Connexion

Syndicate content

France TV, RAI, BBC, ZDF: sale temps pour les télés publiques

vendredi, 14 juin, 2013 - 10:46

Un Italien sur deux esquive sa redevance télé. La BBC a coûté 5,6 milliards d'euros en 2012. En Allemagne depuis janvier, c'est 'redevance pour tous' ... Après l'arrêt brutal, mardi, de la télévision publique grecque, zapping de télés européennes publiques sous pression.

Plus de télé, mais un sacré tollé. Alors que télévision et radio publiques sont éteintes depuis maintenant trois jours en Grèce, le son et les images sont désormais ailleurs : dans la rue, les Grecs manifestent, dans le pays la grève générale couve. Les voisins européens, eux, s’émeuvent du blackout austéritaire décidé si soudainement par Athènes. Et cette question : cela pourrait-il nous arriver ? Risque-t-on de nous priver, nous aussi, de notre bon vieux journal télé sur France 2, la BBC ou la Rai ?

Pas vraiment. Mais les audiovisuels publics ne sont pour autant pas épargnés par la conjoncture.

Petit zapping de la situation de nos téloches publiques européennes, de France Télévision à la Rai italienne, en passant par la BBC et l’ARD allemande.

Allemagne : en 2013, redevance pour tous !

L’Allemagne vient de réformer sa redevance audiovisuelle. Depuis le 1er janvier 2013, tous les contribuables d’outre-Rhin doivent débourser 17,98 euros par mois pour financer les stations de radio publiques ainsi que les chaines de télévision nationales ARD et ZDF et leurs chaines affiliées, à savoir les chaines publiques des divers Länder.

Seules les personnes dépendant de l’aide sociale ainsi que les sourds et malentendants en sont exemptés. Si cette réforme change peu de chose pour la plupart des contribuables, les grincements de dents viennent notamment des Allemands ne possédant pas de poste de télévision. Car jusqu’à présent, ils étaient exemptés de redevance, des agents de l’Etat venant vérifier en personne la présence d’un poste dans les foyers.

Les propriétaires de poste de radio devaient, de leur côté, s’acquitter de 5,99 euros par mois. Or avec cette réforme, tout le monde paie désormais le même montant. Colère aussi de certains hôteliers qui se plaignent qu’un hôtel 5 étoiles paie autant qu’une auberge de jeunesse.

Colère enfin des personnes handicapées, jusque là épargnées et, dans un autre registre, des loueurs de voiture qui doivent eux aussi mettre la main au porte monnaie.

Cette réforme se base sur un constat: à l’ère des tablettes et des smartphones, plus besoin de poste de télévision ou de radio pour suivre les programmes des chaines et radio publiques. La crainte de voir leurs subsides s’évanouir face au déclin du poste de télévision a donc poussé Berlin à réagir.

Un jeune juriste bavarois de 28 ans, Ermano Geueur, a tenté de faire annuler cette réforme en arguant devant un tribunal de Munich de son injustice. En vain. Les juges ont retoqué sa demande. Depuis, la Fondation des victimes des médias a pris la relève et lancé une initiative visant à contrôler au plus près la manière dont l’audiovisuel public dépensera son argent. L’Etat espère récolter 7,5 milliards d’euros entre 2013 et 2016.

Le Royaume-Uni tient à sa très chère BBC

Malgré les nombreux scandales de pédophilie qui ont touché la BBC ces derniers mois, l’arrêt de ses activités n’est pas d’actualité. Plus que jamais, la "Beeb" reste un fabuleux outil de promotion du gouvernement britannique, aussi bien à l’intérieur du Royaume-Uni qu’à l’étranger.

Ses dépenses pour l’année 2011/2012 se sont élevées à £4,80 milliards (5,61 milliards d’euros), dont £2,3 milliards pour la seule télévision. La redevance lui a permis d’empocher £3,60 milliards. Chaque foyer britannique est taxé à hauteur de £145,50, soit 170 euros. L'Etat, les publicités et les ventes de produits dérivés lui apportant £1,48 millions supplémentaires.

Mais à la BBC aussi, on se serre la ceinture. Son budget est réduit chaque année de 3%. Afin de limiter ses coûts fixes, une partie de ses équipes a été transférée dans un nouveau centre situé à Salford, dans la banlieue de Manchester. Elle a également connu de nombreuses restructurations, notamment la fusion de ses rédactions. Des restructurations qui ont nettement affecté la qualité de ses programmes, même si la direction de la chaîne et la plupart des employés s’en défendent.

Italie : 45% des télespectateurs ne paient pas leur redevance

Après la pluie, le beau temps. L’équipe de technocrates nommée par l’ex-président du Conseil italien Mario Monti promet désormais à la télé publique italienne une inversion de tendance, après les coupes de 2012, qui devraient permettre à l’entreprise de ramener ses comptes à l’équilibre l’an prochain.

L’an dernier, le paquebot Rai qui employait 11.000 personnes toutes professions confondues, était endetté à hauteur de 300 millions d’euros et affichait un découvert de 150 millions d’euros. Coté publicité, les prévisions étaient catastrophiques, la gouvernance envisageant une baisse de 25% du volume global fin 2012.

Pour redresser la barre, la nouvelle équipe a pris a taillé dans la masse salariale. Résultat, les 25 postes de correspondants à l’étranger ont été ramenés à 14 et les contrats des stars réduits en moyenne de 30%. Les postes libérés par les départs en retraites ont été gelés comme des centaines de CDD. Enfin, les notes de frais ont été limitées. Objectif : réduire les dépenses de quelque 150 millions d’ici 2014.

Quant au fisc, il a lancé ses limiers sur les traces des fraudeurs à la redevance. Ils étaient plus de 45% en 2012 ! Une perte sèche pour la Rai, estimée à quelques 550 millions d’euros par an. Pour obliger les Italiens à verser leur obole, le gouvernement d’unité nationale vient de proposer d’insérer le montant de la redevance sur les factures d’électricité.

France Télévision au pain sec, la culture trinque

Le groupe France Télévision, à l’instar de ses homologues des grands pays européens, est une grosse machine. En 2012, son budget s’élevait à près de 3 milliards d’euros. Budget financé à hauteur de 2,5 milliards par l'Etat tandis que les recettes publicitaires rapportaient un peu moins d’un demi milliard d’euros.

Côté financement, le niveau de la redevance télé, sobrement baptisée "contribution à l'audiovisuel public", a été relevé par les députés en décembre dernier : + 6 euros. Pour les Français, elle coûte donc désormais, en 2013, 131 euros en métropole, et 84 euros dans les départements d'outre-mer (DOM). C’est donc moins qu’en Allemagne ou en Grande Bretagne. Une majoration qui doit apporter 49 millions d’euros au groupe France Télévision.

L’avenir de l’audiovisuel public français s’annonce globalement douloureux. La ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filippetti, a prévenu cette année que les ressources publiques du groupe baisseraient de 2% entre 2013 et 2015.

Résultat, France TV "est face à un plan d’économie majeur", car l’Etat donne moins et que "la publicité ne se porte pas bien", expliquait il y a quelques jours sur France Inter Bruno Patino, responsable des programmes et du développement numérique de France Télévisions. "Des économies qui touchent aussi les programmes", regrette-t-il.

L’annonce de la suppression de plusieurs émissions culturelles historiques a d’ailleurs ému et mis en colère nombre de téléspectateurs, artistes et personnels de France Télévision ces derniers jours. Dans les grilles de rentrée, c’est en effet l’hécatombe, en particulier pour la musique :

  • Taratata, historique émission musicale sur France 2, présentée par le populaire animateur Nagui ;
  • Chabada, émission musicale dédiée à la chanson française, diffusée sur France 3 et présentée par Daniela Lumbroso ;
  • Les mots de minuits, émission vieille de 13 ans, présentée par Philippe Lefait sur France 2;
  • CD’aujourd’hui, sur France 2…

Selon France Télévision, ces programmes couteraient trop cher.


L'animateur Philippe Lefait annonce la fin de son émission.




Pays