Connexion

Syndicate content

Bébés bosniaques, les nouveaux sans-papiers

vendredi, 14 juin, 2013 - 12:33

En Bosnie, depuis plusieurs mois, les nouveaux-nés sont privés de passeport. En cause, une querelle politique sur fond de rivalités ethniques. Après la mort d'un nourrisson, faute de soin, la protestation nationale se durcit.


La petite Belmina Ibrišević, 3 mois, ressemblait à tous les nourrissons bosniaques de moins de 5 mois: elle était née sans numéro national d'identification (l'équivalent du numéro de sécurité sociale). Et sans ce numéro, pas de création de passeport possible.

Début juin, alors qu'elle est atteinte d'une maladie grave, et du fait de cette inexistence administrative, elle n'a pas pu être transportée en urgence vers l'Allemagne pour y être soignée. Elle est décédée jeudi dernier. Aujourd'hui, Belmina est devenue le symbole de la lutte qui gronde à Sarajevo.

Des bébés non répertoriés

Mi février, suite à un désaccord gouvernemental avec la partie serbe du pays, la machine politique s'est grippée. La volonté de la République Serbe de Bosnie (une des deux entités qui composent la Bosnie-Herzégovine) d'obtenir pour ses nouveaux-nés des numéros d'identification différents de ceux des autres nourrissons du pays a réveillé les rivalités ethniques.

Les députés croates et bosniaques ont dénoncé une manoeuvre visant à accroître les divisions et à conduire à l'indépendance de la partie serbe. L'absence de compromis au parlement a mis le feu aux poudres.

Depuis février, l'ensemble des bébés bosniaques fait les frais des tensions. Les nouveaux-nés du pays ne peuvent plus obtenir de numéro national d'identification. Par conséquent, ils ne bénéficient pas de l'assurance maladie de Bosnie, ni de celle des pays tiers. Et comme si cela ne suffisait pas, il sont aussi privés de passeport. 

Une mobilisation nationale

Près de 10.000 habitants issus des trois grandes ethnies que compte le pays se rassemblent depuis la semaine dernière devant le parlement, à Sarajevo. On assiste depuis quelques jours à une sorte d'union sacrée nationale qui unie le peuple dans sa diversité. Un comble puisque le désaccord politique est précisément d'ordre ethnique.

Mercredi, des milliers de personnes ont manifesté malgré l'interdiction du gouvernement. Les étudiants ont été rejoints par les retraités, ralliés par les anciens combattants. Cette solidarité survient suite aux paroles malheureuses du président de la République Serbe de Bosnie. Celui-ci, avant de démissionner, a qualifié de "bâtards" les étudiants serbes protestataires.

Nous sommes venus faire entendre notre voix contre les divisions ethniques et nationales",

explique le Serbe Milenko Kindl au Washington post. Contrairement à ce que certains politiques laissent entendre, "les Serbes ont été accueillis en frères à Sarajevo", poursuit-il.

Face à ce soulèvement populaire, la mère de la petite Belmina "espère que le problème sera réglé pour de bon". Mercredi, le gouvernement proposait de mettre en place des numéros nationaux d'identification temporaires. Un engagement trop frileux pour le peuple qui réclame une loi claire et définitive.

"Nous voulons du changement"

La mobilisation à Sarajevo, relayée par facebook, s'est amplifiée au fil des jours et les revendications commencent à changer de nature. "Nous voulons du changement", peut-on désormais lire sur les banderoles. Dans les autres villes de Bosnie, les gens soutiennent la manifestation par le biais des réseaux sociaux.

Les manifestants appellent, notamment, les députés à réduire leurs revenus de 30% et à utiliser ces fonds pour améliorer la conditions des enfants malades. "Ils ne font rien de leurs journées et leurs notes de téléphones sont plus élevées que nos salaires" dénonçait dernièrement une jeune femme en brandissant un mégaphone.

Repéré sur le Washington post.




Pays