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La vasectomie, une pilule dure à avaler pour les hommes

mercredi, 12 juin, 2013 - 12:47

La remise en cause de certaines pilules féminines relance la nécessité d'une contraception juste et efficace. Quelle place les hommes peuvent-ils y prendre? Parmi les solutions existantes, la vasectomie, souvent méconnue en Europe, notamment en France, reste taboue. 

"Dans la culture judéochrétienne, latine, c'est toujours la femme qui supporte le poids de la contraception": Sébastien, 45 ans, marié et père de deux enfants, a dit non au statu quo. Quand sa femme, pour des raisons médicales, n'a plus eu accès aux méthodes contraceptives hormonales, il a décidé de prendre le relais. Quitte à affronter les jugements et réticences de son entourage et du milieu médical. Car son choix porte un nom qui en effraye plus d'un: vasectomie.

La méthode de stérilisation est pourtant courante dans certaines cultures, notamment anglosaxones (au Royaume-Uni, elle concerne plus de 20% des hommes, selon les statistiques 2011 des Nations Unies). Elle est également répandue, de manière plus inattendue, en Espagne et en Suisse (près de 8% des hommes).

Mais dans de nombreux pays européens, elle est encore souvent assimilée à une castration. Il aura d'ailleurs fallu attendre 2001 pour qu'elle soit dépénalisée en France, alors que le Royaume-Uni l'a légalisée dès 1974, et la Turquie dès 1985…

"Je suis là pour réparer pas pour mutiler"

Beaucoup de médecins que j'ai rencontré ou contacté m'ont opposé une fin de non recevoir, parfois radicale: l'un d'eux m'a déclaré qu'il était là 'pour réparer et pas pour mutiler' ",

raconte Sébastien. C'est après deux ans de démarches, en juin 2011, que son opération est finalement réalisée. "Le parcours n'est pas simple!" résume-t-il. Sur le blog qu'il a lancé il y a deux ans pour informer et permettre l'échange sur le sujet, nombreux sont les internautes qui demandent des contacts de praticiens -ils sont rares- acceptant de réaliser des vasectomies. Il suffit pourtant de quelques clics en Angleterre, en Espagne ou même en Belgique pour trouver un nom, des conseils et un premier rendez-vous.

Le médecin Martin Winckler fait le même constat:

En France, a-t-on le droit, conformément à la loi, de choisir de n’avoir pas d’enfant? Un trop grand nombre de médecins pensent (et disent) que non (…) beaucoup (trop) de patients voient les médecins leur imposer leurs préjugés au lieu de les accompagner dans leurs décisions (…)"

Virilité et stérilité: l'amalgame subsiste

Aux réticences des professionnels répondent les craintes des patients, souvent infondées. 

Il n'est bien sûr pas question de développer la vasectomie au-delà de situations bien spécifiques: des hommes certains de leur choix, pour la plupart plus tout jeunes et souvent pères. Oui, la vasectomie est une technique de stérilisation, dont la réversibilité n'est pas assurée (l’intervention réparatrice le plus souvent réalisée est la vaso-vasostomie, mais la réussite est incertaine). Elle nécessite donc réflexion. 

Mais la peur de l'impuissance est injustifiée, de l'avis unanime du corps médical et des rapports internationaux. Les mentalités liées à la valorisation de la fécondité masculine, comme pilier d'une virilité fantasmée, évoluent lentement.

Beaucoup d'hommes voient la perte de stérilité comme l'abandon d'une pseudo virilité, or, cela n'a rien à voir",

analyse Sébastien.

De fait, "les patients concernés ont souvent une bonne construction de leur masculinité, ils ne perçoivent en aucun cas cet acte comme une atteinte à leur virilité", constate le Dr Hirsch, médecin-sexologue à l’hôpital Erasme, à Bruxelles, dans les colonnes du quotidien Le Soir. 

Il y a souvent la crainte d'une infection, d'un dérèglement hormonal"

observe aussi Betty Molin, conseillère familiale dans une antenne lyonnaise du Planning familial. Or, si le risque de complication existe, comme dans tout acte chirurgical, il est faible, comme en atteste le rapport de l'Has (Haute Autorité de Santé). 

L'intervention est simple, sans effet secondaire et peu coûteuse. Concrètement, il s'agit de bloquer l’émission des spermatozoïdes en coupant le conduit déférent.

Des arguments décisifs pour franchir le cap?

Avec ma femme, nous n'avions plus en projet d'avoir à nouveau des enfants, nous avons donc examiné les options contraceptives de longue durée. Les deux formes de contraception qui nous semblaient le plus appropriées étaient la stérilisation et la vasectomie. Les données sont éloquentes: il était clair que la vasectomie était la meilleure option"

raconte David, père irlandais de 4 enfants, à The Independent.ie.

En France, un délai de 4 mois de réflexion est imposé à tout homme sollicitant une vasectomie. Les médecins recommandent fortement de déposer au préalable son sperme dans une banque (Cecos, Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains).

Paradoxe hérité de nos cultures phallocrates, en Europe du sud et de l'ouest, la vasectomie, moins lourde (anesthésie locale) et moins coûteuse qu’une ligature des trompes, est pourtant moins pratiquée que son équivalent féminin…

Un acte militant?

Au-delà de ses avantages pratiques, faire le choix de la vasectomie représente un pas symbolique vers plus de parité dans la gestion de la natalité.

L'enjeu dépasse les cultures latines: en Belgique, en 2011, environ 7500 hommes ont subi une opération chirurgicale afin de ne plus pouvoir procréer. Le chiffre est stable depuis 10 ans, mais encore bas: la pratique reste largement méconnue, les préjugés bien ancrés: 

Dans nos sociétés (…), la contraception reste d’abord et avant tout une affaire de femmes"

rappelle le Dr Kim Entezari, urologue au Centre hospitalier universitaire Saint-Pierre, à Bruxelles. En Allemagne aussi, les réticences persistent: 0,5% des hommes seulement font le choix de la vasectomie. 

Pas de quoi décourager Jean-Philippe, 41 ans, en couple et père de 4 enfants, pour qui la vasectomie est apparue comme la solution la plus facile. Il confie dans les pages du Soir:

Je désirais tout simplement ne plus avoir d'enfants. En outre, cette opération n’a absolument aucune incidence sur ma vie sexuelle. Quant aux questions du genre: 'Tu n’es plus vraiment un homme alors ?!' ou 'Tu as encore des érections ?', ça ne me touche pas vraiment".




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