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Crise du logement en Italie: Rome capitale des squats

mercredi, 15 mai, 2013 - 09:52

Avec la crise, bon nombre d'Italiens ne peuvent plus payer leurs loyers. Comme dans les années 70, les occupations des appartements vides se multiplient. Enquête à Rome.

Les occupations de masse sont aujourd’hui organisées par des mouvements politiques comme dans les années 70. Pour combattre l’appauvrissement alimenté par la crise, ils revendiquent le droit à l’occupation".

C'est le constat dressé par Achille Serra, préfet de Rome de 2003 à 2007.

Pris entre le marteau de la crise et l’enclume des banques qui leur demandent de combler rapidement leurs découverts sous peine de fermer leurs comptes bancaires, de plus en plus d’Italiens ne peuvent plus payer leurs loyers. Même si les propriétaires ont accepté de baisser les prix.

A Rome, les loyers ont chuté en moyenne de 15 à 30%. Certains propriétaires acceptent même de réduire de 10% le montant des contrats en cours",

explique Corrado Giacchi, avocat spécialisé dans l'immobilier.

Mais cette baisse tardive est insuffisante du fait de l’état désastreux des finances de la plupart des ménages transalpins.

Et selon une enquête publiée cette semaine par le quotidien romain La Repubblica, le nombre d’expulsions a augmenté de 60% durant les cinq dernières années. Sur cette même période, le coût moyen des loyers a augmenté de 150% dans les grandes villes.

Les propriétés de l'Etat occupées

Pour éviter de finir sous un pont ou dans une caravane garée à coté du Verano, l’équivalent romain du Père Lachaise, des familles squattent les appartements vides. Et ce n’est pas ce qui manque dans la capitale. Officiellement, 88.000 logements soit 7,5% du patrimoine immobilier romain, est actuellement inhabité.

Un pourcentage identique à celui de la capitale française qui compterait plus de 105.000 logements vacants soit également 7,5% des 1,35 million de logements parisiens.

Ce chiffre est toutefois calculé à la louche par l’Istat, l’institut national des statistiques ne tenant pas compte des fins de locations où des départs précipités dues aux expulsions de plus en plus nombreuses.

Comme dans les années 70, les Italiens prennent d’assaut les propriétés vides de l’Etat et des propriétaires privés.

A Rome, la famille des contes Vaselli anoblie par le dernier roi d’Italie Victor Emmanuel III dans les années 30, possède 2.500 appartements. Il y a six mois, plusieurs familles ont occupé un de leurs immeubles situé dans les environs des magnifiques jardins de la Villa Borghese. Depuis, les contes Vaselli prennent leurs précautions.

Dans mon immeuble, 18 appartements sont libres. Les Vaselli ont tellement peur qu’ils soient occupés qu’ils ont demandé au concierge de verrouiller le portail jour et nuit"

raconte Alessandra.

Cet immeuble cossu situé au dessus du Colisée se vide au fil des mois, la fondation Vaselli refusant de baisser le prix des loyers.

Ils estiment que les montants de leurs loyers sont situés en dessous de la moyenne romaine. Le loyer d’un appartement de 70 mètres carrés dans l’un de leurs immeubles situés au dessus du Colisée est de 1.150 euros par mois plus les charges. Chauffage compris, cela veut dire 1.300 euros par mois pendant l’hiver",

explique l’intermédiaire immobilier Giovanni Lazzarro. Trop cher aujourd’hui pour la plupart des locataires au pouvoir d’achat rogné par la crise.

Ma petite entreprise dans un squat

Le phénomène du squat est aussi lié à la crise de l’emploi. L’an dernier, le taux de chômage a frôlé la barre des 12%, un chiffre record depuis 1992. Du coup, les Italiens laissés sur le carreau occupent des locaux vides pour monter une petite affaire comme une salle de gymnastique ou un studio d’enregistrement. En décembre et en avril dernier à Rome, la police a organisé deux descentes coup de poing rebaptisées les "Tsunami tours".

Pour la gauche radicale,

les occupations sont la seule réponse que l’on puisse donner face à l’absence de réelle politique habitative des autorités".

Elle accuse les autorités locales italiennes, toutes villes confondues, d’immobilisme face à la crise du logement.

Hôpitaux et théâtres occupés

Selon un rapport publié par la Région du Latium, une soixantaine d’immeubles dont des hôpitaux et des théâtres désaffectés sont actuellement squattés à Rome.

Le coût moyen de l’occupation d’un immeuble est proche de 100.000 euros par mois car au prix du loyer il faut ajouter les services, c'est-à-dire l’eau et l’électricité puisque les habitants s’approvisionnent illégalement",

estime le conseiller Fabrizio Santori.

Alors que faire ? "Baisser les impôts pour pousser les propriétaires à être plus raisonnables et trouver des accords sur les propriétés de l’Etat désaffectées pour les transformer en logements sociaux", plaide le Sunia, le syndicat national des locataires.



L'America, un cinéma occupé à Rome (©maxwolf00/Flickr).




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