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Miss Can, la start-up made in Portugal qui déboîte

mercredi, 17 juillet, 2013 - 11:13

BEST OF DE L'ÉTÉ Branchée, la conserve? Miss Can, start up lisboète, renouvelle la tradition avec des produits créatifs et 100% portugais. Sa mascotte: une sirène-sardine. Rencontre avec les jeunes concepteurs de la boîte.

[Article initialement publié le 17 Juillet 2013]
Le triporteur Piaggio jaune flashy ne passe pas inaperçu. Installé devant l’entrée du château Saint Jorge à Lisbonne, il sert de présentoir à la marque Miss Can. Mademoiselle Conserve est symbolisée par une sirène mi-femme, mi-sardine, friponne et délurée, parfumée au citron et à l’huile d’olive.

Logo de la startup portugaise Miss Can
Le logo de Miss Can: une sirène mi-femme, mi-sardine

Le Piaggio est le seul élément qui ne soit pas portugais. Le reste est 100% 'luso', et de qualité!",

explique Tiago Soares Ribeiro. Le trentenaire s’est associé à sa sœur jumelle Barbara et à une amie, Marta. Ensemble, ils ont lancé le concept et l'entreprise Miss Can.

Miss Can, start up familiale

Au départ c’était juste une idée. On a eu vent d'un programme de micro-crédits à hauteur de 20.000 euros alloués à des start up de Lisbonne. On a décidé de se lancer. Après dix mois d’un travail acharné, notre Miss Can est en route"

précise Tiago.

Les trois concepteurs de Miss Can avec leurs boîtes de sardines
Le trio de Miss can: de gauche à droite Barbara, Marta et Tiago. ©Marie-line Darcy

Chez les Soares Ribeiro, la conserve est une tradition familiale. Le grand-père de Tiago et Barbara possédait deux usines de transformation du poisson. A sa mort, les conserveries sont encore restées vingt ans dans la famille.

La sardine, "madeleine de Proust" lisboète

J’ai des souvenirs de boîtes de sardine ouvertes à 4 heures de l’après-midi, accompagnées d'une bière fraîche, d'un petit vin de région, et d'un pain de campagne. J’entends encore mon père et mes oncles parler d’oméga 3, de pêche à la sardine et de conserves à l’ancienne",

raconte Tiago avec émotion.

Jusqu'à la création de Miss Can, le parcours du frère et de la sœur, 39 ans tous deux, n’avait à priori rien à voir avec la conserve. Designers, ils travaillent à leur compte depuis 10 ans. Mais l’héritage historique familial a laissé sa marque.

Notre idée était assez basique. Il a fallu l’étayer, l’affiner, la mettre à plat… et recommencer. A chaque étape, des gens ont cru en nous. Notre atout: avoir toujours quelque chose à proposer, que ce soit une idée ou des contacts".

Bénéficiant des anciens réseaux familiaux, le trio déniche à Povoa de Varzim, dans le nord du Portugal, "la Poveira". L'usine pratique la conserve à l’ancienne, avec une cuisson particulière. Le secret? Attendre que le poisson refroidisse avant de le mettre en boîte. On évite ainsi l’aspect "carton bouilli" de certaines conserves.

La conserverie "la Poveira" nous donne des garanties de fraîcheur. Il s’agit d’être le plus rapide possible entre l’arrivée du bateau de pêche et sa préparation. La qualité est au rendez-vous,"

précise Tiago.

De Senhora Lata à Miss Can

"Que lata", l’expression portugaise signifie "quel culot"; mais "lata", c’est aussi la "boîte de conserve". Le double-sens s’applique parfaitement à notre trio d’inventeurs. Rendre la conserverie novatrice, dans un pays où chacun est tombé dans la "boîte" quand il était petit, nécessitait une bonne dose d'audace.

Le projet a bien failli s’appeler "Senhora Lata". La signification est la même que "Miss Can", mais l'appelation a été jugée trop peu explicite pour le public visé: les touristes. Car ce sont finalement eux, davantage que les nationaux ou les étrangers hors territoire, que ciblent les produits de la marque.

Le château São Jorge, l’un des monuments emblématiques de Lisbonne, atteint le million de visiteurs chaque année. Près de 90 % sont étrangers. Autant de consommateurs potentiels dessinent une opportunité sur le territoire lisboète, alors que les trois jeunes gens pensaient d'abord à l'exportation. Leur concept séduit les responsables du monument historique.

Au château nous avons aimé l’idée tout de suite. Seul bémol du projet: son image. Nous avons alors mis Tiago, Barbara et Marta en contact avec notre propre designer, André Loba. Une pointure, qui vit à New-York. La sirène était lancée!"

se réjouit Teresa Oliveira, la directrice du château.

Des sardines en vente au château

Le château São Jorge a profité du projet pour mieux définir sa stratégie de vente ambulante dans l’enceinte du monument. L’expérience pilote menée avec Miss Can permettra d’établir des critères rigoureux et de définir un protocole avec les marchands.

En attendant, Miss Can va s’acquitter d’une somme de 325 euros par semestre pour pouvoir placer son Piaggo et sa sirène juste en face de la passerelle d’accès au donjon du château.


Les packs de boîtes de conserve se déclinent en fonction des condiments. © Marie-line Darcy

Servant d’étal, le triporteur propose des packs contenant 3 boîtes de conserves de thon, sardine et maquereau, regroupées par assaisonnement. Les couleurs pop et le logo varient selon les goûts: citron, tomate, piment…

Une fois déplié l’emballage carton, on peut lire un historique de la conserverie, des explications sur l’oméga 3, sur les condiments, et même des recettes.

La gamme est complétée par de la conserve de morue et des œufs de sardine, considérés comme le caviar portugais. Les prix varient entre 10 et 16 euros.

Nous voulons qu’un Irlandais qui visite le château achète un pack, retourne chez lui et ouvre les boîtes avec ses amis. Au passage, ils pourront découvrir notre patrimoine et notre histoire dont nous sommes si fiers. C’est un joli cadeau souvenir, délicieux et ludique",

explique Tiago. Et qu’importe si à Dublin on accompagne la sardine avec du whisky!

"From Portugal with love"

Malmenés par la crise et le chômage, les Portugais se démènent. Tiago, Barbara et Marta ont bénéficié du programme "Lisboa Empreende", le premier incubateur d’entreprises de la capitale destiné aux start-up à forte valeur ajoutée. Le trio a pu ainsi obtenir 20.000 euros de micro-crédit. Une aide précieuse pour embaucher deux vendeurs attitrés au Piaggio.

Nous développons un site internet, dans le but de proposer nos produits aux touristes qui pourront les commander. Les boîtes sont en portugais et anglais. Mais le site proposera bientôt un plus large choix de langues",

précise Tiago.

Le concept de "portugalité" entend redonner ses lettres de noblesse aux produits nationaux. Mixant la tradition et la modernité, dépoussiérant la conserve, le trio de Miss Can le met en oeuvre avec succès. "From Portugal with love": le slogan couvre chaque boîte. Il suffisait d'y penser.




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