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Retraites: les Européens bossent toujours plus vieux

vendredi, 14 juin, 2013 - 10:06

Un rapport sur les retraites françaises a été remis ce vendredi matin à Matignon. Il propose, entre autres, l'augmentation de la durée de cotisation. L'occasion de prendre des leçons auprès de nos voisins européens... 

Chronique sur RFI - Les retraites by Myeurop

Les Français en ont l'habitude: il est rare qu'une année passe sans que le mode de financement des retraites soit remis en cause. Les dix dernières années ont ainsi vu 4 réformes abouties se succéder. 2013 n'y échappe pas: ce vendredi 14 juin, un document (l'attendu rapport Moreau) remis à Matignon envisage plusieurs pistes pour financer le vieillisement de la population.

Entre autres propositions, l'augmentation de la durée de cotisation nécessaire pour pouvoir bénéficier de sa retraite à taux plein: celle-ci passerait à 43 puis 44 ans, contre 41,5 aujourd'hui.

Le rapport aborde aussi le calcul des retraites de la fonction publique, très critiqué pour son décalage avec le secteur privé. Il préconise que la période de référence dépasse les 6 mois (la durée prise en compte actuellement), pour s'étendre à une période de 3 à 10 ans. 

En France, une nouvelle augmentation des années de cotisations?

Sur la base du rapport Moreau et du débat à venir avec les partenaires sociaux, le gouvernement devrait remettre à la fin de l'été un projet au Parlement. L'augmentation de la durée de travail des Français pourrait y être reprise. Ce ne serait pas sans rappeler la réforme Woerth de 2010: l'âge légal de départ à la retraite était repoussé de 60 à 62 ans; à l'été 2011, le nombre d'années de cotisation était augmenté à 41,5 années (son niveau actuel).

En 2012, François Hollande était revenu partiellement sur cette réforme, menant ainsi à bien une de ses promesses électorales: celles et ceux qui avaient commencé de travailler à l'âge de 18 ans ou 19 ans ont vu leur cotisations abaissées respectivement à 41 ou 41,5 années. Mais l'âge de la retraite légal reste à 62 ans pour le reste de la population française…jusqu'à quand?

Réformer les retraites n'est pas une spécificité française. Ailleurs en Europe, beaucoup de gouvernements ont récemment fait le choix d'augmenter la durée des cotisations ou d'élever l'âge du départ légal.

La comparaison reste difficile: les situations varient selon l'âge, le sexe, le statut professionnel. Les régimes exceptionnels sont également spécifiques à chaque pays.

Allemagne: un taux d'emploi des seniors parmi les plus élevés d'Europe

En Allemagne, la réforme de 2007 a fait passer l’âge d’obtention d’une pension complète de 65 ans et un mois en 2012 à 67… en 2031. Cette lente évolution est entrée en vigueur le 1er janvier 2012. 

Les salariés ayant commencé à travailler jeunes pourront malgré tout y prétendre dès 65 ans, à la condition d’avoir cotisé 45 ans, hors périodes de chômage. Cette durée de cotisation de 45 ans demeure inchangée. L’âge minimum de départ reste, lui, fixé à 63 ans -sous réserve de 35 années de cotisation. Mais de fortes décotes sont prévues pour les travailleurs qui souhaitent liquider leur pension à cet âge.

Selon Eurostat, l'âge effectif de départ à la retraite en Allemagne en 2012 est d'un peu plus de 62 ans: le taux d'emploi des seniors reste l'un des plus hauts d'Europe, estimé à 59,9 % en 2011. 

Royaume-Uni: départ à 68 ans en 2046 !

Depuis 2007, il faut seulement trente ans de cotisation pour bénéficier de la (minuscule) retraite d'État de base (116 euros par semaine). Mais, avec la réforme engagée en 2012, qui prévoit un départ à 68 ans à l'horizon 2046, une pension à taux plein nécessitera, de fait, 44 ans de cotisation pour les hommes et 39 pour les femmes. 

En mai 2012, plusieurs syndicats du secteur public ont rassemblé près de 400.000 employés (200.000 d'après les autorités) dans la rue pour protester contre les réformes d'austérité qui touche particulièrement les pensions de retraite. Les syndicats pointaient du doigt une augmentation de 50% des cotisations par an.

Actuellement, les retraites anticipées sont monnaie courante: depuis 2006, un salarié peut liquider sa retraite complémentaire (seconde pension d'Etat ou fonds de pension privé) dès 50 ans, c'est-à-dire avant même de pouvoir percevoir sa retraite de base.

Espagne: un départ tardif mais de nombreuses dérogations

La durée de cotisation nécessaire pour prétendre à une retraite à taux plein est de 35 ans dans la plupart des cas. 

Mais en 2011, le Parlement espagnol a adopté une loi qui recule l'âge de départ de 65 à 67 ans à l'horizon 2025. Parrallèlement, la durée de cotisation passerait à 37 ans. Actuellement, si le salarié a cotisé 35 ans, il pourra toucher sa retraite à 100%. Mais s'il n'a cotisé que 15 ans, il touchera sa retraite à hauteur de 50%. 

Malgré les réformes (2006-2007) destinées à prolonger l’activité, il existe toujours de nombreuses possibilités de retraites anticipées: les professions dites "à grand danger", comme les mineurs, les cheminots ou les marins peuvent profiter de départs anticipé dès 60 ans. L'Espagne propose également des départs à 61 ans aux salariés mutualistes, aux licenciés économiques et aux chômeurs de longue durée qui peuvent faire valoir 30 ans de cotisation. Ceci explique qu’un quart des nouveaux retraités espagnols liquident leurs droits avant 60 ans.

Pays-Bas: 50 ans… de résidence

Tout résident des Pays-Bas a droit aux allocations retraites à condition de justifier de 50 ans… de résidence dans le pays. Bien que l’âge légal soit de 65 ans, les personnes ayant exercé, et contribué à un fonds de pension pendant 40 ans, peuvent (sous conditions) partir à la retraite à 63 ans avec une pension totale limitée à 70% du dernier salaire.

En dépit de dispositifs destinés à décourager fiscalement la cessation précoce d’activité, de nombreux régimes de préretraite –ils couvraient 83% des salariés en 2001– existent toujours.

Italie: une refonte générale sur fond de crise

Le système conjuguait, jusqu'à la réforme de décembre 2011, deux types de retraites différents. La pension "de vieillesse" d’abord, qui supposait un minimum de 20 ans de cotisations. La pension "d’ancienneté" ensuite, était calculée ainsi: on additionnait l’âge de départ à la retraite du salarié et le nombre d’années de cotisation.

En 2010, il fallait atteindre 95 points, avec un âge minimum de 59 ans – un minimum de 36 ans de cotisations était donc nécessaire (95-59=36).

Mais en décembre 2011, dans un contexte de crise, Mario Monti a imposé une refonte totale de ce système particulièrement compliqué. Les Italiens doivent désormais verser entre 40 et 42 annuités pour les hommes et 41 pour les femmes avant de partir en retraite. A partir de 2018, hommes et les femmes partiront en retraite à 66 ans. Cet âge légal sera, par la suite, retardé en fonction de l'évolution de l'espérance de vie.

On table sur 67 ans en 2022. Par ailleurs, on passe d'un système "rétributif" à un système "contributif".

Ce dernier système est beaucoup moins avantageux, car le montant de la pension de retraite se fait sur la base des cotisations versées pendant toutes les années de travail, et non plus sur les dernières années. La mesure est en vigueur depuis le 31 décembre 2011.

Pologne: l'allongement de la durée de travail pour lutter contre le manque de main d'oeuvre

Le gouvernement de Donald Tusk a récemment décidé de retarder l'âge de la retraite des Polonais, une réponse au veillissement de la population et à un "manque dramatique de main d'oeuvre en Pologne à l'horizon des années 2040" selon le Premier ministre.

Fixé à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes, l'âge de retraite est reculé progressivement depuis 2013, pour atteindre 67 ans en 2020 pour les hommes et en 2040 pour les femmes. Autres avantages pour les femmes, elles ne devront cumuler que 35 ans de cotisations alors que les hommes devront présenter 40 ans.

Les militaires de carrières et les policiers n'échappent pas à la nouvelle réforme. Ils devront travailler 25 ans pour avoir le droit à une retraite de plein droit, contre 15 ans jusqu'à récemment.




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