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« Un fantôme flotte au-dessus de la Turquie »

mardi, 11 juin, 2013 - 12:45

Par  myeurop

A la suite de l'intervention des policiers place Taksim, l'écrivain et poéte stambouliote Onur Çaymaz nous a envoyé un texte expliquant pourquoi le divorce est, selon lui, désomais définitif entre la jeunesse turque et le premier ministre Tayyip Erdogan. Il appelle à la résistance civile.

Onur Çaymaz est né en 1977 à Istanbul. Ses écrits sont publiés dans plusieurs revues et journaux turcs. En 2011, il a été récompensé par le prix de poésie Bedri Rahmi Eyüboğlu pour son recueil Pervaneyle Yaren. Ses poèmes sont traduits en plusieurs langues.
Pour Myeurop, il livre sa vision des récents évènements qui ont secoué la Turquie et la Place Taksim.

Il y a un fantôme au-dessus de la Turquie.

Ce fantôme, au commencement, hantait les arbres du parc Gezi qu’on veut abattre pour construire un centre commercial (…). Car en Turquie, sous le gouvernement de l’AKP (le parti islamique au pouvoir, Ndlr), les désastres écologiques sont fréquents. Notre pays est un paradis pour centres commerciaux. C’est pourquoi le cinéma Emek, fondé il y a 89 ans, a été détruit. C’est encore le même AKP qui a permis d’ensevelir sous les eaux la cité antique d’Allianoi…

Un fantôme flotte au-dessus de la Turquie. Mais ce fantôme ne peut être récupéré par un groupe idéologique comme le prétend Erdogan "le Premier Ministre chimique" (au parc Gezi, nous le nommons désormais ainsi du fait de l’utilisation de gaz lacrymogènes par la police).

La classe moyenne et la génération des années 90 en ont assez de la politique du gouvernement de l'AKP qui leur impose un mode de vie. Ils font leur révolution. Depuis plus d'une semaine, de la femme au foyer aux publicitaires, des représentants du mouvement kurde aux kémalistes, des nationalistes aux anticapitalistes musulmans, du commerçant aux homosexuels, tous se réunissent autour d'une même cause.

"Nous ne sommes pas les enfants d'Erdogan, nous sommes des citoyens"

Avec le décès de plusieurs personnes, la chute de la bourse, le retrait du grand capital, ce mouvement solidaire, d'abord simple protestation, s’est transformée en véritable révolte. Seul Tayyip Erdoğan ne le voit pas. Ou s'il le voit, par orgueil, il feint de l'ignorer. En se comportant comme un directeur d’école ou comme un père conservateur lors de ses conférences de presse, il augmente la tension. Nous ne sommes pas ses enfants, nous sommes des citoyens.

Notre juste révolte s’est étendue (…) le monde entier en a fait l'écho. Mais même la réaction de la presse étrangère n’a pu empêcher les événements responsables de la mort d’un jeune homme de 22 ans (…).

Finalement, (…) en Turquie, tout le monde a commencé à choisir son camp. Les cols blancs, en goûtant pour la première fois de leur vie à la résistance, rajeunissent leur âme. Les chroniqueurs d’apparence éclairée de la presse partisane se ridiculisent en essayant de faire entendre leurs voix nauséabondes. (…) Hier, environ 40 000 personnes ont clôturé leur compte dans une banque, car celle-ci appartenait à un des médias qui, des jours durant, n’a pas retransmis les événements. 

"L’AKP a commencé une chute sans retour possible"

J’ignore si après l’AKP sortira renforcé de ces évènements. Mais une chose est sûre: (…) l’AKP a commencé une chute sans retour possible. (…) Le Premier Ministre, qui accuse d’alcoolique toute personne buvant de l’alcool, doit comprendre qu’il reste un fonctionnaire et qu’il existe des limites. 

A présent, d’après les médias turcs proches des marchés, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, les membres d'une organisation terroriste qui affronte des armes chimiques.

A présent, l’AKP doit abandonner le sentiment de supériorité tiré de sa réussite électorale.

En Turquie, la résistance civile après Gezi est devenue un moyen de protester!"


Traduction en français : C. Lajus




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