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Banque du Vatican : un évêque corrompu mis en prison

vendredi, 28 juin, 2013 - 16:33

Le parquet de Rome, qui enquête depuis deux ans sur la banque du Vatican, vient d’arrêter un évêque accusé de blanchiment. L'affaire intervient après la nomination d’une commission de cardinaux chargée par le pape de lever le voile sur les véritables pratiques de ce sulfureux institut. Le pape François, pris de vitesse par la justice?

Faut-il y voir une coïncidence? La justice italienne a arrêté ce matin un évêque soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent. Deux jours avant, le pape François nommait une commission composée de cardinaux pour remettre l'Institut des oeuvres de religion (IOR) dans le droit chemin.

A la mi-journée, le père Federico Lombardi, porte-parole de la salle de presse du Vatican, a déclaré que

les autorités vaticanes veulent pleinement collaborer avec la justice italienne mais que les autorités italiennes compétentes n’ont rien demandé dans l’immédiat".

Cela veut-il dire que la commission nommée par le souverain pontife fournira quelque renseignement utile au parquet de Rome, qui enquête depuis deux ans sur les pratiques illicites de l'IOR? Rien n’est moins sûr, le Vatican n’aimant pas que d’autres fassent le ménage à sa place.

"Don 500", l'homme qui aimait les billets de 500 euros

Mais la volonté de transparence du pape François pourrait briser ce tabou. D’autant que l’on a appris que le monsignore qui travaillait pour l'Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), l'organisme en charge des biens du Saint-Siège, a été relevé de ses fonctions par ses supérieurs le mois dernier. Ces derniers avaient appris que le prélat était sous le coup d’une enquête. A Naples, en effet, le monsignore est accusé d’avoir blanchi 560.000 euros.

En ce qui concerne le volet romain, monseigneur Nunzio Scarano, plus connu sous le nom de "Don 500" en référence à son ostensible amour pour les billets de cinq cent euros, est accusé d’avoir essayé de rapatrier de Suisse une vingtaine de millions. Une somme placée en Suisse par ses amis, les armateurs napolitains Paolo, Cesare et Maurizio D'Amico pour échapper au fisc italien. Pour mener à bien cette affaire, le monsignore aurait recruté un sous-officier des services du contre-espionnage italien, expulsé de l’armée il y a trois mois, et un intermédiaire financier.

A titre de remerciement -il devait transporter les millions dans un jet privé-, le sous-officier a touché un chèque de 400.000 euros signé par le prélat. Les deux hommes ont été arrêtés au petit matin et incarcérés dans la prison de Regina Coelli, au cœur de Rome.

Scandales en cascade

Reste que cette affaire n’est qu’un petit chapitre de l’enquête nettement plus volumineuse et complexe ouverte en 2010 par le procureur Nello Rossi. A l’époque, la justice soupçonnait Ettore Gotti Tedeschi, président de l'IOR, et son directeur général, Paolo Cipriani, de violation de la législation contre le blanchiment d'argent. Elle avait bloqué 23 millions d'euros.

Le parquet romain estimait aussi que le Ior avait quelques clients "bizarres", liés à la mafia. Limogé en quelques heures par la haute hiérarchie vaticane, Ettore Gotti Tedeschi avait été remplacé par un proche de Benoit XVI, l’allemand Ernst von Freyberg. Au lendemain de sa nomination, ce banquier au regard sévère avait commencé par faire éplucher les comptes de l’institut un par un par l'Agence américaine de consultants financiers Promontory.

Visiblement insuffisant pour le pape François, qui a affirmé il y a quelques jours, "l'IOR est nécessaire jusqu’à un certain point", avant de le placer sous surveillance. Un préavis de fermeture?

Le pape François mettra-t-il la banque du Vatican sous tutelle?

La tache de la commission ne sera pas facile. Durant les trente dernières années, la banque des papes a été mêlée à plusieurs scandales importants. A commencer par la faillite de la Banque Ambrosiano, une affaire impliquant la CIA et la loge maçonnique P2 et le suicide à Londres de Roberto Calvi, surnommé "le banquier de Dieu". L’homme s’était pendu le 18 juin 1982 sur un pont de la Tamise. Suicide ou meurtre, l’affaire n’a jamais été véritablement éclaircie.

Une seule chose est certaine: Roberto Calvi en savait trop sur l'IOR et la Banque Ambrosiano. Et puis, il y a aussi l'affaire Enimont, qui avait éclaté en 1993 lors de l’opération "Mains propres". Un scandale à base de pots-de-vin versés à des partis politiques italiens.

Dans les couloirs feutrés du Vatican, le bruit court que le pape François souhaiterait placer l'IOR sous tutelle. On murmure aussi que cette décision lui permettrait de modifier les pratiques de la banque, qui devrait renouer avec sa vocation primordiale, c'est-à-dire l’administration des œuvres de religion. Un vaste programme qui risque de créer de nombreux mécontents à l'IOR : en premier lieu ses clients.




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