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Comment financer la dépendance des personnes âgées ?

lundi, 23 mai, 2011 - 13:37

Le financement de la dépendance des personnes âgées est au programme du gouvernement. Un premier rapport sur le sujet vient d'être remis au premier ministre. Le coût du vieillissement et de la perte d'autonomie se chiffre en dizaines de milliards. C'est aussi un enjeu de société et de formation d'un personnel qualifié aujourd'hui insuffisant. Et ailleurs en Europe?

Chronique sur RFI - La dépendance by Myeurop

Le vieillissement de la population et la perte d'autonomie des personnes âgées va nécessiter des besoins de plus en plus importants. Selon les derniers chiffres connus, en 2010, les organismes publics ou parapublics français (Sécurité sociale, Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, les départements…) ont dépensé 24 milliards d'euros pour la prise en charge des personnes âgées – auxquels il convient d'ajouter 10 milliards qui viennent directement des familles – soit 1,22% du PIB. L'OCDE avance, elle, le chiffre de 1,8%.

Selon les projections réalisées par l’Insee et la Drees (direction statistique du ministère de la santé), la France devra trouver de l'ordre de 10 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2040.

Cela monte modérément jusqu'en 2025 et de façon un peu plus accentuée jusqu'à 2040 mais si l'on ramène cela au PIB 2010 cela fait grosso modo dix milliards d'euros à trouver en 30 ans"

explique l'économiste Jean-Michel Charpin.

L'OCDE est plus alarmiste: elle prévoit que les dépenses allouées au financement de la dépendance devraient doubler voir tripler d’ici le milieu du siècle.

Mais dès 2014 et 2015, le surcoût de la dépendance pourrait être de l'ordre de 2,5 milliards.

Augmenter la CSG des retraités

Le gouvernement français s'est engagé à faire voter d'ici à la fin de l'année une loi sur la dépendance et son financement. Pour préparer le terrain, pas moins de trois rapports ont été commandés par Matignon. Le premier vient d'être remis au premier ministre par Luc Broussy, ex-conseiller pour les "personnes âgées" dans l'équipe électorale de François Hollande.

Un autre rapport, rédigé par Jean-Pierre Aquino, président de l'Association internationale de gériatrie et de gérontologie, consacré à la prévention de la dépendance sera également prochainement sur la table du chef du gouvernement. Enfin un rapport comparant les solutions mises en œuvre dans d'autres pays sous la responsabilité de Martine Pinville, députée socialiste de Charente a également été demandé.

Plusieurs solutions sont à l'étude.

  • Une hausse de la CSG pourrait être proposée. Une idée défendue avant l'arrivée des socialistes au pouvoir par le laboratoire d'idées Terra Nova, proche du PS. Selon le think tank, il permettrait de récupérer 2 milliards d'euros par an en alignant le taux acquitté par les retraités imposables (6,6%) sur celui des actifs (7,5%).
  • Autre solution, parmi d'autres, mettre le patrimoine à contribution, en augmentant, par exemple, les droits de successions.
  • Ou encore, la multiplication des "jours de solidarité" comme cela a été fait pour le lundi de Pentecôte. Ces jours fériés supprimés devant financer les actions en faveur des personnes âgées ou handicapées.
  • Les assurances pourraient également être mises à contribution. Environ six millions de personnes en France sont déjà couvertes pour le risque de dépendance par des mutuelles.

Le vieillissement, un défi d'avenir

1,8% du PIB pour la dépendance des personnes âgées, c'est un peu plus que la moyenne des pays de l'OCDE, qui s'établit à 1,5%. Mais, surtout, nettement moins que la Suède ou les Pays-Bas qui y consacrent respectivement 3,5% et 3,6% de leur produit intérieur.

De nombreux pays d'Europe de l'Est et du Sud, où les solidarités familiales jouent encore un rôle d’amortisseur, sont toutefois bien en-deçà : notamment le Portugal (0,1%), la République tchèque (0,2%) et la République slovaque (0,2%).

Toujours selon l'OCDE, "le vieillissement démographique et les mutations sociales vont compliquer la prise en charge des seniors". Les personnes âgées de plus de 80 ans devraient représenter 10% de la population des pays membres de cette organisation internationale en 2050 – contre 4% aujourd'hui.

Droit dans le mur

Sans la mise en place d’une politique globale, "les Etats vont droit dans le mur", prévient l’OCDE. D’autant qu’on aurait tort de limiter la dépendance aux plus de 80 ans. S’ils représentent 50 % des personnes concernées, 20 % d’entre elles ont aujourd’hui moins de 65 ans.

Les gouvernements devront trouver un équilibre, note l'OCDE, entre offrir une prise en charge de qualité et assurer la viabilité des dispositifs".

Aujourd’hui 70 % des personnes dépendantes assistées, le sont à domicile. Mais les coûts des services en établissement représentent 62 % des dépenses totales.

La plupart des pays ont mis en place des dispositifs financés par la collectivité. Un tiers propose une couverture spécifique comme dans les pays nordiques, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg ou la Belgique.

D’autres États à l’image de la France, de l’Autriche ou de l’Italie offrent des prestations particulières dans le cadre de programme d’aides à la personne qui dans l'Hexagone ont pris la forme de chèques emploi-service. Le Royaume-Uni, pour sa part, s’est doté d’un système d’aide sous condition de ressources.

Aider ceux qui aident

L'OCDE précise que :

La prise en charge de la dépendance est trop onéreuse à part pour les plus aisés qui peuvent se l'offrir mais même les individus qui jouissent d'un revenu supérieur à la moyenne peuvent consacrer aux soins jusqu'à 60% de ce dont ils disposent".

L’organisation internationale préconise donc d’augmenter l’appui aux aides familiaux qui s'occupent d’une personne dépendante. En République tchèque et en Pologne, 30% des habitants déclarent travailler bénévolement pour s’occuper d’un proche pendant plus de 20 heures par semaine. En Espagne, la proportion atteint 50%.

Il convient alors de favoriser les possibilités d’aménagement du temps de travail pour les salariés s’occupant d’une personne dépendante. Des congés pour assistance de longue durée existent dans plusieurs pays: près de 80 % des entreprises en proposent dans les pays du Nord contre 20 % en Autriche, en Espagne ou en France.

Manque de main d’œuvre qualifiée

Le vieillissement de la population nécessite, par ailleurs, "d'attirer davantage de main d'œuvre dans le secteur de la dépendance et de la fidéliser". Actuellement 1 % à 2 % de la population active des pays membre de l’OCDE travaille dans ce domaine. Cette proportion devra plus que doubler d’ici à 2050, rappelle l’étude, même si une poignée de pays est déjà plus avancée que d’autres. En Suède et Norvège, par exemple, on compte 3,5 employés pour 100 personnes âgées de 80 ans, mais, en Slovaquie, ce ratio n’est que de 0,5.

La prise en charge des personnes dépendantes étant difficile et complexe, le secteur devra, en outre, réfléchir à une augmentation significative du niveau de qualification des salariés du secteur. Globalement, les infirmiers sont en nombre insuffisant dans les maisons de retraite. Moins d'un salarié sur deux est infirmier. Sauf en Hongrie où leur part atteint 85 %.

Mais augmenter le nombre de salariés qualifiés ne suffit pas. Il faut également faire en sorte que ces emplois deviennent plus attractifs dans un secteur ou le turn-over est important. Cela implique une augmentation des rémunérations proposées.

La plupart des emplois concernés (…) n'offrent pas de perspectives d'avenir et s'accompagnent d'une rémunération et d'avantages sociaux peu élevés."

Quelques pays, à l’instar de l’Allemagne, les Pays bas, la Suède et la Norvège ont pris des mesures en ce sens.
Recours à l’immigration

Malgré ces progrès, l’OCDE estime que les pays ne pourront pas faire face sans faire appel à davantage de migrants qui représentent déjà une part substantielle de la main-d’œuvre du secteur de la dépendance : ils occupent 25 % des postes au Royaume Uni mais 50 % en Autriche, en Grèce ou en Italie.

Pour l'OCDE,

La solution consisterait à augmenter le nombre de permis de travail accordés à la main-d’œuvre du secteur de la dépendance dans les quotas d’immigration, comme l’ont fait l’Australie et le Canada".

Une vérité qui n'est pas politiquement bonne à dire en ces temps où la xénophobie fait si facilement recette…




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