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La police attaque Taksim: une nouvelle provoc’ d’Erdogan

mardi, 11 juin, 2013 - 14:21

Des policiers ont repris le contrôle de la place Taksim, mettant fin à près de deux semaines d'occupation par les manifestants. Le pacifisme des protestataires se heurte aux manipulations du gouvernement. Récit d'une matinée où tout a basculé.

Ce matin aux alentours de 8 heures (heure locale), une centaine de policiers anti-émeutes reprend le contrôle de la place Taksim, siège du mouvement de protestation anti-gouvernementale depuis quinze jours. Les manifestants sur place appellent au calme tandis que des provocateurs déclenchent les violences. 

Le gouvernement a adopté la stratégie de la division. Ils essaient de nous séparer en deux groupes: les extrémistes et les pacifistes. Au sein du parc nous n’avons qu’un crédo: la non-violence. Ils ne réussiront pas!",

confie Emre, un manifestant qui occupe le parc depuis les premiers jours. Le jeune homme, téléphone et masque à gaz à la main, reste calme. 

Les membres de l’organisation pour la protection du parc Gezi dans le quartier de Taksim tentent de rassurer les occupants et leur ordonnent de ne pas succomber à la tentation de la violence.

Certains perdent néanmoins leur sang-froid, comme ce manifestant qui harangue la foule, sans succès:

Mais qu’est-ce que vous faites à regarder? Pourquoi n’allons-nous pas nous battre?! La police nous attaque! Nous étions main dans la main, à deux mètres de la police, inoffensifs",

explique Ekrem, un masque à gaz autour du cou et les yeux rougis. Il revient tout juste de la place Taksim où la police déloge les manifestants.

Le gouverneur d'Istanbul avait pourtant annoncé sur twitter auparavant qu'il ne s'agissait que d'une opération ''nettoyage'' de la place Taksim, mais que la police ne s'en prendrait pas aux manifestants…

Je n’ai pas compris, tout d’un coup la police a chargé avec des gaz lacrymogènes sur nous. Nous ne faisions rien ! Nous avons couru dans tous les sens. Je suis très en colère et apeuré. Jusqu’où iront-ils?’'

Plus aucune tolérance

En fin de matinée, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, intervient à la télévision. Il affirme que son gouvernement ne montrera plus de tolérance envers les occupants du parc. 

Cette affaire est maintenant terminée’’, 

assène-t-il. 

Ce ton toujours plus menaçant ne fait pas peur aux manifestants. Yigit revient lui aussi de la place Taksim, il se dirige vers le parc, plus au calme.

Je suis atterré par ce que je viens de voir. Ce ne sont pas des manifestants sur le front, mais des policiers en civils ou d’autres personnes qui ne font pas partie de notre groupe. Et comme par hasard les médias étaient présents dès 7 heures. C’est une énorme manipulation gouvernementale, c’est très grave!’’,

témoigne-t-il.

Provocations de "policiers déguisés en civil"

Des dizaines de journalistes était effectivement présents sur la place depuis le petit matin. Seules les violences à l’encontre des policiers ont été filmées. Mais des vidéos circulent sur internet et les réseaux sociaux prouvant la présence de provocateurs, foulards autour du visage. Ils attaquent la police en lançant des pierres et sont armés de cocktails Molotov et de pistolets à billes.

Silence en revanche au sujet des manifestants toujours présents dans le parc, à quelques mètres, appelant à l’arrêt des attaques. Les occupants s’attardent à contrer la désinformation. Ils protègent également le parc, réinvesti brièvement par la police à la mi journée.

Venant d’Erdogan, je ne suis plus surprise de rien. Il a tellement peur de la réaction de la communauté internationale qu’il n’attaque pas officiellement. Il envoie ses hommes, les déguise en civils et prétend que cela vient de nous et que nous sommes des extrémistes. Comment pourrions-nous être aussi bien armés? Nous sommes pacifiques depuis le début’’, 

affirme Ayse, l’une des organisatrices. 

Les organisateurs sont décidés à rester dans le parc coûte que coûte et se disent toujours prêts à négocier avec le Premier ministre, sans violences ni policiers.

En réponse, le vice-Premier ministre Bulen Arinç a déclaré que Erdogan était prêt à rencontrer dès demain, mercredi 12 juin, des représentants des manifestants. La promesse laisse les manifestants échaudés dubitatifs.




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