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Les crèches, un défi électoral majeur pour Angela Merkel

vendredi, 12 juillet, 2013 - 12:30

Les mères allemandes travaillent de plus en plus. Face à cette révolution outre-Rhin, le gouvernement fédéral a promis une place en crèche à chaque enfant de 1 et 2 ans. Une garantie qui doit être effective le 1er août. A deux mois et demi des législatives, la question devient un enjeu central de la campagne électorale.

Le gouvernement fédéral est au pied du mur. Le 1er août prochain, tous les enfants de 1 et 2 ans devront pouvoir être accueillis en crèche. Une décision prise par décret dès 2008. L'Allemagne est-elle réellement en mesure d'accueillir tous ces bambins, alors que le pays est connu pour son manque d'infrastructures? Oui, selon le gouvernement fédéral.

Non, selon les associations de protection de l'enfance qui dénoncent une vaste entreprise de désinformation. La polémique est devenu un important enjeu électoral à deux mois et demi des élections législatives de la fin septembre.

"Des chiffres nettement surestimés"

Kristina Schröder, actuelle ministre fédérale de la famille, a donné ses chiffres hier au site d'informations NRD: 780.000 places en crèche sont actuellement disponibles pour les enfants de moins de 3 ans, un surplus de 20.000 places par rapport aux besoins de la population. Un chiffre que la ministre estime même voir grimper à hauteur de 813.000 au cours de l'année prochaine. Un bonne nouvelle pour la majorité gouvernementale.

La ministre a salué le travail remarquable des communes et des länder. Selon elle, les deux programmes d'investissement n'ont même pas été entièrement utilisés. Il resterait 160 millions d'euros disponibles.

Mais pour Ulrich Maly, président SPD (social démocrate) de l'association des villes allemandes (Städtetag), la situation est loin d'être aussi reluisante. Il accuse le gouvernement fédéral d'avoir délégué aveuglément la tâche aux communes:

Nous avons des difficultés sur place et réclamons pour la suite davantage d'argent de la part du gouvernement fédéral et des länder",

explique-t-il.

Les données avancées par le gouvernement fédéral ont fait forte impression jeudi, alors que de nombreux organismes dénoncent depuis des mois l'insuffisance criante des infrastructures. En mars dernier, le Bundesamt, l'office fédéral des statistiques, révélaient notamment un manque de 220.000 places de crèches.

Plus récemment, l'association des villes allemandes tablait, elle, sur un manque de 100.000 espaces d'accueil. Pour Stephan Articus du Stätetag, "les chiffres du gouvernement sont nettement surestimés" et beaucoup de crèches ne sont en fait pas encore sorties de terre.

La qualité de l'accueil fait débat

Au-delà des chiffres eux-mêmes, c'est le manque de qualité qui critiqué. Heinz Hilgers, le président de l'association allemande de protection de l'enfance, fait part de ses doutes:

Si nous avons effectivement 800.000 places en crèche pour les enfants de 1 et 2 ans, cela représente une augmentation insoutenable".

Dans ces conditions, explique-t-il, "le besoin en puériculteurs augmente également de 60.000". Or, selon Hilgers, "il n'y en a pas autant sur le marché du travail et cela risque de coûter très cher."

La fondation indépendante Berstelsmann s'est penchée sur la question de la qualité de l'accueil des enfants. Elle arrive également à la conclusion que le personnel n'est pas assez nombreux pour faire face à la demande. Pour une qualité d'accueil optimale, chaque puériculteur doit s'occuper de 3 enfants, estime la fondation. Aujourd'hui, la moyenne atteint plutôt 4,5 enfants. Dans certains nouveaux länder de l'Est, la situation est critique. En Saxe-Anhalt, par exemple, chaque membre du personnel doit s'occuper en moyenne de 6,5 bambins!

Une politique du chiffre bien vaine

Enfin, même si les chiffres avancés par le gouvernement fédéral sont exacts, il s'avère que les besoins ne sont pas répartis de manière équitable sur tout le territoire. La ministre Kristina Schröder en est consciente et affirme:

Le besoin varie de manière forte et pas simplement entre les länder, mais aussi entre les villes et les campagnes et au sein même des quartiers d'une ville."

Il est clair qu'ouvrir davantage de places en crèche à la campagne ne va pas aider les citadins, qui sont aujourd'hui les principaux demandeurs. La encore, ce sont les villes qui doivent supporter le gros du travail d'aménagement.

Au niveau local, les parents critiquent aussi les horaires d'ouverture des crèches qui, parfois, ne coïncident pas avec les horaires de bureau. La plupart des crèches restent ouvertes jusqu'à 16-17h alors que des parents ne quittent le travail que vers 18h. Or, faire garder bébé implique de coûts, donc davantage d'heures supplémentaires.

Face à ces multiples objections, la ministre se montre finalement très prudente à l'égard des chiffres avancés par le gouvernement, considérant qu'"il n'y a de toute façon pas de quota ni de chiffres bien définis par la loi." Une manière de s'excuser d'ores et déjà, au cas où…
 




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