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Berlusconi: même pas mort !

vendredi, 10 mai, 2013 - 10:35

Condamné en appel à quatre ans de prison et cinq ans d’inéligibilité, le Cavaliere va se pourvoir en cassation. Une solution qui lui permet de ne pas être politiquement mort. Seul souci: le Mouvement 5 stelle demande son inéligibilité immédiate. 

Condamné à quatre ans de prison pour avoir surfacturé les droits de séries télévisées afin de constituer une caisse noire dans un paradis fiscal et cinq ans d’inéligibilité, Silvio Berlusconi a décidé de se pourvoir en cassation. Cela a dans l'immédiat pour premier avantage de suspendre cette inéligibilité.

Une opération dangereuse, le verdict pouvant tomber avant que le Cavaliere soit sauvé par la prescription. La date limite de l’affaire Mediaset arrivera entre le printemps et l’été prochain. En revanche, la Cour de Cassation qui boucle généralement ses dossiers dans un délai de six à sept mois, pourrait rendre son verdict entre fin 2013 et début 2014.

Pour enrayer ce compte à rebours, l'ex-chef du gouvernement et ses avocats tablent également sur leur seul et unique joker: la Cour Constitutionnelle. Saisie par la défense de Silvio Berlusconi en octobre dernier, elle doit trancher sur une question importante: le Cavaliere pouvait-il éviter de participer comme il l’a fait à une audience en mars 2010 étant, avait-il expliqué, trop occupé par sa charge de chef du gouvernement ? 

Pas de case prison

En cas de réponse affirmative, la Cour Constitutionnelle a le choix entre deux options :

  • Annuler le procès en première instance ou celui en appel et par conséquent le verdict.
  • La Cour peut aussi approuver l’interprétation des magistrats qui ont estimé mercredi qu’ils ne devaient pas attendre la décision des juges constitutionnels pour rendre leur jugement.

Quoi qu'il en soit, le politicien milliardaire ne risque pas de finir derrière les barreaux. D’abord parce que la condamnation qui lui a été infligée a été automatiquement réduite de trois ans grâce à une amnistie. Or en Italie, au-delà de 75 ans le condamné ne va pas en prison quand sa peine est inférieure à deux ans et Berlusconi a 77 ans.

Et aussi, parce qu’il vient de placer son ancien ministre de la Défense, Ignazio La Russa, à la présidence de la commission sénatoriale qui doit donner son feu vert pour l’arrestation d’un député. Une garantie supplémentaire.

Mais cela ne veut pas dire qu’il échappe pour autant à la justice de son pays qui le poursuit actuellement dans trois autres affaires.

Il y a d’abord le dossier Ruby dans lequel Silvio Berlusconi est accusé de prostitution de mineure. Dans cette affaire toutefois, les juges ne devraient pas condamner Silvio Berlusconi.

Personne ne peut prouver que l’ancien président du Conseil a eu des relations sexuelles avec Ruby alors qu’elle était mineure car personne n’était dans la chambre à coucher ! "

estime un avocat romain.

Autre casserole : l’affaire Sergio de Gregorio. Selon le parquet de Naples, le milliardaire aurait offert trois millions d’euros à cet ex-sénateur du centre-gauche pour faire tomber le gouvernement Prodi en 2008. Le parquet de Naples a d’ailleurs annoncé jeudi matin, le renvoi du milliardaire devant les tribunaux. Reste aussi le procès Unipol où Silvio Berlusconi est accusé de "violation du secret de l'instruction" dans une affaire relative à un scandale bancaire en 2005.

Le Cavaliere a été condamné à une année de prison en première instance. Mais la prescription du délit en juillet 2013 devrait mettre un terme à cette procédure.

Toutes ces affaires menacent l’avenir politique de l’ancien président du Conseil. Au parlement, le Mouvement5stelle va tout faire pour pousser Berlusconi vers la sortie. Comment ? En demandant son inéligibilité immédiate.

Un "discours mémorable" en préparation

Cela veut dire qu’en cas d’élections anticipées, Silvio Berlusconi serait hors jeu. La chose a peu de chances d’aboutir, les députés de droite et de gauche n’ayant pas envie de scier la branche sur laquelle est assis le gouvernement d’unité nationale.

Mais sous le manteau, certains élus commencent à se dire qu’il faudrait peut-être trouver une solution pour se débarrasser d’un personnage de moins en moins fréquentable. Reste à savoir laquelle, l’hypothèse d’une médaille de sénateur à vie pour le protéger face à la justice étant à priori écartée.

Pour faire comprendre à la gauche démocrate le danger que représente la condamnation de Silvio Berlusconi sur le plan politique, la droite s’est mobilisée. Tandis qu’une partie des proches du milliardaire évoquent, comme de coutume, de "complot des juges", une autre en revanche, se dit prête à lâcher leur leader qui a le genou à terre en affirmant que "cette condamnation n’aura pas de répercussions sur l’exécutif ".

En parallèle, le parti berlusconien du Peuple de la Liberté a organisé une manifestation samedi prochain à Brescia, une ville située à 80 kilomètres de Milan donc des juges qui ont condamné son Grand timonier!

Objectif : mobiliser les fidèles contre les magistrats iniques. Pour chauffer ses troupes, la direction du parti a annoncé que Berlusconi participera à cette manifestation et prononcera "un discours mémorable". On imagine déjà les mots clefs: "magistrats communistes", "acharnement" et "verdict politique pour déjouer la volonté du peuple" qui veut que Silvio Berlusconi gouverne le pays.

Du grand classique, mais qui marche toujours…




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