. Les résultats de l’économie portugaise ne sont pas à la hauteur des attentes. Une récession à 2 % plutôt que 1 %, un chômage à 17% de la population, 40 % de jeunes, la dette souveraine qui augmente, et des secteurs entiers de l'industrie sont en panne faute d’argent.

"C’est le peuple qui commande"

Alors que la "troika" de l’aide internationale – FMI, Banque Européenne et UE- entame sa 7e visite de contrôle du plan de sauvetage de l’économie (contre un prêt de 78 milliards d’euros) le gouvernement s’apprête à négocier plus de temps pour relancer l’économie. Plus de temps donc plus d’austérité, le gouvernement conservateur n’ayant pas l’intention de changer de politique.

Les Portugais refusent de plus en plus ces choix qui les ruinent. De nombreux mouvements civiques ont appelé à un grand rassemblement dans 40 villes du pays le samedi 2 mars. La manifestation est chapeauté par le mouvement "Que la troïka aille se faire voir" alors que d’autres organisations protestataires apparaissent.

En attendant samedi, la désobéissance civile se poursuit. La vie quotidienne est rythmée au son d’une chanson emblématique, "Grandola , vila morena", la chanson de Zeca Afonso, qui avait servi de coup d’envoi à la révolution des œillets le 25 avril 1974. A plusieurs reprises, dans l’hémicycle ou ailleurs, des ministres ont été accueillis par des chœurs informels mais organisés, entonnant à tue-tête la fameuse chanson, en guise d’avertissement.

Un nouveau terme fait fureur à Lisbonne : grandoladar, faire une grandola pour rappeler qu’ici "c’est le peuple qui commande" comme le dit une strophe de la célébre et populaire chanson d’Avril. 




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