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Cécile Kyenge, ministre italienne : « je ne suis pas une femme de couleur mais une femme noire »

mardi, 7 mai, 2013 - 16:48

Malgré les injures racistes les plus abjectes, Cécile Kyenge, ministre chargée de l'intégration italienne ne veut pas céder: "femme noire" et fière de l'être, elle veut imposer le droit du sol dans un pays où la nationalité s'obtient par le droit du sang. Portrait.

"Guenon congolaise", "face nègre", "zouloue", "ministre bonga bonga". Depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Intégration, Cécile Kyenge qui a obtenu la nationalité italienne par mariage, est devenue la cible des partis d’extrême-droite.

Dans un pays où les footballeurs d’origine africaine sont régulièrement insultés par les tifosi qui imitent le cri du singe dans les stades, la chose n’est pas inhabituelle. Sauf que cette fois-ci, les insultes racistes ont été proférées par des politiciens à l'encontre d'une ministre.

"Qui l'a dit, qu'elle est italienne ? Sa nomination a été une grande connerie. La ministre Kyenge doit rester chez elle, au Congo. C'est une étrangère dans ma maison" a déclaré à la radio Erminio Boso, un ex-sénateur de la Ligue du nord qui affiche fièrement sa haine raciste.

Mario Borghesio, député européen, lui aussi de la Ligue du Nord, est encore plus virulent: "C'est un choix de merde, un éloge à l'incompétence."

Du coté de l’électorat berlusconien on se lâche de préférence sur les réseaux sociaux. "On s’en fout qu’elle soit jaune, rouge ou à carreaux, ce qui me déplait ce sont ses idées" explique sur Facebook une militante du PDL, le parti du Cavaliere.

Chantage de la droite berlusconienne

La droite berlusconienne reproche à Cécile Kyenge, née à Kambove dans la province congolaise de Katanga dans une famille aisée appartenant à l’ethnie bakunda, son projet de modification des règles sur la citoyenneté.
Dès son arrivée au palais de la présidence du Conseil, Cécile Kyenge a annoncé qu’elle souhaite introduire le droit du sol pour les enfants nés en Italie de parents immigrés. Pour les berlusconiens qui siègent au gouvernement d’unité nationale, c'est inacceptable. 

Ils menacent déjà de faire exploser la fragile coalition gouvernementale gauche-droite si le président du Conseil Enrico Letta ne calme pas rapidement les " ardeurs" de son ministre de l’Intégration. Le chef du gouvernement a immédiatement jeté du sable sur le feu en déclarant que "le projet sur le droit de sol ne fait pas partie des priorités gouvernementales". 

Mais pour le moment la ministre ne semble pas vouloir écouter son patron. De nature entêtée, Cécile Kyenge, ophtalmo de métier, persiste et signe: "Mon projet sera présentée au parlement très prochainement". 

Arrivée dans la péninsule à 18 ans après avoir obtenu une bourse d’étude qui lui a permis de s’inscrire à l’Université catholique de médecine du Sacré Cœur de Rome, elle a eu le temps d’observer les conditions de vie difficiles des immigrés en Italie. 

Militante hyperactive

Comme la plupart des étudiants, Cécile Kyenge se trouve un petit boulot. Mais comme les immigrés, la future ministre doit se contenter d’un emploi d'aide à domicile. Une situation généralement mal rétribuée et surtout déconsidérée. 

Après avoir décroché son diplôme de spécialisation en ophtalmologie, s’être mariée en 1994 avec un ingénieur et avoir eu deux enfants, Cécile Kyenge fonde l’association interculturelle DAWA en 2003. En swahili, cela veut dire à la fois, magie, médecine, bien être. Son objectif ? Promouvoir les différentes cultures et développer des parcours de sensibilisation, d’intégration et de coopération entre la péninsule et le continent africain et plus notamment, la République démocratique du Congo. 

En 2010, la future ministre devient le porte-parole de l’association Premier Mars qui s’occupe de droits des migrants. En parallèle, elle développe le projet AFIA axé sur la formation des médecins congolais et s’occupe de la diaspora africaine en Italie. En 2010, Cécile Kyenge est choisie pour représenter la campagne de sensibilisation sur la condition des migrants en Italie organisée par le Bureau de Rome de l’OIM, l’organisation internationale pour les migrations. 

Cet emploi du temps très chargé ne l’empêche pas de boucher les quelques heures qui lui restent à disposition pour se lancer dans la politique aux cotés de la gauche démocrate. De 2004 à 2013, Cécile Kyenge est élue conseillère municipale à Modène en 2004, puis conseillère régionale cinq ans plus tard et elle fait aussi partie de la commission des politiques sociales et de l’immigration du parti démocrate. 

En février dernier, c’est le grand saut : Cécile Kyenge est élue députée puis ministre de l’Intégration. Une première pour l’Italie qui n’a jamais eu "de femme de couleur" dans son gouvernement comme disent les journalistes, "de femme noire" réplique la ministre qui revendique son africanité avec fierté.
 




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