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Merkel menacée par un Beppe Grillo allemand

mardi, 16 avril, 2013 - 13:25

Le parti "Alternative pour l'Allemagne", nouveau parti anti-système fondé dimanche dernier à Berlin se veut une alternative au bulldozer Merkel. Parti attrape-tout, il cristallise les mécontentements en prônant l'abandon de l'Euro à l'exemple de Beppe Grillo en Italie. Reportage.

Après de longues heures d'attente, c'est finalement Bernd Lucke qui s’avance sur la tribune pour annoncer la création officielle d’Alternative für Deutschland (Afd), nouveau parti allemand anti-système, "anti-euro" et "anti-Merkel". Retard sur l'horaire prévu du fait de "petits problèmes internes", explique-t-on …

Ce professeur d’économie de Hambourg tranche avec le reste des fondateurs et militants d'Alternative pour l'Allemagne. Face aux crinières blanches en habits de notable, "Professor" Lucke est la caution jeune et éloquente du parti.

Issus des rangs du parti conservateur CDU et des libéraux du FDP, les fondateurs de la future Afd s'étaient réunis en septembre 2012 autour d’une idée simple: la sortie de l’euro ne doit pas être un tabou. Les dettes des pays de l’Europe du sud affaiblissent la monnaie unique, rendant un éventuel retour au deutsche Mark tout à fait envisageable pour sortir de la crise.

Quelques mois plus tard, même son de cloche sur la scène de l’hôtel Intercontinental de Berlin, où se tenait le meeting de lancement du parti.

L’euro est une erreur historique"

affirme Bernd Lucke, "et la dissolution de la zone euro dans sa forme actuelle fait partie de nos revendications centrales". Le sauvetage de Chypre, et particulièrement le rôle de la Banque centrale européenne, sont également montrés du doigt:

Il est injuste que la caissière de chez Aldi doive se prémunir des pertes des banques avec ses impôts".

Alternative für Deutschland combat aussi un ennemi intérieur : le Bundestag.

Depuis trois ans, nous vivons une effrayante dégénérescence du parlementarisme allemand"

alerte le professeur d’économie.

Il affirme que les députés allemands sont passifs face aux décisions d’Angela Merkel. Cet antiparlementarisme semble calqué sur celui de Beppe Grillo et son Mouvement 5stelle (5 étoiles). L'ex-comique italien, fort de ses 25% aux dernières législatives, se refuse à tout compromis pour former un gouvernement avec une classe politique dont il a juré la perte.

Ce positionnement anti-système va-t-il également séduire les électeurs allemands? Cette volonté de se différencier des actuels responsables politiques est un atout majeur pour les quelques 1500 militants présents dans la salle.

"C’est la dimension alternative qui m’a amené à adhérer à l’AfD", explique un commercial originaire de Hambourg.

Depuis trente ans, ce sont toujours les mêmes au pouvoir. Nous avons besoin de responsables qui soient au courant des enjeux économiques, les problèmes devant nous sont gigantesques! Les hommes politiques ne font pas partie d’une élite, comme en France, ils manquent de formation".

Un parti d’élite: c’est à la fois la force et la faiblesse de l’AfD. Les adhérents sont majoritairement des hommes, entre 50 et 65 ans, avant tout à la recherche d’une émotion politique. Avec 17 Länder (états fédérés) et 7000 membres dans toute l’Allemagne, les places de direction ne sont pas dures à prendre. Et la sortie de l’euro n’est pas nécessairement un déterminant majeur.

Le retour au Mark, c’est un peu exagéré, je ne suis pas forcément d’accord, mais il faut bien une proposition forte"

relativise un juriste de Berlin, qui souhaiterait s’investir dans sa région natale au nord du pays. Le manque d’expérience politique au sein d'Alternative für Deutschland, en revanche, le désole: "on ne va pas passer 3 jours à discuter des paragraphes sur le statut du trésorier ! Il faut être plus efficace !".

Dans les médias, le parti eurosceptique serait susceptible de siphonner l’électorat de la CDU. S'il est perçu comme aux marges de l'extrême-droite, il se distingue en fait par sa ligne plus conservatrice que le parti d'Angela Merkel. En dehors d’une prise de position tranchée sur l’UE, le programme d’AfD reste flou sur les enjeux intérieurs: la restauration d’un vague "Etat de droit", une ouverture des frontières à une "immigration qualifiée" inspirée du modèle canadien, ou un renforcement de la démocratie directe, peinent à s’inscrire dans les débats actuels en Allemagne.

Angela Merkel devrait être reconduite à la Chancellerie à l'issue des prochaines élections législatives de septembre. Sauf si cette "Alternative pour l'Allemagne" joue les trouble-fête à droite. Or, d’après un sondage TNS-Emnid, 26% des Allemands interrogés "pourraient" soutenir Alternative pour Deutschland. Bernd Lucke évoque un "tsunami" de nouvelles adhésions. Mais, comme souvent, les salles sont trop petites et les militants trop nombreux…




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