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Au Portugal, ballet des vanités et crise politique

vendredi, 5 juillet, 2013 - 12:44

Deux ministres démissionnaires, une coalition gouvernementale qui boit la tasse, un premier ministre qui semble incapable de trouver une solution… Au Portugal, l’issue de la crise politique est incertaine.

Il n’y a plus de pilote dans l’avion. C’est l’impression étrange qui se dégage de la crise politique que traverse le Portugal.

Les premiers remous ont fait surface lundi 1er juillet avec la démission de Victor Gaspar, le ministre des finances. Il estimait ne plus avoir les soutiens nécessaires à la mise en oeuvre de son action. Gaspar est l’homme de l’austérité au Portugal. Un technocrate impassible, chargé d’appliquer les mesures d’ajustement décidées en juin 2011 et le placement sous perfusion internationale du pays (dans le cadre du programme de sauvetage du FMI et de l’UE comprenant un prêt de 78 milliards d’euros).

Gaspar apparait aux yeux de certains comme un homme providentiel, ayant contribué au retour du Portugal sur les marchés financiers.

Sa méthode était de tout mettre par terre, et de reconstruire à partir des cendres"

explique Pedro Lains, professeur d’histoire de l’économie l’institut des sciences sociales de Lisbonne. Malgré les critiques qu'il suscitait, son départ est une surprise.

Pour le remplacer, le premier ministre Pedro Passos Coelho a annoncé la nomination de la secrétaire d’État au trésor, Maria Luis Albuquerque, bras droit de Gaspar. Le chef du gouvernement croyait ainsi donner un gage de continuité de la politique d’austérité.

Deux démissions de ministres en 24h

Mais 24 heures plus tard, mardi 2 juillet, deuxième coup de théâtre. Alors que va bientôt se dérouler la cérémonie d’investiture de la nouvelle ministre des finances, c’est le ministre des affaires étrangères qui démissionne. Suscitant à son tour la perplexité générale. Paulo Portas laisse entendre qu’il aurait souhaité être nommé aux finances.

Il ne s’agit pas d’une vexation sans conséquence: Paulo Portas est le leader du CDS-PP, le parti des démocrates chrétiens, l’autre parti de la coalition au pouvoir. Sans lui, sans le CDS qui doit organiser son congrès national les 6 et 7 juillet, le gouvernement n'a plus de majorité parlementaire. Ce scénario l’empêcherait de poursuivre ses réformes structurelles.

Le départ de Portas fait vaciller le pouvoir. Le Portugal s'attend à une démission de son premier ministre. Mais, nouvelle surprise, Pedro Passos Coelho annonce qu'il reste à son poste. Débute alors un étonnant ballet de négociations pour tenter de convaincre Paulo Portas de rester ou de trouver une issue à la crise.

Chantage et prise d’otages

Les Portugais n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Le spectacle ressemble à celui d'une cour de récréation peuplée de gamins indisciplinés. Un cirque pitoyable que dénoncent l’opposition, les syndicats et une large proportion de la population. Certains jubilent: des élections anticipées vont avoir lieu, il sera alors peut être possible d’en finir avec l’austérité.

Mais si le gouvernement n’est pas tombé -du moins pas au moment où nous écrivons ces lignes-, la responsabilité en incombe à Paulo Portas. Ses manœuvres pour imposer sa ligne, et même son maintien au gouvernement (il accepterait le portefeuille de l’économie) sont comparés à du chantage. Paulo Portas a l’ambition personnelle chevillée au corps, entend-on souvent. 

Le mini coup d'État d'un communicant 

Il est surnommé le "petit Paul des marchés" pour avoir mené une campagne de mains serrées et de joues embrassées sur les foires et marchés. Mais il est né dans une famille intellectuelle des beaux quartiers de Lisbonne et entretient son côté "gentry" et cosmopolite. Son image "proche du peuple, au côté de la veuve et de l'orphelin" est une construction politique étudiée.

Son parti, qui représente entre 6 et 10% de l’électorat selon les scrutins, n’a jamais eu autant le rôle d’arbitre que depuis qu’il le dirige. Capable du pire comme du meilleur, cet ancien journaliste maîtrise bien sa communication. Sa démission surprise pourrait être interprétée comme un coup de force, un mini coup d’État. Il est en tout cas celui qui mène le jeu au risque de se voir pris à son propre piège.

Un scénario à la grecque

L’instabilité politique a provoqué une impressionnante chute des bourses européennes, les taux de la dette portugaise à dix ans se sont envolés, à plus de 8 %. L’Eurogroupe, la commission européenne et l’Allemagne se sont fendus de déclarations de soutien au Portugal, quant à sa capacité à sortir de l’ornière.

Jusque là, Pedro Passos Coelho a toujours réussi à convaincre ses partenaires qu’il était sur la bonne voie, grâce notamment à son ministre des finances. Mais en l'absence de son bras droit et d'une coalition solide, les "sacrifices consentis jusqu’à présent par les Portugais" selon l'expression de Passos Coelho, n’auront servi à rien.
Un nouveau plan d’ajustement sera alors pratiquement inévitable. Ce serait un échec portugais… et européen.
 




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