Connexion

Syndicate content

Trouver un job au Brésil? Pas si simple !

jeudi, 29 août, 2013 - 09:31

Terrassés dans leur pays par le chômage, les jeunes Espagnols sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance au Brésil. Un Eldorado où l'accès au marché du travail n'est pourtant pas si évident. Témoignages.

"J’avais ce rêve en tête et j’ai toujours voulu tenter ma chance ici". Paula, 29 ans, a quitté son Espagne natale en janvier dernier pour rejoindre le plus grand pays d'Amérique latine, le Brésil. "Un pays d’opportunités", dit-elle.

Après avoir travaillé trois ans dans un cabinet d’architecte, la jeune femme, diplômée en ingénierie civile, a abandonné son emploi et décidé d'en chercher un autre au Brésil. "J'ai déjà eu l'occasion de m'y rendre plusieurs fois en tant que touriste", explique Paula. Malgré la proximité linguistique entre le portugais et l'espagnol, elle s'est inscrite dans un cours de portugais au centre interculturel d'une grande université publique du sud du pays.

Avec plus d'un jeune Espagnol sur deux au chômage, trouver un emploi relève de l’exploit de l’autre côté des Pyrénées. Stages à répétition, petits boulots, solidarité familiale, les temps sont durs. Et comme Paula, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l'aventure: traverser l'Atlantique, direction le Brésil. Ils sont ingénieurs, architectes et bien même encore étudiants.

"Le Brésil est à la mode"

Résultat, le nombre de ressortissants espagnols travaillant au Brésil a pratiquement doublé depuis le début de la crise en 2008. Ils seraient près de 110.000, attirés par la bonne santé économique du pays qui s’apprête à organiser la Coupe du Monde de football l’année prochaine puis les Jeux Olympiques de 2016.

Arrivé à Rio de Janeiro il y a un an et demi, Imanol, 27 ans, croit en ses chances de réussites. Après avoir effectué une année d'échange universitaire dans la future cité olympique, il a enchainé sur un stage dans un cabinet d'architecte. "En Espagne, je ne trouverais pas d'opportunités professionnelles dans mon secteur", déplore le stagiaire originaire de Madrid.

Le Brésil est à la mode et vit un moment particulier avec l'organisation des grandes compétitions sportives à venir. Les investissements effectués dans le secteur de la construction sont importants, en particulier à Rio et dans les principaux centres urbains",

rappelle le jeune homme. Le secret pour réussir? "Les contacts et la persévérance. Il faut rester optimiste", explique le madrilène dans un portugais quasi parfait.

Démarches administratives complexes

Pourtant, trouver un emploi au Brésil n'est pas tâche facile. Paula s'est d'abord cassé les dents:

Le marché du travail est très fermé, malgré tout ce que l’on entend dire en Europe sur l’essor économique du pays".

A la recherche d’un poste dans son domaine et de nouvelles perspectives de carrière, elle a commencé à démarcher sur place. Sans grand succès.

Avec un visa d’étudiant, mes chances sont réduites. Les entreprises brésiliennes sont frileuses à l'idée d'embaucher un jeune professionnel étranger."

En effet, les démarches administratives sont souvent un frein à l’embauche, dans un pays qui compterait plus d’un tiers de salariés non-déclarés selon l'Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques. Rares sont donc les entreprises prêtes à effectuer les démarches afin de régulariser les travailleurs étrangers.

Malgré l'annonce d'un projet de réforme portant sur la question du travail des étrangers, les demandes de visa de travail restent lentes et complexes. De plus, les démarches administratives sont floues. "Le Brésil ne reconnaît pas forcément mon diplôme et les informations sur les visas ne sont pas toujours fiables", explique Paula. Il n'est pas rare que le consulat et le Ministère du travail exigent plus de dix-neuf documents authentifiés par des traducteurs officiels. Sans l'aide d'un avocat, cela peut prendre jusqu’à six mois.

Le visa permanent, une fois le contrat en poche, peut quant à lui s'obtenir au bout de quatre ans de présence sur le territoire brésilien. De quoi refroidir de nombreux employeurs, et décourager les travailleurs étrangers les plus motivés à s’expatrier de l’autre côté de l’Atlantique.

Les demandes ne faiblissent pas pour autant. Maria Luisa Casela Marin, directrice de la Chambre de commerce espagnole à Sao Paulo, déclarait sur le site économique infomoney que la chambre de commerce recevait plus d'une centaine de CV par mois de professionnels espagnols désireux de trouver un emploi au Brésil. La plupart sont techniciens dans les secteurs de l'énergie et de l'ingénierie civile. "Les entreprises brésiliennes ont besoin de ces professionnels et ils sont actuellement au chômage en Espagne", explique la directrice. Les secteurs de la technologie de l'information, de la santé et de la construction sont aussi en grand manque de main d'oeuvre qualifiée.

Travail non déclaré et mariage blanc : le spectre de l'illégalité

Après quatre mois de recherches infructeuses, Paula a finalement vu son rêve se réaliser. La jeune ingénieure vient d’être embauchée dans une entreprise espagnole sur le point d'ouvrir une antenne au Brésil. Sauf que l'entreprise doit dans un premier temps recruter deux autres Brésiliens.

Car l’embauche d’un ressortissant étranger ne peut se faire qui si au minimum 90% du personnel de l’entreprise est brésilien. C’est la règle, et la jeune Espagnole doit travailler sans document en attendant de régulariser sa situation. "C'est difficile", explique-t-elle. Avec un contrat d'un an, elle espère que tout va rentrer dans l'ordre:

Qui ne tente rien n'a rien. Je ne veux surtout pas avoir de regrets".

L’autre option, plus risquée, est celle du mariage blanc. Selon le journal espagnol El Pais, entre 2009 et 2010, les demandes de visa permanent liées à un mariage avec un partenaire brésilien ont augmenté de 95%. S’il reste difficile de mesurer la part d’unions frauduleuses, il semblerait que la situation économique en Europe pousse de nombreux jeunes à opter pour cette pratique hors-la-loi.

Trouver une partenaire pour un mariage arrangé se négocierait autour de 3.000 reais, soit près de 1.200 euros, selon le quotidien espagnol. Ce n’est pas à l’ordre du jour pour Paula, qui compte bien obtenir son visa de travail sans avoir à passer par là, pour profiter du développement de la plus latine des économies émergentes.

(*Les prénoms de certaines personnes interviewées ont été modifiés à leur demande.)




Pays