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Des djihadistes belges en Syrie? Fantasmes et réalités

mardi, 28 mai, 2013 - 16:19

Combien de jeunes djihadistes belges sont partis en Syrie? Officiellement seulement 80, mais Le Monde avance le chiffre de 300 sur les 500 Européens ayant rejoint le conflit. Des données instrumentalisées par les musulmans radicaux... et les politiques.

La Belgique s'émeut de l'enrôlement de ses jeunes, d'origine immigrée ou non, dans les rangs des combattants syriens.

Les chiffres les plus contradictoires sont avancés : 80 sur les 500 Européens partis en Syrie selon les autorités belges, contre 300 pour le journal Le Monde.

Des sources proches des milieux judiciaires tablent plutôt sur 150 à 200 personnes… Des informations à prendre avec pincettes, ces départs étant évidemment clandestins. Cela n'explique cependant pas une telle disparité des chiffres avancés par les uns et les autres. 

Données manipulées

Comme lors des manifestations, les parties en présence jouent avec les nombres pour coller à leurs objectifs et ils ont tous une lecture très sélective du Coran et de la civilisation européenne. 

Les intégristes musulmans gonflent le nombre des combattants pour démontrer à l'Occident décadent que les jeunes sont nombreux à choisir la "vraie foi". 

Les populistes exagèrent pour souligner le danger qui guette les "valeurs fondamentales" des pays occidentaux.

Quant aux autorités – qui s'accrochent farouchement au nombre de 80 depuis des semaines – elles tentent, sans doute, de minimiser un phénomène qui inquiète d'autant plus que certains médias ou hommes politiques ont agité l'épouvantail islamiste sans retenue depuis des années.

À ce titre, Sharia4Belgium, un groupuscule intégriste dirigé par l'ex-garagiste Fouad Belkacem, est accusé de tous les maux. Ce serait lui qui recruterait des jeunes, les endoctrinerait lors de "camps d'entraînement" où s'opèreraient de véritables lavages de cerveau.

Sans compter la présence en Flandre d'un mouvement intégriste et salafiste radical prêchant sa propre version de la guerre sainte.

Mais cela n'interdit pas d'arrêter "l'hystérie" autour de ces jeunes djihadistes – pour reprendre l'expression de Eddy Eerdekens, rédacteur en chef du site flamand Knack.be – et de réfléchir une seconde.

Une multitude de profils 

La ministre belge de l'Intérieur, Joëlle Milquet, a proposé une série de dix mesures pour lutter contre cet enrôlement. Parmi elles :

  • La traque des terroristes sur Internet
  • Le renforcement des contrôles dans les aéroports
  • La promulgation d'un "arrêté-loi" pour interdire aux Belges de partir combattre en Syrie
  • Faire en sorte de demander aux compagnies aériennes l'embarquement de mineurs sans autorisation parentale

On peut néanmoins s'interroger sur l'efficacité d'un arrêté-loi pour empêcher de partir des jeunes qui ont décidé de tout quitter et de risquer leur vie.

Quant au refus par une compagnie d'accueillir des mineurs d'âge avec ou sans autorisation, il est illégal et les voyagistes pourraient être poursuivis par la justice européenne, comme le rappelait récemment la compagnie JetAirFly dans un courrier aux autorités aéronautiques…

La ministre déclare dans DH.be :

Nous sommes confrontés à une multitude de profils très différents. Vous avez les convertis, des jeunes belges qui se convertissent et parmi lesquels on trouve des gens très radicalisés. Il y a aussi les idéalistes : ils veulent aller soutenir leurs “frères” qui subissent les atrocités du régime, mais sont souvent manipulés et enrôlés dans des causes plus radicales… On trouve également les cas très lourds (proches notamment de filières djihadistes), suivis de près par la justice… Et enfin, ceux qui veulent soutenir l’opposition classique, celle matraquée par le régime et qui n’a pas de lien avec les groupements islamistes."

Comment croire, dès lors, qu'une seule filière, Sharia4Belgium ou une autre, serait responsable de tous les départs ? 

Un phénomène bien connu

Comme l'explique Alain Grignard, islamologue et spécialiste de l'antiterrorisme à la police judiciaire fédérale de Bruxelles dans 7sur7.be, ce phénomène de jeunes qui partent combattre à l'étranger pour une cause qui leur parait juste n'est pas nouveau.

Selon lui, il n'y a pas besoin d'un réseau organisé pour rendre en Syrie: il suffit de passer par la Turquie voisine.

Des jeunes sont partis en Irak, en Afghanistan ou encore au Kosovo – des voyages bien plus compliqués – sans que cela provoque un tel déchainement. Mais aujourd'hui, les parents ont déposé plainte et les médias se sont emparés de la question :

Et la publicité qui est faite à ce sujet peut donner de mauvaises idées à d'autres personnes",

continue le spécialiste.

En effet, certains politiques d'extrême droite y ont flairé une opportunité intéressante.

Philippe Dewinter, le dirigeant du Vlaams Belang, "défendait" récemment une famille dont le fils, converti au salafisme le plus radical, est parti pour Damas :

Les autorités ont du sang sur les mains",

déclarait le militant extrémiste lors de la conférence de presse qu'il tenait à Anvers en avril dernier…

La question du retour

En réponse à ces allégations, les Musulmans progressistes de Belgique ont interpellé les mosquées belges et leur ont demandé de se positionner clairement sur la question du combat en Syrie. 

Fouad Benyekhlef, leur président, demande

à l'État belge d'encadrer ces jeunes à leur retour, car ils représentent "un danger pour les musulmans et la Belgique".

Les premiers blessés reviennent de Syrie. Et la question de leur réintégration est sans doute plus cruciale que celle de leur départ: 

Toutes les personnes qui reviennent sont transformées par leur participation, active ou non, au conflit. Certains vont adhérer à un mouvement radical, d'autres revenir plus violents… La religion est un facteur de radicalisation, mais ce n'est pas le seul",

déclare Alain Grignard. 

Les Musulmans progressistes demandent aussi aux autorités belges de mener un travail de fond sur l'islamophobie "qui empêche les musulmans de Belgique de s'émanciper". 

Au-delà des imprécations sur les filières salafistes et autres mouvements radicaux, il est peut-être urgent de s'interroger sur ce que nos sociétés ont encore à offrir à leurs jeunes. D'origine immigrée ou non… 

                


Crédits photos : Leskovsek Matej/Sipa & Levine/Sipa




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