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Croatie dans l’UE: « Nous ne pèserons pas lourd sur le plan politique »

jeudi, 27 juin, 2013 - 15:45

Article du 28/06/2013 mis à jour le 01/07/2013. Aujourd'hui la Croatie devient officiellement le 28e pays à intégrer l'Union européenne (UE). Une adhésion qui ne fait pas l'unanimité au sein du pays. Le jeune franco-croate Christian Ujhazi est l'un des opposants. Portrait. 

Christian Ujhazi a 23 ans et vit à Zagreb. Alors que son pays vient de rejoindre l'Union européenne, le jeune homme entretient le mythe d'une Croatie yougoslave. Un portrait de Tito, affiché sur le mur de sa chambre, trône parmi une série de cartes postales.

Je ne l'ai pas connu, mais cet homme me fascine. Il a réussi là où tout le monde a échoué. Tito a su unifier trois cultures différentes: les musulmans, les chrétiens catholiques et les orthodoxes. C'était une dictature, certes, mais lorsqu'il est mort, personne n'est venu cracher sur sa tombe. Ce n'était pas comme Staline. Quand je demande aux plus vieux ce qu'ils pensent du régime de Tito, ils me disent qu'ils étaient heureux. Qu'ils avaient tous du travail car beaucoup d'entreprises, notamment des sociétés françaises, s'étaient installées là-bas."

Le jeune homme est intarissable sur l'histoire de son pays. Titiste revendiqué, il refuse cependant de s'engager pleinement dans un parti politique. Les communistes croates sont bien trop timorés à son goût.

"J'ai toujours appartenu à la Croatie"

Cet amoureux de la Croatie a pourtant fait presque toute sa scolarité en France.

Je suis né en France. Je vis à Zagreb depuis un an mais j'ai toujours appartenu à la Croatie. Chaque fois que j'avais ne serait-ce qu'une semaine de vacances, je venais là. C'est ici que j'ai embrassé une fille pour la première fois."

Dès ses 16 ans, Christian sait qu'il fera sa vie là-bas.

Un type m'a agressé à Paris. Je me suis défendu et il a été salement amoché. Toute cette histoire m'a amenée jusqu'au tribunal. Je m'en suis sorti avec du sursis. Pendant le procès, j'ai interpellé la juge en lui demandant s'il fallait se laisser faire. Elle a répondu oui. C'est là que j'ai compris que la France n'avait plus rien à m'apporter. J'ai dit à ma mère que plus tard, je retournerai au pays. A l'époque, elle ne me croyait pas."

Eurosceptique

En 2012 il quitte la France et termine son BTS informatique et gestion en Croatie.

Mon diplôme sera valable en Croatie. C'est bien le seul point positif de l'adhésion à l'U.E."

Car pour Christian, l'entrée de son pays au sein de l'union est loin d'être une bonne nouvelle. 

Quand je vais prendre un café au coin de la rue les gens n'arrêtent pas de cracher sur l'Union européenne. C'est rare d'entendre des individus qui y sont favorables. Il y a même des rumeurs qui disent que le référendum aurait été truqué. Nous sommes un tout petit pays de 4.5 millions d'habitants. Nous ne pèserons pas lourd dans l'UE sur le plan politique. A part rénover quelques parcs, je n'ai rien vu de ce que Bruxelles pouvait nous apporter. Nos politiciens s'imaginaient qu'entrer dans l'Union européenne résoudrait le problème du chômage. Ils ont tort. Pour moi, c'est le début de la fin."

La fierté d'un peuple

Sa grande peur? L'oubli, la perte d'une identité nationale au profit d'une autre, édulcorée.

En Croatie nous avons un nom pour la guerre yougoslave: domovinskog rata. Ça veut dire la guerre patriotique. Au moment d'entrer dans l'union, on nous avait annoncé que désormais il fallait employer le terme de "guerre civile". Ça n'a l'air de rien, mais cette nouvelle appellation a été considérée comme un affront pour beaucoup d'entre nous. Le peuple Yougoslave est un peuple fier. Finalement, ce projet a été abandonné."

Pourtant, aucune voix dissonante ne se fait entendre dans le pays.

C'est parce que la Croatie est un pays jeune. La guerre n'est pas si loin. Je crois que la population attendde voir si cette entrée va véritablement changer leur vie avant de se manifester."

Le 22 janvier 2012, le peuple croate a choisi d'intégrer l'Europe des 27. Avec un taux de chômage atteignant les 18.1% de la population active, l'Union européenne paraissait être la meilleure alternative pour le pays. Le oui l'emporte à 66%. Mais l'engouement n'y est pas. Le taux d'abstention dépasse les 50%. Pire, seul 20.69 % des inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes pour les européennes de mars 2013.




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