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Médicaments : l’Europe fait son marché sur Internet

vendredi, 12 juillet, 2013 - 14:27

La France a adopté aujourd'hui un arrêté visant à encadrer la vente des médicaments sur Internet. Une première étape dans la libéralisation des produits pharmaceutiques. L'Autorité de la concurrence vient, elle, d'ouvrir le débat sur une commercialisation en grande surface. Une libéralisation déjà mise en place dans d'autres pays européens.

Enfin une mise à jour. Depuis fin 2012, la France autorise la vente de produits pharmaceutiques en ligne sans encadrement juridique conséquent.

Jusque là, les textes ne protégeaient pas le consommateur contre la contrefaçon. Quid également des différents produits pouvant être vendus? Sur le plateau de BFM TV, Marisol Tourraine, ministre de la Santé, a tenu à livrer plus de précisions. Seuls les médicaments sans ordonnance seront accessibles sur le web, parmi une liste de 4.000 produits.

Les médicaments pourront être expédiés au domicile des internautes qui en passeront commande. Une mesure qui déplaît fortement à Pascal Louis, président du collectif national des groupements de pharmaciens d'officine:

Nous, pharmaciens, ne parlons pas de vente de médicaments mais de 'dispensation'. Nous donnons des conseils afin de s'assurer que le produit convienne au malade. C'est le cœur de notre métier. Rompre le contact avec la personne, c'est rompre avec la partie essentielle de notre travail."

Des médocs au supermarché?

Mais l'Autorité de la concurrence souhaite aller encore plus loin. Hier, l'organisme proposait d'ouvrir le débat sur une possible commercialisation des médicaments… en grandes surfaces.

Tollé du côté des pharmaciens, qui craignent la fermeture en cascade de leurs officines comme le souligne Pascal Louis:

Des centaines de pharmacies ont déjà fermée à cause du contexte économique. Nous sommes à peine rentables. Si on ajoute des éléments extérieurs, comme la perte du monopole, nous risquons de basculer et d'être déficitaire."

L'Autorité de la concurrence, elle, se défend de vouloir casser le monopole des officines. Son objectif au contraire: permettre aux consommateurs d'acheter à moindre coût les produits ne nécessitant pas d'ordonnance. Dans son rapport, l'organisme reprend l'exemple de l’Italie qui aurait vu le prix des médicaments chuter de 25%.

Les produits vendus en grande surface le seraient sous l'égide d'un pharmacien diplômé, afin d'éviter tout risque de surdosage par les usagers eux-mêmes. Un assouplissement du code de déontologie serait également offert à la profession en compensation. Les pharmaciens pourraient alors avoir recours à la publicité pour vendre certains produits face à la concurrence des supermarchés. Pas assez pour convaincre Pascal Louis:

Réduire notre rôle à du conseil sur des médicaments sans prescription, c'est sous-exploiter le pharmacien. Nous sommes d'accord pour communiquer davantage mais qu'on parle également des services que nous rendons à la communauté en accueillant les gens. Des personnes viennent à l'officine nous voir pour qu'on prennent leur tension où qu'on mesure leur glycémie."

Le second objectif de la France est également de doper, avec cette mesure, les ventes de produits génériques en s'inspirant du modèle anglo-saxons, peut-on lire dans le rapport:

Les pouvoir publics s'appuient sur les officines pour la vente de produits génériques contrairement aux pays comme le Royaume-uni ou l'Allemagne […] Aujourd’hui, seuls 28% des volumes des médicaments remboursés sont des génériques inscrits au répertoire (ce qui représente 17% en valeur). Les ventes de génériques atteignent les deux tiers au Royaume-Uni (66,3% en volume et 26,6% en valeur)."

Médicament en libre accès

En Grande-Bretagne le modèle est, il est vrai, bien plus ouvert. Outre-Manche, sont interdits à la vente sur Internet et dans les magasins les produits sous ordonnance ou certains médicaments portant la mention "Pharmacy only". Tout le reste est en vente libre avec des dosages restreints:

Depuis 2006, au Royaume-Uni, la distribution de certains médicaments a été autorisée dans d’autres circuits de distribution tels que les parapharmacies, en présence ou non d’un docteur en pharmacie. Dans la plupart des pays d'Europe, la présence d’un professionnel diplômé en pharmacie est requise pour la vente de ces produits",

précise le rapport français.

Les conséquences directes de cette libéralisation: une baisse des prix, mais aussi la fermeture progressive de nombreuses officines dans tout le Royaume-Uni. De plus, les sites Internet qui délivrent des médicaments ne sont pas obligés d'être affiliés à une pharmacie pour exercer.

La libéralisation des ventes de produits pharmaceutiques s'étend dans toute l'Europe avec une réussite toute relative.

Les Allemands connectés

L'Allemagne, tout comme la Finlande, la Suède et le Danemark, autorise la vente en ligne des médicaments depuis 2004. Elle impose cependant au vendeur sur Internet la détention d'une officine physique.

Une stratégie qui semble porter ses fruits si l'on en croit le rapport de l'Autorité de la concurrence. Les ventes en ligne explosent. Le chiffre d'affaire réalisé par les pharmacies par correspondance atteint les 1,3 milliards d'euros en 2011, dont:

  • 742 millions d’euros pour les médicaments vendus sans ordonnance,
  • 343 millions d’euros pour les médicaments soumis à prescription,
  • 125 millions d’euros pour les cosmétiques et produits de soins du corps,
  • 62 millions d’euros pour les accessoires médicaux,
  • 21 millions d’euros pour les produits alimentaires.

Des chiffres qui demeurent encore en dessous de ceux des officines physiques, en 2011 toujours, engrangeaient 41,3 milliards d'euros.

Prodi-Monti, les réformateurs

En Italie, les "OTC" (comme "Over The Counter", c'est-à-dire les médicaments sans prescription), sont vendus en grandes surfaces et dans les parapharmacies depuis l’introduction d’un programme de libéralisation, adopté en 2006 par le gouvernement de Romano Prodi.

A l’origine, la vente en grandes surfaces des OTC, qui représentent quelque 350 types de produits, devait permettre au consommateur d’économiser 25% sur le prix d’achat par rapport aux produits vendus dans les officines. Mais avec la crise, la consommation a baissé de 5,4% l’an dernier. Le marché des produits vendus en dehors du circuit traditionnel des officines est estimé à 5,3 milliards d’euros, soit 27,8% du marché pharmaceutique.

Pour favoriser la libéralisation des ventes d’OTC en dehors des circuits traditionnels, le gouvernement Monti a prévu des sanctions en 2011 contre les groupes pharmaceutiques et les distributeurs qui adopteront des pratiques commerciales visant à pénaliser les parapharmacies et les grandes surfaces. Avec la baisse des ventes, de nombreux hypermarchés ont réduit le nombre de produits vendus sur les étalages et concentrent leurs ventes sur la phytothérapie.

Un monopole à conserver

A ce jour en Europe de l'ouest, seul la France, la Belgique, l'Espagne, la Finlande et le Luxembourg refusent d'ouvrir une brèche dans le monopole des officines.

L'Autorité de la concurrence en France sollicite désormais une consultation publique, qui s'achèvera le 16 septembre prochain. Le législateur aura alors jusqu'à la fin de l'année pour décider si oui ou non les médicaments peuvent être vendus hors des officines.




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