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Itinéraire d’un italien en quête de « dolce vita »

lundi, 24 juin, 2013 - 13:47

Changer de vie: certains en rêvent. Francesco, ex-négociant de pierres précieuses, a choisi de tout quitter pour s'improviser aubergiste au sud de l'Italie. Mais la "dolce vita" ne tient pas toujours ses promesses. Portrait.

C’est une maison blanche adossée aux collines; un endroit qui ressemble au sud de la France. Il y a du linge étendu sur la terrasse, des chats noirs qui s’étirent sous les figuiers. Ici, le temps dure longtemps et tout cela fait rêver aux chansons de Maxime Le Forestier et de Nino Ferrer. 

L’endroit s’appelle Maratea et se trouve en Basilicate dans le talon de la Botte. On l’appelle la perle de la Mer Tyrrhénienne et l’été, les touristes se bousculent sur les plages caillouteuses ou de sable fin qui bordent la mer émeraude. 

Le paradis sur terre?

"Ici, c’est le paradis sur terre!" affirme Francesco Salvia. Originaire de la région, cet homme au sourire décoré d’une belle moustache plus sel que poivre a un jour décidé de tout plaquer. En vérité, Francesco Salvia n’était pas seulement attiré par l’odeur de la mer. "C’était dans les années 2000, tout foutait le camp, le travail, la vie de famille" se souvient aujourd’hui Francesco. Spécialisé dans le commerce des pierres précieuses, l’homme n’arrivait plus à joindre les deux bouts. D’autant qu’il venait de se séparer et qu’il devait subvenir aux besoins de sa femme d’origine française et de ses enfants restés à Paris.

"J’ai appris que cette maison était en vente. Alors je me suis précipité et j’ai aussi acheté dans la foulée le gros lopin de terre situé autour. J’ai dû faire beaucoup de travaux et cela m’a coûté cher. Je paye encore mais je ne regrette rien".

confie Francesco Salvia.

Au départ, il voulait transformer cet endroit en maison de famille. Les enfants seraient venus pendant les vacances. Mais les ennuis d’argent se sont accentués et Francesco a décidé de transformer la maison en gîte. "J’ai pu installer plusieurs chambres car la maison est sur deux étages. Certaines ont même une petite cuisine et une salle de bain." explique le tenancier improvisé.

Francesco la joue à l'italienne

Mais Francesco se heurte ponctuellement aux lourdeurs de la bureaucratie. "Les fosses septiques par exemple, quel souci! Au départ, il fallait qu’elles soient situées à cinq mètres de la maison, ce que j’ai fait. Lorsque j’ai demandé le certificat de conformité, l’employé de la mairie de Maratea m’a dit que la loi avait changé: les fosses devaient être à 20 mètres. Après, il m’a dit que la loi allait à nouveau changer… Alors j’attends", explique Francesco Salvia. Mais cette situation l’empêche de régulariser son activité. 

Alors Francesco la joue à l’italienne: il s’arrange. Ses clients sont pour la plupart Français, Sud-américains, "de vieilles connaissances du temps où je vendais plein de pierres précieuses" ajoute l’homme. Pour le moment, le gros de son activité a lieu au printemps et en été. "Mais j’espère pouvoir travailler à plein temps lorsque j’aurais régularisé la situation". Pour attirer la clientèle, il organise des stages de cuisine, de musique, de verre soufflé et même de théâtre.

Sur sa terre, il a planté des arbres fruitiers "pour faire des confitures", des oliviers, des salades, des tomates, des épinards, des poireaux et même une vigne.

"J’utilise mes produits pour préparer les dîners des hôtes. Le reste, je l’achète chez les paysans du coin. C’est naturel à 100%, totalement bio et cela plait" avoue "O’Francese", le "Français" comme l’appellent les gens du coin. 

Le soir, tout le monde dîne sous les figuiers. Certains jouent de la guitare, d’autres chantent. On se croirait dans un film d'Eric Rohmer. "Les gens viennent pour redécouvrir le plaisir de vivre, pour goûter le temps. On écoute les cigales, on regarde le soleil se lever. La vie quoi!" affirme Francesco.

L’an prochain, les questions bureaucratiques devraient être résolues. "Je pourrais enfin m’inscrire sur les listes des sites ruraux et facturer les locations de chambres. J’ai déjà confié mon dossier à un cabinet d’études" explique Francesco. De quoi lui permettre d’éponger ses remboursements qui s’élèvent encore à 55.000 euros et peut-être d'investir pour élargir son activité.

"Je suis de nature optimiste"

A-t-il des regrets? "Je suis d’une nature optimiste, même si j’ai beaucoup de soucis financiers, comme toutes les personnes qui se lancent dans les affaires. J’ai fait les choses au bon moment. Dans les années 2000, tout était plus simple: j’avais un peu d’argent de coté et les gens m’ont aidé" Mais il confesse:

"Aujourd’hui si c’était à refaire, je n’en aurais pas le courage".

Il parle de la crise, des banques qui refusent de prêter de l’argent, de la frilosité des entreprises de restructuration en terme de crédit. "A l’époque, les artisans qui se sont occupés de la restructuration m’ont fait crédit. Maintenant, je ne crois pas qu’ils prendraient des risques" estime Francesco. 




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