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Crowdfunding : fortunes diverses en Europe

vendredi, 10 mai, 2013 - 14:10

Importé des Etats-Unis, le financement participatif fait des merveilles en France. Sur le web, les plateformes se multiplient, les communautés se créent et les publics destinataires se diversifient. Pas assez vite pour certains. Et en Europe? Le crowdfunding connaît des fortunes diverses.

Quel est le point commun entre un bouquet de roses, des écluses périgourdines, un essaim d’abeilles et une étuve à yaourts? Pas évident… Pourtant, depuis quelques temps, il y en a au moins un: il s’appelle "crowdfunding". Le mot, un peu barbare, et plutôt moche, prononcé en français, n’en est pas moins terriblement à la mode en France.

Une fois traduit, il désigne le financement participatif, qui consiste à mobiliser une communauté de bienfaiteurs/investisseurs pour cofinancer un projet, sur la base d’un don ou d’un prêt direct. Les contributions peuvent être modestes, l’important c’est qu’il y ait foule ("crowd", en anglais): 15€+5€+10€… et vous vous retrouvez avec un bouquet à 12.300 euros, 106 essaims d’abeilles, des écluses neuves, et une étuve à yaourts rutilante!

L’idée est plutôt simple, mais propulsée sur le web via d’efficaces plateformes, et relayée par les réseaux sociaux, elle fait fureur. En France, les sites se multiplient. Il y d’abord eu la musique avec MyMajorCompany et son célèbre Grégoire, premier chanteur produit par les internautes. Il y a aussi KissKissBankBank, lancé en mars 2010, et ses 1.000 projets financés depuis, pour un total de 4 millions d’euros. Ou Ulule, plateforme elle aussi française désormais disponible en anglais, espagnol, allemand, italien… et leader en Europe sur le financement participatif.


© Colbrain crowdfunding / Flickr

Ces trois là sont très branchés "culture" (musique, cinéma, bande dessinée, documentaire, journalisme, etc.), mais pour qui veut placer ses billes ou tout simplement les donner, il y a le choix: les micro-entrepreneurs vous draguent sur Babyloan ; les créateurs de mode sur I am la mode, lancé l’année dernière ; entrepreneurs et investisseurs se branchent entre eux sur FriendsClear. Quant aux particuliers, ils peuvent désormais solliciter la générosité de leurs pairs, avec le dernier venu, Hellomerci, créé par les fondateurs de KissKissBankBank et actif depuis le 27 avril dernier. Il s’agit cette fois de prêts solidaires entre particuliers.

L’engouement est donc certain. Le gouvernement s’intéresse d’ailleurs sérieusement au crowdfunding et réfléchit "aux verrous réglementaires à faire sauter pour faciliter ce type de financements", expliquait Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, lors des dernières Assises de l'entrepreneuriat.

Car le mouvement demeure modeste, et demande à être développé. Quelques millions d’euros tout au plus, une goutte d’eau au regard des 3.600 milliards d’euros d’épargne des Français. "La France est en retard", clame même Arnaud Poissonnier, patron de Babyloan, dans les colonnes des Echos.

La France en retard… Et ailleurs en Europe? La vague du crowdfunding n’est pas si folle. Exemple en Allemagne, Ukraine, Pays-Bas et Grèce.

Allemagne : le crowdfunding peu lucratif

Contrairement aux poids lourds américains comme Kickstarter, les plateformes de crowdfunding en Allemagne peinent à financer les projets. C’est le site Starnext, créé en 2010, qui domine actuellement le marché de ces start-ups du financement participatif. Le hic? Elle ne voit que la moitié des projets proposés atteindre leur objectif et récolter leurs fonds.

Rare succès du crowdfunding, la réalisation d'un documentaire sur la disparition du Bar 25, une institution de la nuit berlinoise, posée sur les bords de la Spree. Grâce à la renommée du club, fermé en 2010, les réalisateurs ont réuni 27.000 euros sur la plateforme Inkubato, dépassant même de 7% la somme initialement visée. Le film sort en salles ce mois-ci. Mais les exemples de ce type ne courent pas les rues.

"La lente mort du crowdfunding", comme l'annonce avec une étonnante certitude l'hebdomadaire Die Zeit, s'explique par plusieurs éléments. La taille du marché allemand, notamment, serait trop modeste. Quand les sites américains sont soutenus par de véritables communautés d'internautes, aucune des plateformes n’a su fédérer pareil soutien en Allemagne, leur rentabilité semble donc lointaine. Enfin, ce système de financement tarde à entrer dans les mœurs des potentiels co-financeurs : les Allemands rechignent à sortir leur carte bancaire pour des projets perçus comme virtuels.

Des initiatives plus locales prennent cependant le relais, à l’image de Nordstarter à Hambourg, ou de Vision Bakery à Leipzig. Un changement d’échelle qui pourrait relancer le crowdfunding allemand.

Ukraine : premier projet en 2012, et démarrage poussif

C’est au printemps 2012 que Halya Shyyan, jeune artiste et auto-entrepreneuse à Lviv, dans l'ouest du pays, est devenue la toute première en Ukraine à mener à terme un projet de crowdfunding. A travers la plate-forme Big Idea, Halya Shyyan collecte alors quelque 24.000 hryvnas (environ 2.400 euros) pour un projet culturel personnel: la mise en scène de la présentation de la traduction du roman de l'écrivain britannique DBC Pierre "Woosh!" (Lights Out in Wonderland, en anglais).

En Ukraine plus qu’ailleurs, on ne peut pas comprendre le crowdfunding comme un phénomène uniquement en ligne. Beaucoup de donateurs connaissaient déjà mon projet au préalable. Mais la campagne a aidé à toucher un public plus large",

analyse-t-elle, un an plus tard.

Lancée en 2009, Big Idea est la seule plate-forme de crowdfunding en Ukraine. Dans un pays où le taux de pénétration de l'Internet ne s'élevait qu'à 34,1% en juin 2012, selon Internet World Stats, le crowdfunding peine à s'inscrire dans le paysage. Dix projets ont été couronnés de succès, 3 ont échoué, et quelques autres sont en cours de réalisation. "On ne peut pas encore concevoir la plate-forme comme une entreprise", explique Iryna Solovey, co-fondatrice de Big Idea :

Le plus difficile ici est de faire comprendre aux donateurs que ce n'est pas de la charité. Il s'agit bien de susciter un engouement collectif pour des projets à dimension sociale et artistique".

Pays-Bas : Geldvoorelkaar.nl, le site qui monte

Aux Pays-Bas, la plateforme Geldvoorelkaar.nl ("De l'argent l'un pour l'autre") s’en sort bien: plus de 8 millions d'euros collectés en 3 ans. Sur ce site fondé par deux anciens directeurs de banques, des prêts aux profils divers, de 4.000 euros pour l'installation de panneaux solaires par un particulier, à 500.000 euros pour la construction d'un hôtel de luxe à Amsterdam.

Côté fonctionnement, le montant minimum à emprunter est de 750 euros, et la durée de l'emprunt varie entre 6 et 60 mois. A noter que le site n'apporte aucun conseil ni aux investisseurs ni aux emprunteurs: il est juste un intermédiaire. Le rendement des projets oscille quant à lui entre 4 à 11%. Et, signe que le crowdfunding sort des sentiers battus: l'intérêt sur le capital est fixé par l'emprunteur lui-même.

Face au succès, Geldvoorelkaar n’oublie pas de se payer. La publication par emprunt coûte 95€ pour un particulier et 175€ pour une entreprise. En cas d’objectif atteint, le site prélève également 3,5% de la somme empruntée et 0,9% sur les sommes investies. Le profil est mis en ligne pendant 120 jours. Si pendant cette période, l'emprunteur n'a pas récolté 90% de la somme globale, le profil est annulé. L'emprunteur peut alors recommencer pour une nouvelle période.

Grèce : le crowdfunding comme substitut à la puissance publique?

La Grèce, à cause de la crise -ou grâce à elle!-, s’ouvre au crowdfunding. Et notamment pour l’art.

C'est une grande leçon pour la Grèce, où, jusqu'à récemment, le financement de l'art reposait uniquement sur des commandes de l’Etat",

témoigne ainsi Mme Betty Tsakarestou, professeure adjoint au Département de la communication, des médias et de la Culture, de l’Université Panteion d’Athènes.

Sur ce créneau en plein essor, une poignée d’entrepreneurs s’agite. Comme Vangelis Rekkas, directeur d’une société de développement Web et d’applications mobiles, qui a créé sur son site une page dédiée au crowdfunding, garantissant aux porteurs de projets "une évaluation gratuite en ligne du produit". Ou le site Groopio, l'un des plus avancés en la matière en Grèce, et qui propose à financement des projets culturels.




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