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L’Allemagne importe…des chômeurs européens

lundi, 15 avril, 2013 - 15:20

Le déficit démographique plus fort que la crise? L'Allemagne a besoin de main d'œuvre étrangère pour faire tourner son économie. Une aubaine pour les travailleurs qualifiés des pays voisins, alors que le chômage touche plus de 26 millions de personnes au sein de l'Union Européenne. Analyse.

Deux cent mille: c’est le nombre de travailleurs étrangers attendus par l'Allemagne. Le chiffre a de quoi surprendre une Europe au chômage forcé. Le président de l'Agence fédérale pour l'emploi, Frank-Jürgen Weise, est pourtant formel, "l'Allemagne a besoin de travailleurs qualifiés". Et doit donc donner sans tarder un coup de fouet sa politique d’immigration de travail.

Selon Frank-Jürgen Weise, les besoins les plus urgents concernent les médecins, les aides-soignants et les ingénieurs. Si en 2014, les premières mesures iront dans le sens d'une ouverture à la Bulgarie et à la Roumanie, l'objectif à long terme est d'ouvrir le marché du travail aux Polonais, aux Hongrois et aux populations actives des pays Baltes.

L’Allemagne s’ouvre donc à l’Est, après le Sud: entre 2007 et 2011, c’est la main d'œuvre qualifiée issue des pays d'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie et Grèce) qui a en effet plus que quadruplé. Preuve que nombreux sont les candidats, les instituts Goethe, qui dispensent les cours d'allemand aux travailleurs immigrés, ne désemplissent pas. Et l'OCDE d’avertir: la politique de recrutement doit être allégée au plus vite, car les besoins sont réels et concernent un spectre de professions de plus en plus large. Bref, dans une Europe en crise, l'Allemagne, pays de cocagne?

Crise démographique structurelle

Les bons résultats économiques du pays malgré la crise ne sauraient expliquer complètement ce besoin de main d'œuvre. L'Allemagne connaît depuis des décennies une crise démographique persistante. Depuis trente ans, l'indice de fécondité atteint 1,4 enfants par femme, soit un taux inférieur d'un tiers au seuil de renouvellement des générations. Dans le livre Allemagne, peuple et culture, Alain Monnier indique notamment que la balance des naissances et des décès dans le pays est déficitaire de 2,7 millions depuis 1975. L'Allemagne enregistre donc une perte de population continuelle.

Selon le Spiegel, ce vieillissement extrême entraînerait une baisse de 4 millions d'habitants d'ici 2035, 12 millions d'ici 2050. La population en âge de travailler (entre 20 et 67 ans) en est directement affectée.

Le problème ne date pas d'hier. En 2010 déjà, Goldman Sachs invitait à une ouverture des frontières au profit des travailleurs étrangers pour palier le manque. Selon la banque d'investissement, l'enjeu est de taille: même avec un fort flux d'immigration, il serait difficile d'inverser la courbe, et le marché du travail allemand pourrait enregistrer un déficit de dix millions de travailleurs d'ici 2050. Un vrai coup de frein pour la compétitivité économique du pays.

Et si l'Europe ne suffisait pas?

Une étude de l'Institut de Berlin indiquait fin 2012 que l'Allemagne aurait à intensifier sa politique d'immigration au delà même des pays de l'Union européenne, notamment parce que la plupart de ces derniers, auront eux aussi à faire face dans les années à venir à un problème démographique structurel.

La population en âge de travailler va également baisser chez la plupart de ses voisins. Même analyse dans un rapport de l'OCDE datant du mois de février dernier: "pour que l'immigration contribue suffisamment aux besoins de travailleurs qualifiés, un accroissement conséquent des travailleurs immigrés – à la fois de l'UE/AELE et de pays hors de l'UE/AELE – sera nécessaire".

Il est préconisé d'adopter une politique plus claire à l'égard de ces travailleurs, à l'image de ce qui a été mis en place au Canada. La main d'œuvre immigrée y bénéficie d'une politique d'accompagnement, d'une évaluation sous forme d'un système de points, liés à leurs compétences et leurs qualifications. Résultat, le pourcentage d'actifs issus de ces populations est plus fort au Canada qu'en Allemagne. Les travailleurs venant de l'étranger y sont mieux qualifiés, mieux accompagnés et mieux intégrés.




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