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Un gouvernement italien de coalition envers et contre tout

vendredi, 26 avril, 2013 - 15:42

Malgré des divergences fondamentales, droite et gauche seraient sur le point de former un gouvernement de coalition. Placé sous la houlette du démocrate Enrico Letta, il devrait obtenir la confiance lundi prochain. Sa durée de vie serait des plus limitée.

Enrico Letta, chargé de former un gouvernement par le président de la république Giorgio Napolitano ne se fait pas d'illusions sur les capacités de son éventuel futur gouvernement de coalition gauche-droite à durer bien longtemps:

Nous ne l’appellerons pas gouvernement de coalition mais exécutif de service"

avait-il déclaré en entamant ses consultations jeudi matin.

Choisi par le chef de l’Etat au détriment de personnalités dotées d’une forte expérience politique, le nouveau président du Conseil veut impliquer Giorgio Napolitano dans la nomination des futurs ministres. Une façon de se protéger face à la droite avec qui il doit composer pour former son gouvernement, mais aussi vis-à-vis de son propre camp, le Parti démocrate (Pd), divisé et doté d'un fort pouvoir de nuisance comme il l'a encore prouvé ces derniers temps.

D’abord, en bloquant la formation d’un exécutif après les législatives de février dernier puis, en brulant deux candidatures importantes dont celle de Romano Prodi lors de l’élection du chef de l’état le 15 avril dernier.

Berlusconi veut la part du lion

Selon plusieurs sources, Enrico Letta aurait demandé au chef de l’Etat de lui suggérer quelques noms pour remplir les trois cases les plus importantes.A savoir, l’Economie, la Justice et l’Intérieur. Trois portefeuilles revendiqués par Silvio Berlusconi pour des raisons évidentes.

Durant toute sa campagne électorale, le Cavaliere a promis d’abolir l’IMU, la taxe sur l’habitation qu’il avait abolie en 2008 et que le gouvernement de technocrates avait réintroduite l’an dernier pour remplir les caisses de l’Etat.

Coté Justice, Silvio Berlusconi qui traine une série de casseroles impressionnantes ne veut pas d’un ministre qui pourrait lui mettre des bâtons dans les roues. Jusqu’à présent, le milliardaire s’en est plutôt bien tiré car il a profité de ses trois mandats (1994, 2001 et 2008) pour faire voter des réformes le favorisant.

Or, la gauche veut réformer la justice notamment au niveau de la durée des procès devenus interminables. Entre la constitution du dossier, le jugement en première instance et le verdict final prononcé par la Cassation, quinze ans voire plus peuvent passer. Ce qui permet entretemps à certains accusés, Silvio Berlusconi le premier, de profiter de multiples prescriptions, ses avocats étant des experts pour retarder autant que possible les procédures.

Actuellement jugé pour prostitution de mineure présumée, concussion et abus de pouvoir dans l’affaire Ruby, fraude fiscale et faux en écriture (procès Mediaset) et en attente de procès pour corruption, financements illicites aux partis et diffamation, le Cavaliere fait donc le forcing pour placer l’un de ses hommes à la Justice pour se couvrir.

Contrat prénuptial

Quant à l’Intérieur, là encore Silvio Berlusconi veut veiller au grain pour protéger ses intérêts. Ce ministère a le pouvoir de dissoudre les conseils municipaux et provinciaux en cas d’infiltration mafieuse ou de malversation financière. Or le Parti de la Liberté (Pdl) de Berlusconi contrôle plusieurs nombreuses municipalités et provinces remportées dans des conditions pour le moins contestables lors dernières élections.

Outre les discussions sur la répartition des portefeuilles, Enrico Letta doit aussi trouver un accord avec ses partenaires sur les principales mesures gouvernementales au programme. Durant ses consultations, l’ancien numéro deux du parti démocrate a indiqué ses trois grandes priorités: relance de l’économie, réduction des aides aux partis politiques, rôle de la péninsule sur la scène européenne pour renégocier les accords économiques.

En ce qui concerne le premier point, la droite se dit prête à faire preuve de souplesse. A condition que les démocrates acceptent d’intervenir pour aider l’industrie notamment les PME qui ont allumé leurs feux de détresse. Pour le reste, ce sera au jour le jour.

Comme les Américains spécialisés dans les contrats prénuptiaux, la droite et la gauche discutent âprement depuis deux jours pour éviter de devoir payer le prix fort en cas de divorce. Mais selon plusieurs sources, l’accord serait proche. Au point qu’Enrico Letta aurait déjà commandé les dragées. Pour la presse italienne, le gouvernement pourrait prêter serment samedi soir. Dans ces conditions, le vote de confiance auprès des deux chambres aura lieu lundi.  




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