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L’alcoolisme, un fléau pas seulement français

vendredi, 15 octobre, 2010 - 11:39

L'alcoolisme gagne toute l'Europe, notamment la France. 79 % des 16-17 ans en France auraient déjà été en état d'ivresse. Mais l'alcoolisme ne concerne pas que les plus jeunes...

"Défonce expresse", "biture", "binge drinking", "alcool speed", les mots diffèrent selon les pays, mais le phénomène est le même : une consommation d’alcool maximale en un temps record. Avec à la clé des comas éthyliques aux conséquences parfois irréversibles. Les premières cuites se prennent de plus en plus tôt : en France, 1/6e des collégiens se sont déjà retrouvés en état d'ivresse alcoolique, selon le dernier rapport publié aujourd'hui par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire.

Même si les proportions diffèrent d’un pays à l’autre, les filles sont concernées comme les garçons. Aucun pays, aucune région d’Europe n’y échappent. S’il n’y a plus de bon élève, il y en a de particulièrement mauvais. Comme l’Estonie, la Lituanie ou l’Autriche, où les garçons de 15 ans sont nombreux à déclarer avoir connu l’ivresse à treize ans, voire avant.

"L’Angleterre, le pays de Galles et l’Écosse n’ont pas grand-chose à leur envier", souligne le docteur Emmanuelle Godeau, médecin de santé publique au rectorat de Toulouse et responsable pour la France de l’étude HBSC (Health Behaviour in school-aged children). Selon une enquête Eurobaromètre, en Irlande 34% des 15-24 ans déclarent « s’adonner à l’alcool défonce ». En Finlande, ils sont 27%, au Danemark 23% et au Royaume-Uni 24%.

Séduction publicitaire

Le mal s’est accéléré ces dix dernières années, sans que les experts, médecins, sociologues ou politiques puissent en expliquer précisément les raisons. Pour le docteur Godeau, spécialiste des problèmes de santé publique qui exerce à Paris, le "binge drinking" s’apparente à une mode. Un peu partout, on assiste à "une mondialisation des comportements. On ne sait pas toujours pourquoi. Tout cela va dans le sens du dérèglement des comportements, de la valorisation des extrêmes". Le docteur Peter Anderson, ancien enseignant à Oxford, aujourd’hui conseiller de la Commission européenne sur les questions relatives aux addictions, accuse, pour sa part, la publicité. C’est une question de ciblage:

si la consommation des jeunes augmente au même rythme que les dépenses publicitaires, c’est que ces derniers créent un univers de nature à séduire les jeunes avec des images de fêtes, de séduction, de plaisir".

En prenant pour exemple la France, il propose d’étendre l’interdiction de la pub à tous les pays de l’Union européenne.

La méthode se popularise jusqu'en Russie. Depuis le 1er janvier 2013, il est interdit de faire de la publicité pour des boissons alcoolisées dans la presse, à la télévision et sur Internet, selon l'agence Prime.

Loin d’être un modèle, l’Hexagone ne figure cependant pas parmi les pays les plus gravement touchés par la "biture expresse" des plus jeunes. Le conseiller de la Commission veut y voir les bénéfices de la loi Evin en application depuis 1993.

Les plus 60 ans ne montrent pas l’exemple

L’enquête Eurobaromètre suggère, pour sa part, de relever les prix des boissons alcoolisées. De fait, près de 45% des jeunes âgés de 15 à 24 ans estiment qu’ils en achèteraient moins si le prix augmentait de 25%.
Maria Renström, directrice de la santé publique au ministère suédois de la Santé et des Affaires sociales, constate également:

Il y a quelques années, nous craignions que le binge drinking, qui était plutôt une spécialité des pays du Nord, ne s’étende au sud de l’Europe. Cela s’est produit. Il y a aujourd’hui une convergence des comportements : les jeunes Européens voient les mêmes films, les mêmes messages véhiculés par Internet et les mêmes pubs sur l’alcool. Du coup, ils boivent de la même façon".

Mais l’alcoolisme ne concerne évidemment pas que les plus jeunes. Les Européens restent les premiers consommateurs d’alcool au monde. D'après l’Organisation mondiale de la santé, un Européen adulte boit en moyenne 12,5 litres d’alcool pur par personne et par an (14,5 litres si l’on se focalise sur l'Europe du centre et l'Europe de l'Est), soit plus du double de la consommation mondiale par habitant (6,13 litres purs par personne âgée de plus de 15 ans). Une consommation aux effets nocifs avérés : le nombre de décès liés à l’alcool est deux fois plus élevé en Europe que dans le monde.

Elle est notamment à l’origine d’un accident de la route mortel sur cinq chez les jeunes en âge de conduire. Nul n’a encore trouvé de remède miracle et l’importation des modèles étrangers s’est parfois avérée désastreuse. Ainsi, au Danemark, le gouvernement, s’inspirant des habitudes de l’Europe du sud, a tenté de promouvoir "l’apprentissage de l’alcool en famille". Les Danois ont sans doute beaucoup appris… mais pas la tempérance !

Depuis 2006, la Commission européenne finance des mesures de prévention contre ce fléau. Résultat: c’est pire qu’avant ! Selon un rapport récent de la Commission, la consommation des 15-16 ans a augmenté dans seize pays membres. L’alcool étant moins cher qu’il y a dix ans, les jeunes peuvent se permettre cette dépense.

Autre sujet d’inquiétude : dans une dizaine de pays (notamment l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, la Suède, le Royaume-Uni, la Finlande), les plus de 60 ans consomment de plus en plus d’alcool et le nombre de décès dus à la bouteille augmente.




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