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Les banquiers espagnols menacés de prison ferme

mercredi, 12 juin, 2013 - 10:31

Il devait se marier le week-end dernier. La fiancée est une ex-employée de la banque qu’il a dirigée pendant 14 ans. Mais le mariage a été annulé faute de marié. Le banquier est en prison. D'autres pourraient l'y rejoindre, comme lui, pour "gestion douteuse"…

Miguel Blesa, a dirigé Caja Madrid (la Caisse d'épargne de la capitale aujourd'hui renommée Bankia) entre 1996 et 2010, était incarcéré en mai dernier dans la prison de Soto del Real, près de Madrid. Détention provisoire sous caution de 2,5 millions d’euros. La nouvelle a fait la Une des médias espagnols: les banquiers allaient devoir rendre enfin des comptes! Les Espagnols s’en réjouissaient, fatigués de payer les pots cassés de la crise.

Miguel Blesa n'était pourtant resté qu’une nuit dans la cellule. Moins de 24 heures en taule, le temps pour sa famille de réunir l’argent nécessaire à sa caution. Mais les surprises n’étaient pas finies pour ce banquier, membre éminent de l’establishment madrilène, autrefois admiré par ses collègues.

La semaine dernière il retournait en prison, cette fois-ci sans possibilité de libération sous caution. Et il y est toujours. Les accusations du juge ? Sa "gestion douteuse" de la Caja Madrid lors de l’achat de City National de Florida en 2008 qui aurait engendré par ricochet des pertes de 500 millions d’euros. Une opération qui aurait, entre autres, provoqué la déroute financière de la banque.

Fin de l'impunité

Flashback sur les années du boom immobilier en Espagne. Le crédit pour les familles et les entreprises est facile. Certains secteurs d’activité ne connaissaient pas de chômage. Il y a une banque à chaque coin de rue, la vie est belle et prospère.

Miguel Blesa arrive alors à la Caja Madrid sans aucune expérience dans le secteur banquier. Son mérite? Être proche de José Maria Aznar, ex-Président du gouvernement Espagnol connu sur les bancs de la fac.
Blesa affirmait à cette époque que Caja Madrid était l’une des banques espagnoles les plus performantes. Il affichait sa réussite dans les rues madrilènes au volant d’une BMW série 7 achetée 500.000 euros par la Caja Madrid.

En 2010 Blesa quitte la banque et se fait alors discret : il profite de sa retraite en or tout en conservant des fonctions dans quelques conseils d’administration d’entreprises. Puis, la crise arrive avec les fusions des banques comme, par exemple, celle entre Caja Madrid et Bancaja. Le résultat de cette alliance est Bankia et sera cotée mi 2011 à 3,75 euros l’action. Aujourd’hui, elle vaut presque plus rien et l’Etat a dû sauver la Caisse en y injectant 19 milliards d’euros!

Miguel Blesa est le premier banquier espagnol incarcéré depuis le début de la crise. Certains pensent que cela peut être le début de la fin de l’impunité pour bon nombre de ses ex-collègues.

Je ne pense pas que l’on puisse dire que ce soit le début d'une chasse aux banquiers"

relativise, pour sa part, Jacobo Dopico, professeur de droit pénal à l’Université Carlos III, tout en rappelant néanmoins que

des enquêtes judiciaires sur les banques sont en cours depuis bien longtemps, mais ces enquêtes sont longues et compliquées avant d'aboutir".

Blesa pourrait donc bien n'être pas le seul banquier à passer par la case prison alors qu'il y a plus d’une centaine de responsables de des Caisses d’Epargne espagnoles devant les tribunaux de Barcelone, Madrid, Valencia…

A propos de sa rutilante BMW, Blesa aurait dit du temps de sa splendeur que sa BMW toutes options n’était "pas très fonctionnelle". Que pense-t-il maintenant de la fonctionnalité de sa modeste cellule?
 


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