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L’Italie perd ses bijoux de famille

jeudi, 11 juillet, 2013 - 10:45

Cachemire, bijoux, automobiles ou Chianti... La péninsule perd chaque année ses plus grandes marques, rachetées par des groupes étrangers. Si la France se taille la part du lion, Espagnols et Allemands profitent aussi des bonnes affaires.

Adieu riz Scotti, vin Chianti, confiserie Cova, charcuterie Fiorucci ou lait Parmalat! L’Italie ouvre grand son coffre-fort industriel et laisse s’échapper ses bijoux de famille. A l’image de ces emblématiques marques, durant les vingt dernières années, la plupart de ses fleurons ont été cédés à des grands groupes étrangers, notamment français.

LVMH s’offre du cachemire

Le groupe Pinault avait, dés 1999, raflé Gucci. Quant au confiseur Cova, c'est LVMH qui a mis la main dessus.

Les détails du rachat n’ont pas été dévoilés, mais l’affaire pourrait tourner au vinaigre. Le groupe Prada, qui souhaitait passer la bague au doigt de la famille Cova, a saisi les tribunaux italiens pour faire annuler la vente. La première audience aura lieu la semaine prochaine.

Continuant sa campagne d’Italie, LVMH vient également de déposer dans sa besace la marque de cachemire Loro Piana. Coût de l’opération pour le groupe français: 2,4 milliards d’euros.

Les Français dévorent l’agroalimentaire italien

L'agroalimentaire est aussi une cible de choix. Une bonne partie tombe également dans l’escarcelle des Français. A commencer par le groupe Lactalis, qui s’est offert le laitier Parmalat. Il y a deux ans, le groupe français Cristalco s’était emparé de 49% du capital social du sucrier Eridania. 

Depuis le début de l’année trois autres importantes marques ont changé de patron. D’abord le riz Scotti, qui a échangé 25% de son capital au colosse espagnol de l’alimentaire Ebro Foods contre un chèque de 18 millions d’euros. Puis, l’entreprise vinicole toscane Casanova, rachetée par un industriel de Hong-Kong spécialisé dans l’industrie pharmaceutique. Enfin, les tomates pelées du groupe Ar Alimentari, premier producteur italien, ont été vendues à la société anglo-japonaise Princes, contrôlée par Mitsubishi.

Selon l’organisation Coldiretti, la confédération des producteurs agricoles, la fuite des grandes marques agroalimentaires coûte chaque année quelque 10 milliards d’euros de chiffres d’affaires à la péninsule. 

La grande distribution n'est pas en reste. Elle a été prise d'assaut par Carrefour, Auchan, Castorama et Leroy Merlin. 

Le spectre des délocalisations

Côté mode, là encore, la France se taille la part du lion en Italie. La marque du styliste Gianfranco Ferré a été rachetée par Paris Group, tandis que Bernard Arnault donnait dans la bijouterie en raflant le colosse mondial au chiffre d’affaire annuel de près de 1,2 milliard d’euros. Dans l’industrie, les Allemands ont raflé l'emblématique constructeur de motos Ducati, passé sous la coupe d’Audi pour 860 millions d’euros.

Le changement de propriété implique souvent le déplacement des ressources financières de la société rachetée, la délocalisation de la production, la fermeture des établissements et une baisse de l’emploi,"

estime Sergio Marini, patron de l’association des entrepreneurs agricoles Coldiretti.

Deux exemples confirment ces propos: le rachat de Parmalat par le groupe Lactalis, qui a profité du renflouement de liquidité après la remise à flot du groupe, et la vague de licenciements dans les établissements de la charcuterie Fiorucci, rachetée en 2011 par le groupe ibérique Campofrio.

Comment arrêter le massacre du made in Italy, et freiner la fuite des grandes marques? "En créant une filière agricole totalement italienne et en relançant les moteurs de l’industrie à l’aide de mesures durables", propose Sergio Marini.

Reste que l’exécutif italien, qui vient d’apprendre le nouvel abaissement de la note italienne par l’agence Standard & Poor’s, n’a pas vraiment la tête aux investissements.




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