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Santé: les Européens malades de l’austérité

jeudi, 11 avril, 2013 - 13:18

La revue médicale britannique The Lancet dresse le bilan des conséquences de la crise économique sur la santé des Européens. Elles sont dramatiques. Outre la hausse des suicides, la réduction des dépenses de santé de de la prévention a engendré la réapparition de maladies comme la malaria et une brutale augmentation des infections par le VIH .

Dans son rapport "Crise financière, austérité et santé en Europe", la revue médicale britannique The Lancet, dresse un constat alarmant : la santé des européens se dégrade, en particulier dans les pays frappés de plein fouet par les politiques d’austérité. Et confirme la hausse générale des suicides dans l’ensemble de l’Union européenne, dont la courbe s’envole depuis 2007, après une période de sept années de baisse constante.

En Grèce : suicides, sida, malaria et dengue

Selon le Lancet, les nouvelles infections au VIH chez les usagers de drogues par injection ont aussi explosé en Grèce ces deux dernières années. Avant l’austérité, sur la période 2007-2010, le pays comptait 10 à 15 nouvelles infections annuelles dans cette catégorie de population. Le chiffre est passé à 256 nouvelles infections en 2011 et à 314 pour les huit premiers mois de 2012 selon une étude du Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies. Soit vingt fois plus !

En cause : le recul de la prévention, avec, par exemple, l’arrêt des programmes d’échange de seringues depuis 2008. Le directeur de l’étude menée par The Lancet, Martin Mac Kee [1], signale même "la réapparition de la malaria et l’émergence de la dengue en Grèce".

En Espagne : la santé des enfants menacée

Car les plans d’austérité mis en œuvre sous l’impulsion de la Commission européenne en Grèce, au Portugal, en Espagne et en Irlande ont touché de plein fouet les systèmes de santé.

Le forfait à la charge des patients grecs a par exemple augmenté de 3 à 5 euros par consultation et 2 000 lits dans les hôpitaux publics grecs ont été supprimés. Athènes n'avait pas vraiment le choix. "En Grèce, la troïka (UE, FMI, BCE) a demandé à ce que les dépenses de santé ne représentent pas plus de 6% du PIB, notent les auteurs de l’étude, créant ainsi un précédent dans l’UE de prise du contrôle sur le système de santé national d’un État membre."

En Espagne, le gouvernement a adopté en 2012 un plan de réduction des dépenses de santé de 7 milliards d’euros sur deux ans. Le pays a ainsi exclu les sans papiers du système de soins, sauf pour les urgences. Et il a fermé ou privatisé des dizaines d’hôpitaux et de centres de santé. Les enfants ne sont pas épargnés: la proportion d’enfants vivant dans des familles sans emploi a été multipliée par trois en Catalogne [2], avec des conséquences certaines sur leur santé.

Portugal et Irlande : baisse de la couverture santé

Au Portugal, l’accord conclu en 2011 entre Lisbonne et la troïka prévoit une coupe de 670 millions d’euros dans la santé. Le reste à charge des patients a doublé – de 2,25 à 5 euros – pour une consultation en ville et jusqu’à 20 euros pour une visite aux urgences. Seuls les patients à bas revenus, les malades chroniques – si la visite est en lien avec leur maladie – et les personnes handicapées en sont exemptés. En Irlande, la couverture santé a été réduite pour les plus de 70 ans et même les bas revenus doivent maintenant payer un ticket modérateur.

D’autres pays ont réduit leurs dépenses de santé à l’occasion de la crise. En plus de la Grèce et du Portugal, la Lettonie, la Slovénie et le Danemark ont accéléré la restructuration de leur secteur hospitalier. Et les professionnels de santé ont vu leurs salaires réduits en Grèce, au Portugal, en Irlande, mais aussi à Chypre, en Lituanie et en Roumanie.

L’Islande en meilleure forme

"De telles répercussions de la crise sur la santé ne sont toutefois pas inévitables", note la revue britannique, qui prend l’Islande en contre-exemple. Le premier pays touché par la crise financière "a rejeté l’orthodoxie économique qui se faisait l’avocate de l’austérité, a refusé d’être comptable de l’irresponsabilité de quelques banquiers et a investi dans son peuple", et a pu maintenir à niveau ses politiques de santé.

Ailleurs, là où les services publics sont sacrifiés sur l’autel des économies budgétaires, la véritable ampleur des conséquences sur la santé des citoyens ne seront visibles que dans plusieurs années. Alors que les données financières sont mises à jour à la semaine près, il faut environ deux ans pour obtenir les données sanitaires des populations, notamment le suivi du taux de mortalité. Du coup, "l’analyse des effets immédiats de la crise sur la santé" est "impossible", soulignent les auteurs de l’étude.

"Des ministres de la santé bien silencieux"

A leurs yeux, "les voix des responsables de la santé publique sont restées inaudibles dans le débat sur la réponse à apporter à la crise. Nombre de ministres de la Santé sont demeurés silencieux. Le directeur général chargé de la santé et de la protection du consommateur à la Commission européenne a l’obligation légale d’examiner les conséquences des politiques européennes sur la santé. Il ne l’a pas fait pour la politique d’austérité de la troïka. Au lieu de cela, il s’est limité à conseiller les différents ministères de la Santé des pays membres sur comment ils pouvaient couper dans leurs budgets".

Pendant ce temps, les gouvernements ont les yeux rivés sur le moindre point de croissance.

"Une petite lueur d’espoir vient des organisations de la société civile européenne, dont les professionnels de santé, qui se sont prononcées sur les effets néfastes des coupes budgétaires en matière de santé et de dépenses sociales. La question est : quelqu’un les écoute-t-il ?", conclut l’étude.

Le président du groupe des socialistes et sociaux-démocrates au Parlement européen, l’Autrichien Hannes Swoboda, a vite réagi à l’étude britannique.

Tous les rapports de la Commission devraient porter le label “L’austérité tue”

a-t-il déclaré le 27 mars. Sera-t-il entendu ?


Cet article de Rachel Knaebel a été initialement publié par BastaMag le 4 avril 2013. 


[1] A écouter ici.
[2] De 3,7% à 11,2% entre 2005 et 2010.




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