Connexion

Syndicate content

« Sandwich protest »: des stagiaires pour une bouchée de pain

jeudi, 18 juillet, 2013 - 12:29

Peu ou pas payés, les stagiaires européens ne comptent plus les heures supplémentaires et les repas pris sur le pouce. Pour exprimer leur ras-le-bol, de jeunes européens ont organisé hier une manifestation au nom accrocheur : le "Sandwich-protest".

Baguettes, tranches de pain de mie et autres faluches: des mets qui composent bien souvent le repas frugal des stagiaires européens. Sous-payés voire même pas rémunérés du tout, les stages, qu'ils soient de court ou de long terme, permettent parfois tout juste de vivoter. De leur côté, les employeurs mangent leur pain blanc.

Pour protester, 200 jeunes stagiaires venus de toute l'Europe, qui exerçent à Bruxelles au sein des Institutions ou d'organisations non-gouvernementales, dénoncent leurs conditions de travail. Ils se sont réunis hier sur la place du Luxembourg en brandissant leurs étendards de farine, symbole de la lutte.

UE: faites ce que je dis, pas ce que je fais

La protestation est partie d'un constat simple: que l'on soit Français, Allemand ou Espagnol, tous les stagiaires sont logés à la même enseigne. Assignés à la machine à café ou à la photocopieuse, beaucoup de jeunes européens ont le sentiment que leurs capacités ne sont pas appréciées à leur juste valeur. Dans d'autres cas, des étudiants souvent surdiplômés doivent, au contraire, faire face à des conditions de travail qui plombent la vie quotidienne: contrats précaires, stages non rémunérés, heures supplémentaires incalculables, etc.

László Andor, Commissaire européen aux Affaires sociales et à l'emploi déclarait récemment:

Etant donné le niveau du chômage des jeunes, il faut que les responsables de l'éducation et de l'emploi se mettent à travailler ensemble de toute urgence, pour faciliter la transition des jeunes européens de l'école vers le marché du travail".

Or, les Institutions européennes sont parfois loin de donner l'exemple. Au sein de celles-ci, les divergences sont parfois criantes. Alors que la Commission paie ses stagiaires 1000 euros par mois, le Parlement européen avait recruté en 2011 166 stagiaires à l'œil, révèle CNBC. Un comble alors que les dirigeants européens se rencontraient au début du mois pour s'attaquer au problème.

Pour tenter de contrer les abus, une charte européenne pour la qualité des stages et des apprentissages a été rédigée. Elle est soutenue, entre autres, par des fondations et des organisations mais aussi par de nombreux membres du Parlement européen, ces derniers étant les premiers à ne pas l'appliquer… Par ailleurs la rédaction de cette charte laisse perplexe. Avec des expressions comme "nous pensons que", "nous invitons les employeurs à", "nous sommes convaincus que", il semble que sa portée juridique soit plus que limitée.

Une protestation nécessaire

Les témoignages de jeunes étudiants en situation précaire ne sont pas nouveaux, mais ils tendent à se démocratiser dans l'indifférence générale. Dagmar Olszweski, par exemple, se livre au Spiegel. Cette jeune stagiaire touche 650 euros par mois. Or, explique l'intéressée, si elle considère que "c'est déjà ça", chacun sait qu'on ne peut pas en vivre. La somme sert tout juste à payer son loyer. Par ailleurs, elle passe 50 à 60h par semaine au bureau de consultants qui l'emploie. Dans ces conditions, impossible de prendre un job en complément.

Pour Eva Walternin, l'une des organisatrices de la protestation, les jeunes stagiaires d'Europe doivent faire entendre leur voix face au mutisme des pouvoirs politiques. Elle explique à CNBC

Il ne s'agit pas d'une plainte quant à notre travail. Nous voulons juste pointer les faiblesses du système. Celui-ci créé des écarts sociaux entre les gens qui peuvent se permettre de faire des stages, et ceux qui sont exclus."

De fait, Rebekka, étudiante de 28 ans, reconnait dans le Spiegel: "Beaucoup de stagiaires n'osent pas entreprendre d'action de protestation. Ils ont peur d'être montrés du doigt". Par les temps qui courent, beaucoup se contentent de ce qu'ils ont. "Ils sont déjà content d'avoir pu trouver un stage". Pour d'autres, la peur que leur engagement nuise à leur carrière professionnelle est palpable. Elle constate en effet:

Dans certains cas aujourd'hui, s'engager ne valorise pas le CV, bien au contraire."

Face à l'injustice, la résignation ne doit pas être une option. Les jeunes du "Sandwich-protest" ne font que montrer la voie, mais pour les stagiaires d'Europe, il reste du pain sur la planche.




Pays
Processing...
Thank you! Your subscription has been confirmed. You'll hear from us soon.
Inscrivez-vous pour recevoir directement nos articles par mail.
ErrorHere