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L’anglais à la fac : une polémique absurde

mardi, 21 mai, 2013 - 12:30

Vrai débat ou fausse polémique ? L'enseignement de certains cours en anglais à l'université met le monde de l'éducation en émoi. Une pratique pourtant courante dans les autres pays de l'Union européenne. 

Geneviève Fioraso tire les académiciens de leur léthargie. La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche crée la polémique depuis le 22 mai dernier avec un énième projet de loi pour réformer l'université française.

C'est l'article 2 de cette loi qui pose problème aux inconditionnels de la langue française, sans doute inquiets de l'avenir de l'un des fondements de l'identité française. Le philosophe et historien des sciences Michel Serres, pourtant enseignant à Standford, n'hésite pas à déclarer qu'une telle mesure ferait de la France

un pays colonisé dont la langue ne peut plus tout dire."

Cet article prévoit un assouplissement de la loi Toubon sur l'enseignement des langues à l'école, dans le but de :

dispenser en langues étrangères une partie des enseignements effectués dans le cadre d’accords avec des universités étrangères ou de programmes financés par l’Union européenne."

Jusqu'ici, l'anglais ne pouvait être dispensé qu'en tant qu'enseignement "à caractère international" ou si des élèves étrangers étaient accueillis dans l'établissement.

Cette nouvelle mesure engendre la colère des syndicats d'enseignants. Ils ont lancé un appel à manifester demain pour dénoncer ce projet de loi.

Mais s'il est une institution qu'on ne s'attendait pas à voir s'engager dans le débat, c'est l'Académie française. Dans une déclaration publiée le 21 mars 2013, le cénacle rappelait que :

L’Académie française, fidèle à sa vocation de gardienne de la langue et de son évolution, souhaite attirer l’attention sur les dangers d’une mesure qui se présente comme d’application technique, alors qu’en réalité elle favorise une marginalisation de notre langue."

Les Immortels demandent 

instamment au législateur de renoncer à introduire dans la loi une disposition portant atteinte au statut de la langue française dans l’Université".

L'anglais déjà dans les facs françaises

Pourtant, la présence de l'anglais n'est pas nouvelle. De nombreux cursus existent déjà dans les écoles de commerce et d'ingénieurs, mais aussi à la fac. Pour la ministre, il y aurait au total 790 formations dispensées exclusivement en anglais. L'agence Campus France recense par ailleurs pas moins d'une cinquantaine de facultés proposant des enseignements de ce type (Strasbourg, Lyon, Rennes… )

Le président de la conférence des grandes écoles, Pierre Tapie, interrogé sur ce projet de loi par l'AFP, évoque ainsi, à juste titre, "la régularisation de ce qui se fait déjà"

Avec ce projet de loi, la ministre de l'Enseignement supérieur veut que l'enseignement en anglais ne soit plus réservé aux étudiants dont les parents peuvent financer les études supérieures dans de grandes écoles prohibitives. 

Elle souhaite également faire passer, d'ici à 2020, de 12 à 15 % le nombre d’étudiants étrangers dans les universités françaises. Une mesure jugée inutile par Bernard Pivot. Le journaliste et académicien confie son inquiétude au journal La Croix 

En donnant la possibilité d’enseigner en anglais, la ministre prétend attirer des étudiants étrangers et faire remonter la France dans les classements anglo-saxons. Mais c’est un leurre. Les meilleurs choisiront toujours d’aller dans les plus grandes facs américaines et anglaises, tandis que le français, lui, sera bel et bien mis en péril."

Un principe acté en Europe

La tendance est générale en Europe. Depuis 2007, les formations délivrées dans la langue de Shakespeare ne cessent de croitre. D'après un rapport de l'Institut of International education paru en 2011, pour la seule zone euro, le nombre de formations délivrées en anglais est passé de 1028 en 2007 à 4644 en 2011.

La palme de la croissance des cours en anglais revient à l'Espagne. Ils sont augmenté de 73 % entre 2010 et 2011.

En haut du classement, les Pays-Bas (812 enseignements), l’Allemagne (612 enseignements) et la Suisse (401 enseignements). À noter qu'à l'époque, la France figurait déjà en 4e place avec 346 enseignements dispensés en anglais.

Les principaux cours concernaient à 28 % l'économie et le business et à 21 % les technologies et techniques industrielles.




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