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Portugal : Et encore une louche d’austérité !

samedi, 4 mai, 2013 - 13:18

Le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho vient d’annoncer un nouveau paquet de mesures d’austérité visant à économiser 4,8 milliards d’euros. Les fonctionnaires sont dans l’œil du cyclone : ce sont eux qui vont payer la facture jusqu’en 2014. En 2015, année d’élections législatives, ils souffleront un peu.

Le Público l’un des quotidiens qui comptent au Portugal, ne s’y est pas trompé : il a réservé la couleur noir à sa Une des mauvais jours. La réforme de l’État commence cette année mais ralentira en 2015, année d’élections (législatives) résume laconiquement le journal. Avec l’annonce d’un train de mesures d’austérité qui devraient faire économiser 4,8 milliards d’euros à l’État en trois ans, les Portugais sont, une fois de plus, KO.

Dans une longue adresse à la nation, exercice qu’il pratique environ tous les mois et demi, Pedro Passos Coelho a présenté dans les grandes lignes ces mesures qui toutes concernent les fonctionnaires et les pensionnés de la fonction publique.

Moins de fonctionnaires, moins de salaires…

Tout d’abord il y aura rapidement une réduction des effectifs : 30 000 postes vont être supprimés, sur la base du départ volontaire et négocié. La fonction publique centrale et territoriale regroupe quelques 700 000 personnes et représente presque un quart de la population active portugaise.

Ensuite, ces fonctionnaires gagneront moins : l’État va se lancer dans une vaste révision des barèmes des primes et des revenus, de manière à limer les disparités entre les différents services et niveaux hiérarchiques. Ils vont également travailler plus, cinq heures de plus par semaine, pour passer à 40 heures hebdomadaire comme dans le secteur privé. Les cotisations à la caisse de maladie du secteur public vont augmenter de 1 %, et les pensions vont être ponctionnées d’une taxe spéciale dont les contours seront précisés ultérieurement.

… retraite plus tardive.

La dose d’austérité ne s’est pas arrêtée là, puisque le chef du gouvernement a confirmé les rumeurs qui couraient depuis plusieurs jours au Portugal : l’âge du départ à la retraite sans pénalisation sera porté à 66 ans, contre 65 ans et cinq mois actuellement. Il faudra désormais travailler 7 mois de plus pour toucher l’intégralité de sa pension.

En outre, depuis 2008, le Portugal a mis en place un "coefficient de durabilité", une taxe indexée sur l’espérance de vie. Le système est déjà appliqué dans le secteur privé, mais on s’attend à ce que la durée d’activité requise pour prétendre à la retraite s’allonge pour l’ensemble des travailleurs, au nom du "principe d’égalité entre tous les citoyens portugais".

C’est à ce principe, garanti par la constitution, que la Cour Constitutionnelle s’est référée au début du mois d’avril pour annuler quatre des mesures d’austérité inscrites dans le budget 2013. Le chef du gouvernement, Pedro Passos Coelho, a longuement fait référence à cette décision de la Cour, pour justifier ses nouvelles mesures d’austérité. Mais cette fois, il s’est bien gardé d’accuser directement les "sages" de la cour constitutionnelle de vouloir miner la politique de redressement économique du pays, comme il l’avait fait précédemment.

Une violente opposition

Les 4 milliards – rallongés de près d’un milliard supplémentaire – d’économies étaient inscrits dans le programme de relance économique élaboré par la "troika" de l’aide internationale- Fond Monétaire Internationale, Banque Centrale Européenne, Union européenne- qui a prêté 78 milliards d’euros au Portugal afin de lui permettre d’assainir ses comptes. Pour Pedro Passos Coelho, il n’y a pas d’alternative à c’est la stratégie. Comme il l’a déclaré vendredi,
 

Le choix n’est pas entre austérité et non austérité. Notre choix est celui de tenir nos engagements. La valeur du consensus est encore plus importante lorsque notre permanence au sein de l’euro est en cause"

Un appel du pied, répété à plusieurs reprises, en direction des partenaires sociaux, des partis politiques de l’opposition et de l’ensemble de la population. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que cet appel "au sacrifice et au courage" selon la terminologie "Coelhienne", n’a pas été entendu. Le rejet est unanime.

Tout d’abord au parti Socialiste, particulièrement choyé actuellement par le gouvernement de Passos Coelho dans l’espoir de créer un "pacte de régime" que le PS refuse. Le leader du PS José Seguro est sans ambiguité :

Nous avons déjà déposé une motion de censure pour réclamer un changement de politique. Nous voulons la démission du gouvernement. Et avec ces mesures nous allons dans le mur".
 

Un pouvoir décrédibilisé

A sa gauche, le Parti Communiste, le Bloc de gauche et les syndicats n’ont pas eu de mots assez durs pour commenter les déclarations de P. Passos Coelho. Les appels à la mobilisation pour réclamer la démission du gouvernement se sont multipliés. Le petit – mais influent – parti du CDS-PP, parti de la coalition au pouvoir, a préféré ne pas réagir après l’adresse à la nation du chef du gouvernement. Son leader, Paulo Portas l’actuel ministre des Affaires étrangères – dont on dit qu’il brigue le ministère des finances – s’exprimera ultérieurement.

Et s’il manquait un élément pour décrire la sensation de "KO", les derniers "opinion maker" encore favorables à PPC sont en train de le lâcher. A l’instar de Henrique Monteiro dans sa chronique de l’hebdomadaire L’Expresso du 4 mai:

Le problème ce ne sont pas les mesures en soi (…) Le problème est que celui-ci qui les propose ne convainc plus personne. La direction du gouvernement est devenu un problème pour le pays".




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