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Austérité : Portugal et Pays-Bas jouent au yoyo budgétaire

jeudi, 18 avril, 2013 - 16:59

Malgré les apparences, l'austérité est toujours de rigueur aux Pays-Bas et au Portugal. Le gouvernement néerlandais politiquement affaibli n'a pas les moyens de relancer l'économie. Pas de changement de cap non plus au Portugal, mais seulement l'annulation d'une coupe budgétaire jugée discriminatoire.

Les Pays-Bas, pays dont l'économie ouverte est essentiellement dirigée vers l'Europe, souffre énormément de la crise qui sévit depuis cinq ans maintenant.

Fidèle à la doxa ultralibérale et thatchérienne qui le caractérisait, le premier gouvernement Rutte a accumulé les coupes budgétaires : le ministre-président ambitionnait visiblement d'être le premier de la classe européenne et à redescendre en-dessous des sacro-saint 3 % de dépenses publiques.

La solution? Un remède de cheval: 18 milliards d'euros de réductions budgétaires en 2012! Auxquels le ministre de finances, Jan Kees de Jaeger ajoutait plus de 5 milliards pour 2013. Des coupes impressionnantes dans les dépenses de santé, dans les retraites, la suppression de milliers d'emploi dans la fonction publique

A titre de comparaison, cela représenterait pour la France une coupe claire de 74 milliards (!) en proportion de son PIB.

Cela n'a pas suffi à remettre à flot le vaisseau Pays-Bas: la nation qui avait courageusement gagné des pans entiers de terre sur la mer menaçait d'être engloutie par la dette publique. Il fallait trouver des milliards supplémentaires.

Echange austérité contre flexibilité

En avril 2012, le leader populiste Geert Wilders sifflait la fin de la partie : il annonçait le retrait de son soutien au gouvernement minoritaire. Le gouvernement Rutte Ier avait vécu. Et ses réductions budgétaires sombraient avec lui.

Le second gouvernement Rutte, élu le 12 septembre 2012 est le résultat d'un compromis entre les libéraux du VVD et les travaillistes du PvdA. 

Compromis qui se retrouve dans l'accord social signé le 11 avril 2013 avec les syndicats : un train de mesures destinées à moderniser le marché de l'emploi néerlandais pour contrer le chômage qui n'a jamais progressé si vite. En mars 2012, ils étaient 30.000 à s'inscrire à l'UWV, l'équivalent de Pôle Emploi. Ils sont aujourd'hui 643.000 à espérer un emploi, pour 340.000 l'an dernier à la même époque! Et la tendance s'accélère : il y a trois mois, le taux de chômage s'élevait à 7,2 %, il atteint aujourd'hui les 8,1 %.

L'accord social propose des procédures de licenciement simplifiées, le paiement d'allocations de chômage complètes pendant trois ans, la suppression de l'obligation pour entreprises de plus de 25 personnes d'engager 5 % de personnes handicapées, etc. En échange de quoi? De la suppression des 4,3 milliards d'euros d'économies budgétaires prévues pour 2014 !

Un deal contesté avec les syndicats

La presse européenne y a vu tout de suite une confirmation de l'abandon de la politique des coupes claires : les Pays-Bas, élèves modèles, de la classe européenne sous l'autorité d'Angela Merkel, allaient se rallier à François Hollande et aux ennemis de l'austérité à tout crin!

C'était aller un peu vite en besogne. Et c'était surtout ne pas tenir compte du contexte particulier du nouveau gouvernement Rutte. Le parti libéral VVD et le parti travailliste PvdA forment une coalition gouvernementale fragile. A eux deux, ils ne représentent pas la moitié des sièges du Sénat (Eerste Kamer). Sans le soutien d'autres partis, cette réduction des coupes budgétaires n'a donc aucune chance de passer…

Or, le moins qu'on puisse dire, c'est que cette annonce a déjà suscité un débat houleux au sein du Parlement (Tweede Kamer). Des chrétiens du CDA aux populistes du PVV en passant par les centristes du D66, c'est le doute, voire la contestation qui domine.

Dans un de ces discours sarcastique dont il a le secret, Geert Wilders a demandé à Mark Rutte s'il avait consommé des champignons hallucinogènes ou des spacecakes, ces petits gâteaux fourrés au hachich. Pour lui, le coût de l'accord va encore amplifier le déficit, ce qui rend impossible l'annulation des réductions budgétaires.

Le lundi 15 avril, c'était Lodewijk Asscher, ministre des Affaires sociales et des Conditions de Travail qui ajoutait au doute dans une lettre au Parlement : l'accord social prévoit bien l'annulation de ces 4,3 milliards de réductions budgétaires, car la situation économique va s'améliorer. Et de citer un chiffre: la croissance économique dépasserait de 1 % les prévisions du Bureau du Plan en 2014… Or, dans le contexte actuel, rien ne donne à penser que ce sera le cas. Certains commentateurs évoquent d'ailleurs le "Miracle de Rutte et Asscher" !

Pas d'eau dans le Porto

Diederik Samson, président du PvdA, parti travailliste allié de Rutte au gouvernement, a d'ailleurs précisé que si la croissance n'était pas suffisante, "de nouvelles réductions seraient nécessaires".

En outre, le ministre des Affaires sociales se refuse à donner aux parlementaires un calcul du coût de l'accord social avant juin. Une imprécision qui a n'est pas de nature à rallier les opposants à cette mesure.

Enfin, cerise sur le gâteau : dans le document officiel envoyé à Olli Rehn, commissaire européen des Affaires économiques et monétaires, figurent les 4,3 milliards d'économies budgétaires! Comprenne qui pourra…
Voilà une valse-hésitation de plus , qui ne risque pas de redorer le blason, déjà bien entamé, du ministre-président Mark Rutte et la fin de l'austérité n'est probablement pas pour demain.

A Portugal aussi, l'annonce d'une annulation de 1,3 milliard d'euros de mesures d'austérité le 5 avril a engendré l'espoir pour de nombreux Portugais que le gouvernement commençait enfin à mettre de l'eau dans son Porto. En fait, c'est la Cour constitutionnelle qui a censuré ces économies budgétaires, le jugeant discriminatoires car s'attaquant exclusivement aux primes des fonctionnaires et retraités, aux allocations chômage et maladie.

Cela ne veut pas dire pour autant que le chef du gouvernement social démocrate (droite), Pedro Passos Coelho, change de cap.

Comme à Amsterdam, l'austérité reste de rigueur à Lisbonne. 




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