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Merkel surfe sur la vague des inondations

vendredi, 7 juin, 2013 - 14:42

A seulement quatre mois des élections, la gestion des inondations qui ont ravagé plusieurs régions d'Allemagne devient un enjeu de campagne. Mais à surfer sur la vague, la chancelière risque le plongeon.

Angela Merkel avait un visage soucieux mardi dernier à Passau. La chancelière allemande s’est rendue dans cette ville bavaroise limitrophe de l’Autriche pour se rendre compte de l’ampleur des inondations qui touchent la région depuis dimanche 2 juin.

Armée de chaussures de marche et d’un imperméable noir, elle a sillonné la ville, recueillant témoignages et commentaires de secouristes, d’habitants et de quelques uns des 4.000 militaires déployés en renfort dans les régions de Bavière, Thuringe, Saxe et de Baden-Württemberg. A bord d'un hélicoptère, elle a ensuite survolé la région et constaté l’étendue des dégâts, "plus exorbitants" que ceux des inondations de 2002.

Les eaux du Danube et de l’Elbe montaient encore lorsqu’Angela Merkel s’est rendue sur le terrain. Une hâte de la chancelière qui s'explique en partie par l’urgence de la situation. Ainsi à Passau, les pluies diluviennes ont entrainé les pires crues du Danube depuis 500 ans. Le bilan devrait être lourd. Si pour l’heure aucune estimation globale n’a été faite, les pertes s’élèvent à 173 millions d’euros pour le seul secteur agricole.

Imper et botte de pluie, arguments électoraux 

L’approche des élections législatives du 22 septembre explique aussi la rapidité de la chancelière à aller au contact de la population. A Passau, elle a annoncé le déblocage immédiat et sans tracasseries administratives d’une enveloppe de 100 millions d’euros et évoqué la possibilité d'une rallonge. 

Ne pas rater le coche: l’enjeu est de taille, comme le rappelle l'histoire récente. L’ancien chancelier Gerard Schröder doit en partie sa réélection de 2002 à sa bonne gestion des inondations qui avaient touché la région en août de la même année. Les préjudices s’étaient élevés à 9,2 milliards d’euros.

Alors devancé dans les sondages, il avait enfilé ses bottes de pluie au moment où "l’opposition partait en vacances" pour remporter les élections de "manière miraculeuse" rappelle Carsten Koschmieder, politologue à l’université libre de Berlin.

Les inondations peuvent avoir un impact important sur les élections, surtout si la population a l’impression que la crise est mal gérée et qu’il n’y a pas suffisamment de moyens mis en œuvre. Dans ces cas là, inévitablement, les gens critiquent le gouvernement. Mais si les choses vont dans le bon sens, le gouvernement est vu comme très efficace. Dans le cas d’Angela Merkel, je ne constate pas beaucoup d’erreur de sa part. Elle n’est d’ailleurs pas du genre à faire d’erreur dans pareille situation",

estime Carsten Koschmieder.

Effet ou non des inondations, la cote de popularité de la chancelière a augmenté de 5 points en un mois, d’après l’enquête mensuelle réalisée par la chaine de télévision ARD et rendue publique ce vendredi. Une popularité qui ne signifie toutefois pas une victoire assurée en septembre. Son parti CDU-CSU recule d’un point dans ce même sondage.

Critiques des écologistes

Un sans faute pour la chancelière allemande à trois mois des élections? Rien n’est moins sûr, car si la décrue s’est amorcée, les sinistrés, eux, restent. Certains critiquent déjà la faiblesse des fonds promis. 

Lors de la crue du siècle de 2002, le gouvernement fédéral avait versé 9 milliards d’euros pour l’assainissement et les réparations. En comparaison, les 100 millions de Mme Merkel ne représentent pas grand chose",

commente l’ancien secrétaire d’État à l’environnement, Michael Müller, dans les colonnes du quotidien Handelsblatt. Actuel président de l’association des amis de la nature d’Allemagne, il reproche à Angela Merkel d’avoir fait de la lutte contre les inondations un sujet "annexe" et d’avoir bloqué certaines mesures.

Même type de reproche de la part d’une autre association environnementaliste, BUND, qui regrette, par la voix de son président Hubert Weiger, que le gouvernement "gère trop souvent les crises et ne se penche pas sur les causes des crises".

Il estime que "ces crues auraient pu être minimisées" et regrette que trop peu de terrains situés le long de ces fleuves aient été réaménagés en espaces sauvages. "A cause du changement climatique, les fleuves ont besoin de plus en plus de place" constate-t-il dans la presse allemande.

Si les communes ayant réalisé des travaux le long des cours d’eau incriminés ont été relativement épargnées par les crues, d’autres ont, en revanche, été prises de court. C’est le cas de la ville de Grimma, dans la Saxe, particulièrement touchée en 2002 et qui se retrouve les pieds dans l’eau aujourd’hui. La construction d’un mur de protection y a été retardée de plusieurs années. Entamé en 2007, il aurait déjà dû être terminé.

Croissance en berne?

Quid par ailleurs de l’impact de ces inondations sur la croissance économique que le gouvernement allemand espère voir remonter au second semestre? Après des résultats décevants au premier trimestre (0,1%), Berlin continue de tabler sur une croissance de 0.5% à la fin de l’année.

Le patron des patrons allemands, Ulrich Grillo, s’est voulu rassurant sur ce point en début de semaine même s’il envisage un retard dans la reprise de la croissance. Philipp Rösler, le ministre de l’économie a lui aussi relativisé les craintes préférant "attendre pour voir". Il n’empêche qu’il a qualifié ces crues de "catastrophe".

Une catastrophe dont Berlin devra gérer les conséquences au mieux d’ici les élections.




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