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Mode et fraude fiscale, les deux mamelles de Dolce et Gabbana

jeudi, 20 juin, 2013 - 17:16

Pour avoir fraudé le fisc, le couple star de la mode italienne a écopé d’un an et demi de prison. Les deux stylistes ont fait appel. La correspondante de Myeurop est allée rôder près des boutiques romaines de la marque. Réactions.

Condamnés par le tribunal de Milan à un an et huit mois de prison avec sursis pour une fraude fiscale de 200 millions d’euros, les stylistes Dolce et Gabbana devront indemniser le fisc à hauteur de 500.000 euros.

Les deux stars de la mode italienne, accusées d’avoir constitué des sociétés écrans au Luxembourg et de leur avoir cédé deux marques pour échapper à l'impôt, s’en tirent plutôt bien. Dans son réquisitoire, le procureur de la République, qui estimait le montant de la fraude à un milliard d’euros, avait en effet requis deux ans et demi de prison.

"Une goutte d’eau pour un groupe comme D&G"

En cette journée de canicule romaine, les rues sont vides. Dans les magasins, les vendeuses désœuvrées font le ménage sur les rayons pour éviter de s’assoupir. Place d’Espagne et via Condotti, l’équivalent romain de la rue de la Paix, les vendeuses des boutiques Dolce et Gabbana sont muettes comme des carpes. Pas question de discuter des mésaventures judiciaires de leurs patrons. D’une boutique à l’autre, la réponse est identique: no comment.

Les quelques promeneuses élégantes qui défient la chaleur africaine pour essayer une robe D&G, sont elles aussi très discrètes. Elles font comprendre d’un petit geste de la main, qu’elles ne veulent pas parler de l’ex couple qui habille si bien les femmes. Dans une cafeteria située dans la petite rue voisine, en revanche, le patron prend le temps de bavarder pour défendre Dolce et Gabbana.

Je ne peux pas croire que des personnes aussi importantes au niveau mondial aient pu prendre de tels risques pour 200 millions d’euros. C’est une broutille, une goutte d’eau pour un groupe comme D&G",

affirme Eddy. Pour cet homme au visage tout en rondeur caché derrière des lunettes très mode, il ne peut s’agir que d’une erreur. "Tout est informatisé, la comptabilité, les entrées et les sorties de la marchandise. C’est un problème d’ordinateur", estime ce tenancier.

"Tu fraudes le fisc? Clac, en prison"

Dans les bureaux de l’assureur Allianz, le concierge a lui aussi son mot à dire. "C’est toujours la même histoire, les riches sont pardonnés car une amende de 500.000 euros au bout du compte, c’est des clopinettes. Quant à la prison, ils n’y mettront jamais les pieds", s’énerve Roberto Carli. Il y a deux ans, ce quinquagénaire s’est "trompé" dans sa déclaration d’impôts:

Cette année là, j’avais complètement oublié que mon fils avait gagné 2.800 euros et j’ai déclaré qu’il était à ma charge. J’ai été convoqué par la société Gelit qui s’occupe de la gestion des impayés et j’ai proposé à l’employé de lui verser tout de suite 200 euros pour boucler l’affaire. Il m’a dit que cela ne se passait plus comme cela et que je devrais indemniser le fisc à hauteur de 1.600 euros",

se souvient Roberto Carli. En évoquant la condamnation infligée à l’ex couple de stylistes, l’homme s’énerve.

Eux, ils ont obtenu une ristourne et ne devront payer que 500.000 euros parce qu’ils sont riches et connus. Nous autres pauvres gens, on doit payer plein pot. De toutes les façons, ce ne sont pas quelques condamnations qui vont changer la mentalité des Italiens. La fraude fiscale, c’est comme le football et la pizza, cela fait partie de nos valeurs!"

Dans l’ascenseur, une femme au maquillage parfait malgré la chaleur monte dans les bureaux de l’assureur.

Il faudrait faire comme aux Etats-Unis. Tu fraudes le fisc? Clac, en prison. Le problème, c’est que la plupart des Italiens pensent qu’ils peuvent faire tout et n’importe quoi, qu’ils sont au dessus des lois. On dit qu’il y a la crise, que les gens n’ont plus un centime. Les restaurants sont pleins. Cela veut dire qu’ils fraudent le fisc, s’ils peuvent encore faire les boutiques et dîner dehors. Quant aux petits commerçants n’en parlons même pas, ils oublient ponctuellement de donner des reçus",

s'énerve Laura Buttelli.

Selon une enquête réalisée il y a quelques mois par l’institut de sondages Ispo, 79% des Italiens voudraient condamner les spécialistes de la voltige fiscale au pain sec et à l’eau. Paradoxal quant on sait que les trois quarts de la population ont tendance à revoir leurs revenus à la baisse au moment de remplir leur déclaration d’impôts.




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