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Hongrie : Viktor Orban met les buralistes K.O.

vendredi, 17 mai, 2013 - 12:39

Scandale à Budapest. Viktor Orban met sous tutelle du régime les buralistes hongrois. A partir du 1er juillet, ils seront remplacés par des boutiques d’État pour le plus grand profit des amis du pouvoir.

L'Ambiance est morose au bord du Danube depuis le mois dernier à la suite d’une nouvelle réforme du gouvernement hongrois de Viktor Orban. Le chef du gouvernement hongrois impose un monopole d’État sur la vente du tabac.

"C’est injuste et inacceptable" lance une mère de deux enfants. Elle tient un petit bureau de tabac à Szekszárd, dans le sud du pays.

L’argument de santé publique, avancé par le gouvernement, est a priori irréfutable. Le tabagisme fait des ravages en Hongrie. Le pays se classe sixième parmi les plus grands fumeurs de l’Union européenne avec 32 % de sa population consommatrice de tabac.

Les amis d'Orban raflent la mise

Pour réduire la consommation, le gouvernement veut installer 5 600 boutiques d’État à la place des 42 000 points de vente actuels, tout en augmentant les marges de 4 à 10 %. Un marché juteux, que les proches du parti au pouvoir pourraient bien se partager, laissant des milliers de petits buralistes sur le carreau…

C’est ce qu’affirme en tout cas l’opposition et les médias hongrois, qui se sont emparés de l’un des plus grands scandales de corruption depuis le retour du Fidesz, le parti au pouvoir, en 2010.

Sur la liste des heureux élus sélectionnés à l'issue l’appel d’offres fin avril, un grand nombre d’hommes politiques, de "fils de" et autres "amis" du Fidesz, raflent parfois plusieurs licences en même temps. C’est le cas, notamment, des dirigeants de l’enseigne de supermarchés hongroise CBA

30 000 victimes de la réforme

"Ma concession ne sera pas renouvelée, il faut croire que je suis pas assez bien vu à la mairie…" lance ironiquement Róbert Forenszki, buraliste à Szekszárd, présent lors de manifestation du 15 mai.

Rita appartient, elle aussi, au camp des perdants. Elle est pourtant "née" dans un Trafik – ces bureaux de tabac emblématiques du pays. Elle a repris le flambeau à la suite de ses parents et aujourd’hui, elle ne cache pas son désarroi :

On a beaucoup travaillé sur notre candidature, on a fait appel à un spécialiste pour nous aider dans la rédaction, mais ça n’a visiblement pas payé. On n'a reçu aucune explication, on ne sait toujours pas pourquoi on ne remplissait pas les critères. Je peux mettre dix-sept ans de mon travail à la poubelle."

Rita s’interroge sur le processus de sélection :

Les clients s’étonnent d’un tel résultat, ils se font du souci pour nous – moi je me demande comment ceux qui ont obtenu la licence sans avoir d’expérience dans la vente du tabac ont pu réussir l’appel d’offre, il fallait quand même rédiger un business plan…"

Katalin critique également les méthodes employées pour l’appel d’offres :

Aucun de mes amis ne figure sur la liste. Pourquoi n’a-t-on pas donné la priorité à ceux qui vendent déjà du tabac pour ensuite ouvrir les candidatures aux personnes de l’extérieur ?"

Katalin prévoit au moins 30 000 victimes de la réforme : "Ceux qui vendent des journaux ou des bouteilles d’eau n’ont aucune chance de survivre sans le tabac."

Leur seul recours? Se reconvertir en vendeur de glaces ou de chewing-gums, en attendant un nouvel appel d’offres, incertain à ce jour…




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