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La banque éthique qui fait le buzz en Belgique

mardi, 21 mai, 2013 - 13:26

BEST OF DE L'ÉTÉ Un nouveau projet de banque éthique a attiré 40.000 souscripteurs en moins de deux mois ! " New B" fait le pari qu'on peut faire de la banque "autrement". Un pari qui suscite un véritable engouement dans la société civile belge.

[Article initialement publié le 21 mai 2013]

 

Mise à jour – 7 août 2.013

"New B". Ce n'est pas le nom d'un nouveau groupe de hip-hop, mais celui d'une banque éthique et coopérative. Un projet venu de Belgique qui, dans son manifeste ("Pour une banque par et pour des citoyens"), défend des valeurs bien oubliées par les banques traditionnelles.

Une banque qui veut rompre avec les mauvaises habitudes du passé et qui prône des valeurs telles que la sobriété, la simplicité, l'insertion sociale, la durabilité, la transparence, et qui promet que l'éventail des salaires de ses employés n'excèdera jamais cinq.

Un décollage à la verticale

Le projet s'est construit autour d'une soixantaine d'associations et syndicats (ils sont 89 aujourd'hui)…  Mais surtout autour de plus de 40.000 citoyens ! Le président de New B, Bernard Bayot, est lui-même issu du Réseau Financement Alternatif, un regroupement d'associations créé en 1987 et qui assure la promotion de l'économie solidaire. 

Cela n'empêche pas New B d'avoir l'ambition d'être une "vraie banque" et d'offrir tous les services bancaires depuis le compte courant jusqu'aux investissements industriels en passant par les livrets d'épargne.

L'équipe de départ, qui comptait dix membres (ils sont quinze aujourd'hui) a lancé une campagne de presse le 24 mars dernier. Un formidable buzz: alors que les fondateurs du projet espéraient atteindre 10.000 souscripteurs pour le début du mois de juillet, ils ont atteint ce nombre en deux jours!

Et depuis, le compteur tourne. Au 17 mai 2013, ils sont quelques 40.000 à avoir acheté une part à 20 € de la coopérative. Le samedi 6 juillet 2013, lors de l'assemblée générale des administrateurs, ils décideront de créer ou non la banque et choisiront un nom définitif ainsi que les produits que l'institution offrira à ses clients-propriétaires.

Une banque de pédagogues ?

En bons pédagogues, les fondateurs organisent un "New B Tour" à travers tout le pays. Aujourd'hui, New B s'est installée à Verviers, ville carrefour entre la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas. La présentation se déroule dans l'arrière-salle d'un café. Une salle comble : environ 75 personnes sont assises et écoutent l'orateur du jour, Jacques Onan, chargé de la représentation du projet dans la communauté francophone. 

À la fin de l'intervention, les questions fusent. "Qu'est-ce que je risque en tant que coopérateur? Quelles sont les garanties? Comment fonctionnera la banque? Y aura-t-il des agences?  Pourra-t-on aussi obtenir du microcrédit?  Et les entreprises, ne les a-t-on pas oubliées?"

Pendant plus d'une heure, les personnes présentes expriment leurs craintes, leurs espoirs, leurs interrogations.  Et le représentant du projet explique, inlassablement. 

Changer la banque, changer la société

Parmi ceux qui ont levé la main, un septuagénaire:

– Qu'est-ce qui vous y a incité à acheter une part de la coopérative?

– C'est une nouvelle banque à contrecourant qui correspond à un changement de société. 

– C'est une première pour vous ou vous étiez déjà engagé dans ce type d'action?

– J'ai travaillé longtemps dans le secteur associatif, je suis assez militant, donc j'y suis venu assez naturellement."

Peu avant, un conseiller financier exposait ses réserves à l'égard du projet New B :

Le projet est très intéressant, ils ont réussi le pari de le faire porter par la société civile. Mais, ils sont entourés de gens qui sont banquiers de profession. J'ai peur qu'ils ne retombent dans les anciennes habitudes…"

Une crainte justifiée par le comportement de certaines banques, à qui la crise n'a visiblement rien appris. Comme la Société Générale qui se prépare à licencier 1.000 personnes pour réduire ses couts alors que la rémunération de son président avoisine les 2,5 millions d'euros…  Ou Fortis, la banque belge qui s'est lancée dans des opérations risquées qui ont laissé des clients quasi-ruinés.

Ou comme la banque zombie Anglo pour laquelle les Irlandais paieront encore pendant des années…

Or, dans l'équipe technique qui accompagne le projet, on retrouve un ancien du Crédit Agricole, un ex-banquier d'Argenta, un ex-directeur de la CGER (Caisse d'épargne) et un autre du Crédit Communal (ancien nom de Dexia). Quelles sont donc les motivations d'anciens banquiers traditionnels, ceux dont les établissements ont rempli leurs coffres de produits toxiques et creusé la dette des États européens?

Retour aux fondamentaux

L'un d'entre eux témoigne:

Quand j'ai commencé mon métier, dans les années 1970, on nous enseignait que l'épargne, c'était sacré. Nous nous engagions à restituer au client le montant prêté, plus un complément pour compenser l'inflation et un intérêt minime reflétant le risque quasi nul du placement. Mais, à partir des années 80, on a exigé toujours plus de rendement, jusqu'à 20%. On prenait toujours plus de risques. On nous demandait d'écouler des produits toxiques auprès de gens que l'on croisait presque tous les jours, des gens qui étaient nos amis, nos voisins… Pour cela, il fallait tricher constamment. Ce projet de banque solidaire, pour moi, c'est le retour au vrai métier de banquier. "

Le 6 juillet, 1.700 souscripteurs se sont inscrits à l'assemblée générale.  Ils ont décidé de poursuivre et de fonder la nouvelle banque alternative.

Ils ont également modifié les statuts "afin de s'assurer que la coopérative actuelle devienne une vraie banque, de manière transparente.  Ils ne veulent en effet en aucun cas que New B devienne un holding ou une quelconque autre structure mais veulent rester les coopérateurs directs de leur banque."

A l'heure actuelle, New B compte plus de 43.000 coopérateurs et 101 organisations membres !  Nous vous tiendrons au courant de l'évolution de ce nouvel acteur de l'économie alternative.




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