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David Cameron peut-il gagner la « guerre du porno »?

vendredi, 26 juillet, 2013 - 15:57

Revue du web Le premier ministre britannique veut verrouiller l'accès au porno sur Internet. Mais face à la levée de boucliers, il pourrait vite battre en retraite, explique The Independant.

La croisade anti-porno de David Cameron pourrait tourner court. Quelques jours seulement après avoir présenté son plan de bataille contre la pornographie sur Internet, le premier ministre conservateur peine à convaincre qu'il sera applicable et sans conséquence sur les droits des internautes.

Les sites légaux eux aussi visés

Les "porn filters" (filtres anti-porno) voulus par Cameron doivent rendre inaccessible automatiquement, et surtout par défaut, tout contenu pornographique sur Internet. Une mesure qui s'intègre à la lutte contre la pédopornographie et pour la protection de l'enfance, mais qui s'appliquera en fait aussi aux sites pornos dont le contenu est légal.

Par ailleurs, la possession des plus extrêmes formes de pornographie adulte deviendra un délit, tandis que le contenu en ligne sera soumis aux mêmes restrictions que les DVD vendus en boutique.

Dans sa lutte contre le "poison" des sites pornographiques, David Cameron a annoncé qu'un fournisseur d'accès Internet avait d'ores et déjà accepté d'introduire des filtres "family friendly" qui bloquent automatiquement la pornographie en ligne, à moins que l'utilisateur ne décide de les désactiver lui-même.

Fifty Shades of Grey censuré?

Trois écueils attendent ces fameux filtres.

Le premier est celui de la qualification du contenu "pornographique". Comment un algorithme peut-il décider de ce qui est ou non pornographique, s'interrogent les médias britanniques. Par exemple, quid de la fameuse page 3 du quotidien The Sun, qui exhibe des bimbos topless? Sera-t-elle censurée sur Internet? Soit, répond un Cameron embarrassé, les topless seront exemptés!

Et Fifty Shades of Grey, ces récits érotiques à succès, vont-ils eux aussi passer entre les mailles du filet? Oui, rassure encore une fois le premier ministre: il admet la limite du système, et conçoit d'exempter les contenus "soft" et la pornographie écrite.

Reste le problème des sites traitant de la sexualité ou de la santé sexuelle, qui risquent d'être bloqués, s'indignent certains. L'outil devra savoir faire la part des choses et la technologie n'est peut-être pas encore tout à fait au point, concède David Cameron.

"Des pop-up qui feront rire les pédophiles"

Second obstacle, celui de l'efficacité. Le projet de filtres anti-porno est ainsi moqué par Jim Gamble, l'ancien chef du Child Exploitation and Online Protection centre (CEOP), une agence gouvernementale créée en 2006 et chargée de mener les cyber-pédophiles devant la justice britannique.

Le premier ministre propose en effet de retirer des résultats des moteurs de recherches comme Google les images pédopornographiques. Inutile!, répond Gamble: "les 50.000 prédateurs sexuels (en Grande-Bretagne)… téléchargent en peer-to-peer, pas sur Google".

Et d'appeler à une lutte de terrain:

Nous devons nous attaquer à la cause, investir dans des équipes de protection de l'enfance, l'assistance aux victimes, et la police sur le terrain. Créons une véritable dissuasion, pas des pop-up qui feront rire les pédophiles".

"Une censure par défaut"

Troisième et dernier obstacle, celui des libertés individuelles sur Internet. Et sur ce terrain, les groupes anti-censure attendent le premier ministre de pied ferme. Les critiques évoquent un insupportable "nanny state" ("Etat nounou"), qui s'occupe de tout contrôler et prive d'autonomie les citoyens. Car, arguent les opposants aux "porn filters", les filtres existent déjà, laissons donc les usagers les activer s'ils le souhaitent.

Le projet de Cameron, c'est "une forme de censure par défaut", résume ainsi Padraig Reidy, de l'Index on Censorship, une organisation internationale de défense de la liberté d'expression.

Et puis, explique The Independant, le filtre anti-porno par défaut pourrait avoir de désastreux effets collatéraux…  Car attention, prévient le quotidien, des hommes et des femmes, dans des mariages heureux, regardent en secret du porno. Pour continuer, ils devront soit cesser, soit le confesser. Au risque de se fâcher… et de mettre en péril l'institution en laquelle croit le plus David Cameron: le mariage.


Repéré sur The Independant : Family filters won't block 'soft' porn: David Cameron retreats in war on internet porn




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