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Premier avortement légal en Irlande

lundi, 26 août, 2013 - 14:13

Pour la première fois en Irlande, une femme vient d’avorter légalement dans un hôpital de Dublin. Mais l’IVG n’est encore possible que si la vie de la mère est menacée…

C’est le premier avortement légal à avoir eu lieu en Irlande. Enceinte de 18 semaines, une Irlandaise vient d’être autorisée à interrompre sa grossesse dans un hôpital de Dublin. Une révolution après 22 ans de refus systématique de la classe politique irlandaise et de l’église catholique d’autoriser les femmes à mettre fin à une grossesse non désirée. Le Dáil Éireann, le parlement irlandais, a adopté à une très large majorité en juillet la loi intitulée "Protection de la vie pendant la grossesse", autorisant l’avortement. Mais on est encore loin de la liberté de l’avortement, l’IVG étant possible que dans les cas "d’urgences médicales". Un vote historique après plusieurs mois de débats passionnés sur ce sujet encore tabou dans la République.

Une bataille juridique interminable

En 2010, la Cour Européenne des Droits de l’Homme condamnait le vide législatif entourant le droit à l’avortement. Car malgré une loi de 1992 autorisant l’IVG quand la vie de la mère est menacée, aucune structure hospitalière n’était habilitée à pratiquer cette procédure sur le sol irlandais.

Ainsi, les femmes souhaitant obtenir un avortement étaient contraintes de voyager à l’étranger – le plus souvent au Royaume-Uni – et ce même lorsque leur situation correspondait à la loi. Il aura fallu un scandale de grande ampleur pour enfin faire réagir le gouvernement.

Morte pour un refus d'IVG

En automne 2012, Savita Halappanavar fait la une des journaux nationaux dans de bien funestes circonstances. Admise dans un hôpital de Galway pour une fausse couche inévitable à 17 semaines de grossesse, elle décède au bout de trois jours d’une septicémie.

Une enquête révèle alors qu’elle avait demandé à plusieurs reprises aux médecins d’interrompre sa grossesse non-viable. Une requête rejetée systématiquement sous prétexte que le cœur du fœtus bat encore et que "l’Irlande est un pays catholique".

Le drame choque profondément le pays et relance de plus belle le débat sur la loi de 1992. Mais les associations militant pour le droit à l’IVG sont rapidement accusées par les lobbies "pro-life" d’instrumentaliser cette tragédie. Des tensions qui illustrent les divisions profondes au sujet de l’avortement dans cette République profondément catholique.

Une loi stricte passée dans la douleur

La loi de Protection de la vie pendant la grossesse finalement adoptée en juillet ne fait que prévoir les structures pour faire appliquer la décision juridique de 1992. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du pays, 25 hôpitaux sont aujourd’hui autorisés à pratiquer des avortements. Mais ces dispositions restent inacceptables pour les organisations anti-IVG et les autorités religieuses, à tel point que le premier ministre Enda Kenny et les autres membres du gouvernement qui ont défendu la réforme ont été menacés d’excommunication.

L’avortement demeure pourtant limité aux cas où la mère court un risque "véritable et substantiel" pour sa vie, risque qui doit être évalué par un médecin. Les grossesses des victimes de viol ou d’inceste restent exclues de cette réforme.

Et s’il a fallu 22 ans pour faire appliquer cette loi restreinte, les Irlandaises risquent fort d’attendre encore longtemps, tant la pression de l’Eglise reste forte, avant de pouvoir avorter au nom du simple droit de disposer de leur corps.

(Cliquez sur les pays européens pour connaître la législation sur l'IVG)




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