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Le covoiturage, une affaire qui roule en Europe

jeudi, 6 juin, 2013 - 12:57

BEST OF DE L'ÉTÉ Avec plus de 3 millions d'usagers, le covoiturage a la cote en France. Covoiturage.fr, le site leader, lorgne sur le reste de l'Europe. Avec la baisse du pouvoir d'achat, d'autres pays s'y mettent aussi. Tour d'horizon.

[Article initialement publié le 6 juin 2013]

 

Les Français aiment beaucoup leur voiture. Mais leur voiture leur coûte de plus en plus cher. Or les Français ont de moins en moins de sous. Alors les Français covoiturent.

Résultat de cette drôle d’équation: selon les estimations de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), les covoitureurs français sont aujourd’hui plus de 3 millions. Le partage de voiture, rendu facile et flexible par Internet, cartonne en France.

La raison principale est économique. La voiture est devenue hors de prix. Selon l’étude publiée cette semaine par l’Automobile club association, le budget annuel d’un automobiliste en France s’élevait en 2012 à 6.409 euros pour ceux qui roulent à l’essence, et 7.991 pour le diesel. Pire, en 2012, les automobilistes français ont dépensé plus pour parcourir moins de kilomètres. Un Payer plus pour rouler moins qui contribue à jeter toujours plus de fanas de la route dans les bras du covoiturage.

En France, la mode du covoiturage concerne essentiellement les longs trajets, tandis que le partage de véhicule sur le créneau "domicile-travail" peine à se développer. La distance moyenne des voyages s’élève ainsi à 330 kilomètres. Le plus souvent entre les (très) grandes villes: sur le site Covoiturage.fr, les tronçons plébiscités sont ainsi le Paris-Lille, le Paris-Rennes ou encore le Nantes-Bordeaux.

L'équivalent de plus de 1.250 TGV à Noël

C’est donc au moment des vacances que les sites Internet dédiés à la mise en relations des conducteurs et des passagers enregistrent les plus impressionnants scores. A l’image des dernières vacances de Noël. Entre le 21 décembre 2012 et le 6 janvier 2013, un demi-million de covoitureurs auraient voyagé via Covoiturage.fr, selon les estimations du site… "L’équivalent de plus de 1.250 TGV pleins", fanfaronne-t-il.

Covoiturage.fr est le leader de ce marché en plein essor. Un leader qui compte bien rentabiliser l’amour que les Français portent pour le voyage en groupe: le site est devenu payant en juin 2012, provoquant un mini-séisme dans la communauté des covoitureurs, habitués à la gratuité du service. Initialement, l’échange de monnaie se faisait directement entre le conducteur et le(s) passager(s). Il s’effectue désormais avant le voyage sur le site, qui ponctionne un pourcentage.

Mais les sites concurrents sont nombreux: Easycovoiturage.com, Vadrouille-covoiturage.com ou encore 123envoiture.com. Le système attire d’ailleurs d’autres acteurs, comme la SNCF pour desservir ses gares ou certaines collectivités locales: la Vendée s’est ainsi dotée de sa propre plateforme pour les trajets dans le département.

Pour mieux s’implanter en Europe, le leader Covoiturage.fr a récemment changé de nom. Blablacar revendique 3 millions de membres en Europe, et 400.000 voyageurs chaque mois. C’est pour l’instant la plateforme Carpooling, créée en Allemagne en 2001, qui règne sur les routes européennes: disponible en 7 langues, ce site de covoiturage est décliné en 9 versions (Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni, Pologne, Autriche, Suisse et Grèce) et revendique 4,6 millions d’utilisateurs inscrits. 

Mais les Européens sont-ils tous aussi friands de voiture partagée? En voiture! Direction l’Allemagne, la Grèce et la Belgique.

Allemagne : Berlin-Munich à 30 euros, ou juste pour aller au bureau

En Allemagne, le covoiturage est passé dans les mœurs et cela, bien avant la France. Le phénomène date des années 1980 mais a évidemment pris son envol grâce à Internet, dont les Allemands sont des utilisateurs avertis. En 2011, on estimait à 11 millions le nombre d’Allemands, conducteurs ou passagers, à s’être déplacés au moins une fois par covoiturage. Parmi eux, 2 millions sont passés par des sites Internet tandis que 7 millions ont trouvé un arrangement entre collègues de travail. Car la grande majorité des utilisateurs se servent du covoiturage pour se rendre au bureau (64%).

Le covoiturage est aussi un marché en pleine expansion. De très nombreux sites Internet, la plupart gratuits, proposent de mettre conducteurs et passagers en relation. C’est le cas de mitfahrzentrale.de qui compte plus de 700.000 inscrits, la société autrichienne drive2day ou depuis peu le site français version allemande blablacar.de.

En revanche, désillusion pour les 4,5 millions d’utilisateurs de mitfahrgelegenheit.de, l’une des plateformes les plus utilisées du pays, qui doivent désormais mettre la main au porte-monnaie (11% du coût total du trajet) pour bénéficier des services de ce site récemment devenu payant.

Quant aux Etats fédérés (Länder) et aux municipalités, ils proposent eux aussi leurs services, via ces mêmes plateformes Internet. Et comme la demande est forte, l’offre l’est aussi: on trouve ainsi des sites spécialisés dans les trajets réguliers, d’autres réservés aux femmes et même aux fans de foot!

Dans un pays où la voiture est reine, le covoiturage a donc trouvé sa place, notamment pour des raisons financières. Ainsi, un Berlin-Munich vous coûtera 30 euros en covoiturage contre 125 euros en train (au tarif normal) et 48 euros en bus.

Grèce : le covoiturage informel des banlieusards

Le covoiturage a fait un grand bond en Grèce ces derniers mois dans les villes et notamment à Athènes. Les baisses de salaire et les nouvelles taxes ayant fortement entamé le pouvoir d’achat, beaucoup de Grecs sont obligés d’abandonner leur voiture et se tournent vers un covoiturage au quotidien.

Aujourd’hui, les Grecs s’organisent pour leurs trajets quotidiens entre leur lieu de travail (ministères, grandes entreprises, centres commerciaux, etc.) et lieu de résidence. Une tendance qui concerne plus particulièrement les habitants des banlieues éloignées d’Athènes: ils se regroupent pour aller ensemble en voiture jusqu’à la plus proche station de RER ou de métro, puis poursuivent en transport en commun.

A ces initiatives informelles entre voisins ou collègues, s’ajoutent des sites de covoiturage sur Internet, ouverts à tous ou réservés à leurs membres (inscription gratuite). Deux sites tirent leur épingle du jeu:

La participation est gratuite ou de l’ordre de 1 à 3 euros. Ces sites fonctionnent avec des règles précises sur les conditions de rencontre, le lieu de rendez-vous, rétribution ou non, …

Ainsi, alors qu’il était courant pour un foyer de la classe moyenne de compter 2 ou 3 voitures, il n’est plus rare de rendre les plaques d’immatriculation de sa voiture à la préfecture (entérinant ainsi l’impossibilité de circuler avec). Le prix de l’essence –il a doublé avec la crise- et la forte augmentation de la vignette ont aussi joué le rôle de déclic.

Belgique : la pionnière Taxistop

Le covoiturage a déjà une longue histoire en Belgique. L'un des pionniers de ce type de transport partagé est l'entreprise Taxistop, créée en 1975, et dont la devise est restée "Faire plus avec moins".

Elle promeut le covoiturage non seulement dans le cas d'un voyage ponctuel, mais aussi pour des transports plus réguliers, comme le trajet domicile-lieu de travail. Une banque de données permet au candidat-voyageur de repérer un covoitureur potentiel. Diverses formules sont possibles: l'intervention dans les frais de carburant, la conduite partagée, etc.

Aujourd'hui, Taxistop s'est diversifiée et propose également des systèmes de voitures partagées, des billets d'avion moins chers grâce à son service Airstop, des billets de ferries, ou encore une centrale de mobilité pour les moins valides et des échanges de maisons pour les vacances…

Depuis, de nombreux sites sont apparus, qui proposent diverses formules de covoiturage, comme Karzoo, covoiturage.be, carpool.be ou encore covoiturage-belgique.be. Certains de ces sites offrent, entre autres, des voyages transfrontaliers: depuis la Belgique vers la France ou les Pays-Bas.

Les covoyageurs partagent simplement les frais de carburant, de péage, etc. Face au train, le partage de voiture est particulièrement compétitif: un voyage Liège-Paris coûte par exemple environ 18 €, soit 4 à 5 fois moins cher que le billet Thalys le meilleur marché.




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