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Travail et religion en Europe : un mariage tumultueux

jeudi, 30 mai, 2013 - 11:58

Religion et travail ont du mal à faire bon ménage en Europe. Entre tolérance et exclusion, les pays semblent indécis. Tour d'horizon d'un mariage souvent tumultueux...

Les employées musulmanes de la ville de Gand, en Belgique, ont retrouvé le sourire. Depuis hier, elles ont à nouveau le droit de porter le voile sur leur lieu de travail.

Le conseil communal revient sur une décision municipale de 2007. Elle interdisait le port du voile pour ses salariées.

Un arbitrage salué par  la ministre flamande et élue gantoise, Freya Van den Bossche, ce matin sur la radio belge VRT :

Je suis en faveur d'un personnel neutre au guichet, mais cette neutralité ne se mesure pas à un voile ou une croix, mais bien au comportement des employés"

Car la Belgique n'a pas toujours été si tolérante envers la religion, notamment l'Islam.

Les employés belges sont d'ailleurs peu enclins à accepter la présence de la religion sur leur lieu de travail. Selon un sondage, daté de 2011, un employé sur trois se dit prêt à changer de travail si les signes d'appartenance religieuse y devenaient visibles.

79 % des sondés estimaient également que la religion n'avait pas sa place en entreprise. Pour autant, ils ne sont que 10% à révéler que la religion a déjà posé problème dans leur entreprise.

 

 

 

 

 

 

Angleterre : deux poids deux mesures

Pourtant, la Cour européenne des droits de l'homme rappelait, en janvier dernier, que "le droit de manifester sa religion sur le lieu de travail est protégé" tant qu'il n'empiète pas sur celui d'autrui.

La CEDH avait d'ailleurs donné raison à Nadia Eweida, une hôtesse d'accueil de la compagnie aérienne British Airways. Cette dernière avait été sanctionnée pour avoir porté un crucifix sur son uniforme au guichet d'enregistrement.

Le gouvernement britannique estime qu'à la différence des autres religions, les chrétiens n'ont pas à porter de signes religieux au travail.

L’Angleterre fait pourtant beaucoup pour intégrer la sphère religieuse au monde du travail.

Les sikhs peuvent porter turbans et bracelets Kara. Les femmes musulmanes arborent le Hijab et des salles de prière et de méditation existent dans de nombreuses sociétés. 

Une philosophie partagée par l'Autriche. Le pays autorise le port de signes religieux au travail pour toutes les confessions, même dans le secteur public.

Les entreprises y pratiquent un management de proximité. Les employés s'arrangent avec leurs supérieurs pour les temps de prière ou les absences.

Mais cette situation pose problème lorsqu'elle concerne l'Islam. D'après un rapport de la Société de recherche en science sociale, 67 % de la population estime que le port du foulard en entreprise est un obstacle majeur à l'intégration des musulmans.

Neutralité contre laïcité

La France est l'un des seuls pays à mettre en avant la laïcité dans presque toutes les sphères de la vie publique.

Les signes extérieurs de religion sont, à ce jour, autorisés sur le lieu de travail. Mais pas sûr que cela dure.

François Hollande a rappelé, à la suite de l'affaire Babyloup, qu'il était pour la mise en place d'une loi interdisant les signes religieux en entreprise au nom de la laïcité.

Pourtant, si l'on en croit une récente étude, 80 % des managers disent ne pas sentir de malaise particulier sur des questions liées au fait religieux. Les conflits sont rares. Seulement 6 % des conflits liés à la religion dans les entreprises ne sont pas résolus.

26 % des sondés estiment même que le principe de laïcité n'a pas à être imposé dans les entreprises et sont défavorables à une loi sur le sujet.

Car légiférer sur la religion pose parfois problème.

En 2003, l’Allemagne avait autorisé à une enseignante de porter le voile durant les cours. Ni une ni deux, 8 des 16 Landers allemands ont légiféré en interdisant le port du foulard pour les professeurs.

De nombreuses réactions islamophobes se sont également fait entendre en 2008, lorsque la justice allemande a estimé que les employés pouvaient refuser certaines tâches allant à l'encontre de leurs principes religieux.

À l’origine de cette décision, le licenciement d'un salarié d'un supermarché, mis à la porte pour ne pas avoir rangé le rayon alcool de son magasin. Le jeune homme, de confession musulmane, prétendait que cette besogne portait atteinte à sa religion.


Crédit photo : Phil Rogers/Newspix / R/REX/SIPA





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