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A Naples, des raids nocturnes anti-immigrés

mercredi, 28 août, 2013 - 13:22

En ce mois d'août, dans les rues désertées par des Napolitains en vacances et évitées par les touristes prudents, de très jeunes Italiens mènent, la nuit, des raids anti-immigrés. Deux Africains ont été blessés ces derniers jours.

Sur leurs scooters, de jeunes Italiens, arme à feu à la main, écument la nuit les rues du centre historique à la recherche d'immigrés. Depuis plusieurs semaines, Naples est le théâtre de ces sinistres chasses aux étrangers. Deux Africains en ont été victimes ces derniers jours.

Le premier, un Nigérian, a été surpris alors qu'il circulait à pied dans le centre historique. Une balle dans la jambe l'a envoyé à l'hôpital. Avant lui, c'est un Sénégalais qui réchappait de peu à une de ces attaques nocturnes. A deux pas du Duomo, la cathédrale, en plein centre de Naples, les scootéristes ont ouvert le feu sur lui, alors qu'il marchait, de dos.

Ces raids ne sont pas les premiers. Un représentant de la communauté pakistanaise a fait état d'autres agressions similaires. Difficile d'en connaître le nombre, car les victimes n'en font pas la publicité. La plupart d'entre elles, sans-papiers, préfèrent se taire que de porter plainte.

Une "guerre entre pauvres"

Les assaillants, eux, profitent des nuits d'été. En août, Naples se vide de ses habitants et les prudents touristes ne s'aventurent pas en ville la nuit. Dans les rues désertes, les travailleurs immigrés, essentiellement subsahariens, deviennent des cibles faciles.

"Ces actes de violences de la part de jeunes et contre des immigrés ne sont pas nouveaux", explique à Myeurop Gianluca Petruzzo, président de l'Association antiraciste interethnique "3 Février", très présente à Naples. A ses yeux, la jeunesse italienne n'est pas plus raciste qu'une autre. Ces violences sont davantages le fait de "voyous qui malheureusement occultent l'engagement de très nombreux jeunes anti-racistes en Italie et à Naples".

Face au racisme ambiant en Italie, Gianluca Petruzzo souligne la responsabilité des politiques, de droite comme de gauche, "dans un contexte de fort provincialisme et de fermeture de l'Italie". Au lendemain de ces agressions, il déplore le manque de réactions des pouvoirs publics, et une police qui n'en fait "pas assez", voire qui dessert la cause des immigrés.

"La ville n'est ni raciste ni intolérante", affirme, lui aussi, le maire de Naples, Luigi de Magistris, interrogé à propos des raids racistes. Il évoque une cité "accueillante et favorable au mélange des peuples, cultures et religions", mais ne cache pas son inquiétude en expliquant que:

même dans les moments difficiles de pauvreté extrême dans notre ville, nous devons éviter absolument la guerre entre pauvres, et tendre la main aux plus nécessiteux".

"Une violence diffuse"

La ville de Naples traîne pourtant une réputation univoque en matière de racisme.

A Naples, la violence est diffuse et dans ce contexte, ceux qui s'en prennent aux immigrés se sentent plus libre d'agir"

souligne ainsi Gianluca Petruzzo.

En 2005, l'assassinat en pleine rue d'Ibrahim Diop, ressortissant sénégalais, par un jeune de 19 ans au motif que le premier "l'avait mal regardé" avait remué l'opinion. Trois ans plus tard, en 2008, six jeunes Africains étaient abattus par la Camorra, la mafia napolitaine, qui les soupçonnait, à tort, d'empiéter sur leur territoire de vente de drogue. Les victimes, sans lien avec le banditisme, étaient en fait des cueilleurs de tomates.




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