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Italie : Giorgio Napolitano réélu par défaut chef de l’Etat

dimanche, 21 avril, 2013 - 10:24

Incapables de trouver un accord pour élire un nouveau chef de l’Etat, la droite berlusconienne et la gauche ont supplié Giorgio Napolitano. Le président de la république sortant a été réélu. Cette mascarade électorale a fait exploser la gauche et ridiculisé Beppe Grillo dans sa tentative de "marcher sur Rome".

A bout de souffle et à court de candidats, la droite berlusconienne et les démocrates de gauche ont supplié Giorgio Napolitano.

Vous devez rester au nom de la raison d’Etat pour sauver le pays"

ont déclaré, en substance, Silvio Berlusconi, Mario Monti et Pierluigi Bersani. Un scénario que le chef de l’Etat italien avait toujours écarté notamment en raison de son grand âge (88 ans en juin). La gravité de la situation a toutefois eu raison des réticences de cet ancien communiste réélu samedi soir avec 738 voix sur 1007. Une première pour l’Italie où pour la première fois depuis la proclamation de la République en 1947, un président est réélu.

La gauche piégée par Beppe Grillo…

Une République malade de l’incurie de sa classe politique pour laquelle Giorgio Napolitano a finalement accepté, contre son gré, de se dévouer de nouveau. Il n’avait pas le choix, la situation étant bloquée pour au moins deux raisons.

 

  • D’abord du fait même du mode d’élection du chef de l’Etat. Craignant une nouvelle dérive autoritaire après la chute de Benito Mussolini, les pères fondateurs avaient verrouillé la Constitution. Le chef de l’Etat doit être élu avec au moins les deux-tiers des voix des députés, sénateurs et grands électeurs durant les quatre premiers scrutins et avec la majorité absolue (504 voix) à partir du cinquième tour. Jusqu’à présent, ce système avait fonctionné. Mais la gauche réunie tant bien que mal sous la houlette du Parti démocrate (Pd) s’est déchirée. La guerre des clans et les pressions du Mouvement 5stelle (M5s) de Beppe Grillo qui refuse tout compromis avec une classe politique dont il a juré la perte avaient rendu quasi impossible l’élection d’un nouveau chef de l’Etat.

 

  • Pour les démocrates humiliés durant les deux derniers mois par Beppe Grillo, il était hors de question de soutenir le candidat du M5s, le juriste Stefano Rodotà. De l’autre coté de la barricade, Silvio Berlusconi refusait de soutenir celle de son ennemi Romano Prodi, sponsorisé par la gauche. 

Du coup, la situation était bloquée. Sans gouvernement et sans nouveau président de la République, l’Italie risquait de s’enliser dans la crise. Un scénario impossible et surtout inquiétant pour toute la zone euro qui observe de près la non-évolution de la situation de la troisième économie du bloc de la monnaie unique. Lors de sa première intervention après sa réélection, Giorgio Napolitano a ainsi souligné "la situation difficile" de l’Italie, plongée dans la récession économique et une crise sociale.

… Beppe Grillo piégé par l’extrême-droite

Tandis que les parlementaires et les grands électeurs réélisaient Giorgio Napolitano, Beppe Grillo appelait les Italiens à manifester devant le parlement pour protester contre « le coup d’Etat orchestré par la droite et la gauche ». Parti de Gênes en camping car, le comique a marché sur Rome pendant que des centaines de manifestants rassemblés devant le parlement, criaient comme à leur habitude  "bouffons, bouffons"

Les militants du parti d’extrême-droite Forza qui soutenait l’appel de Beppe Grillo, se sont mêlés à la danse, obligeant les députés et sénateurs du Mouvement5stelle à lancer un appel au calme. Selon un député du Mouvement s’exprimant sous couvert d’anonymat (Beppe Grillo a interdit à ses élus de parler à la presse honnie), une délégation d’élus du M5s aurait finalement eu le courage demandé à leur chef suprême d’annuler sa marche sur Rome. Les députés ne voulaient pas porter le chapeau et être accusé d’avoir fomenté les troubles.

Et maintenant? Selon l’ex-sénateur démocrate Silvio Sircana, le chef de l’Etat réélu avec 738 voix, essayera probablement de former un gouvernement de grande coalition. Ce qu’il voulait faire au lendemain des législatives.

Giorgio Napolitano va essayer de former un gouvernement de coalition et lui demander de reprendre les propositions peaufinées par le comité des dix sages qui propose une réforme du système électoral basé sur un des primes au vainqueur au sénat qui provoquent l’instabilité. Il va aussi demander à cet exécutif de mettre en place les mesures économiques prônées par les sages pour relancer la croissance".

estime Silvio Sircana.

Berlusconi en embuscade

Le mandat confié au gouvernement de coalition serait provisoire, Giorgio Napolitano estimant en coulisses que les Italiens devront revoter pour réélire les députés et sénateurs avant la fin de l’année. Toujours selon ce sénateur, le chef de l’Etat rendra alors son tablier. Avec un problème de taille: aujourd’hui, selon les sondages, le vainqueur des élections serait Silvio Berlusconi, pour qui un scandale comme l’affaire Cahuzac serait une broutille, comparé aux multiples scandales de corruptions, détournements et autres perversions dont il doit répondre…
Voilà pour la partie institutionnelle.

Reste que cette élection a eu raison du Parti démocrate. Déchiré par les luttes intestines, la gauche est au bord de l’explosion. Vendredi soir, le secrétaire général Pierluigi Bersani et la présidente du parti Rosy Bindi ont rendu leur tablier. Deux défections qui ont semé un vent de panique parmi les démocrates.

Il n’est pas dit que le parti existe encore la semaine prochaine"

estime l’ancien sénateur démocrate Stefano Ceccanti.

L’ancien sénateur démocrate Luigi Vimercati prédit lui aussi une scission à court terme: 

Une partie des démocrates suivra le maire de Florence Matteo Renzi prêt à former un parti sur le modèle britannique de Tony Blair. L’autre partie rejoindra 'Sinistra, ecologia e libertà' fondée par l’ancien communiste Nichi Vendola"




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