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Pinkstinks, la relève du féminisme allemand

mardi, 3 septembre, 2013 - 14:33

C'est l'un des nouveaux visages du féminisme outre-Rhin. Le collectif Pinkstinks ("le rose pue"), créé il y a tout juste un an, s'emploie, pour l'heure, à combattre le sexisme dans la publicité. Ses membres, femmes et hommes, se battent pour imposer une loi. Rencontre.

Ce 1er septembre, sous le soleil berlinois, la jeune association Pinkstinks a réussi à attirer un millier de personnes et de nombreux journalistes devant la porte de Brandebourg, pour un rassemblement festif destiné à dénoncer le sexisme dans les publicités.

Sur scène, la présidente, Stevie Schmiedel, une jeune maman habillée de jaune, lance un appel à la diversité devant une foule bigarrée, composée de femmes bien sûr, mais aussi de nombreux hommes:

Venez comme vous êtes, grosses ou minces, blondes ou brunes, hétéro ou homo. Nous avons besoin de plus de diversité!"

Pinkstinks, qui signifie littéralement "le rose pue", est la petite sœur d’une association britannique du même nom créée en 2009. Née il y a tout juste un an, la version allemande a cependant déjà été maintes fois citée dans la presse allemande et elle est suivie par près de 8.000 fidèles sur Facebook.

Au non de la rose

Principal objectif? Dénoncer ce que Stevie Schmiedel, doctorante et spécialiste des questions de genre à l’université de Hamboug, appelle la "roséification" de la société capitaliste.

Autrement dit, les filles doivent porter du rose, aimer les Barbies, les garçons doivent se vêtir de bleu et jouer avec des camions noirs ou gris. "A quand des jouets pour garçons en rose ?", se demande ainsi Suze Bruha, membre de l’association et maman d’une petite fille de 18 mois.

Pas question toutefois pour les militants de Pinkstinks de prôner l’interdiction. Au sein du groupe, on préfère convaincre.

Ma fille aura une Barbie si elle en souhaite une. Il ne s’agit pas de limiter les choix mais d’offrir plus de diversité",

explique Suze, journaliste aux yeux d’un bleu intense.


Campagne de Pinkstinks UK contre les clichés sexistes

Un message simple que Pinkstinks va s’efforcer de faire passer dès cet automne via une pièce de théâtre jouée dans des établissements scolaire.

Contre les pubs clichés

Mais l’association s’est donné un autre objectif plus ambitieux: réussir à faire passer d’ici 2016 une loi au parlement allemand introduisant la notion de discrimination sexuelle dans la publicité. Comme cela existe notamment en Norvège ou en Espagne.

Actuellement, en Allemagne, il n’existe pas de critères précis définissant le sexisme",

explique Stevie, qui regrette l’usage récurrent des clichés sur les hommes et les femmes.

Et ces derniers temps, les exemples sont légions, à commencer par une récente campagne de pub du géant allemand de vente d’appareils électroménagers, Mediamarkt. On y découvre une femme blonde quasiment nue dont le décolleté plongeant comporte trois seins. Et ce message: "il y a plus à l’intérieur que ce que l’on pense".

Pour tenter de changer les mentalités, Pinkstinks mise sur une activité de lobbying. Elle a remis hier une pétition signées par 16.000 personnes à l’organisme officiel chargé de la régulation de la publicité (Werberat). Chose intéressante, un bon tiers des pétitionnaires sont des hommes.

"Nous sommes plus égalitaristes que féministes"

Il existe une nouvelle génération d’hommes qui en ont assez des clichés. Ils font la vaisselle, élèvent leurs enfants et ne veulent plus être représentés comme des machos".

Dans l’équipe de Pinkstinks d'ailleurs, seuls 6 des 10 membres actifs sont de la gent féminine. "Nous ne sommes pas contre les hommes!", lance Stevie en riant.

Au contraire. Nous pensons qu’il faut les approcher, travailler avec eux. Nous sommes plus égalitaristes que féministes. Et c’est là notre spécificité : nous nous voulons plus ouverts, plus colorés, plus jeunes, plus flexibles que la plupart des autres organisations féministes, souvent trop sérieuses".

Si Pinkstinks travaille main dans la main avec 25 autres organisations sur sa campagne contre le sexisme, pas question en revanche de cautionner le nouveau phénomène des Femen dont Stevie Schmiedel juge l’action "raciste".

Une Allemagne conservatrice et sexiste

Quelle que soit l’ambiance entre ces différentes organisations, une chose est sûre : ces derniers mois, la société allemande débat de plus en plus de la question du sexisme. La "faute", entre autres, à la publication en janvier dans le magazine Stern du portrait de Rainer Brüderle, patron du parti libéral FDP. La journaliste Franziska Reich y raconte comment cet homme politique lui a fait une remarque sur sa poitrine.

De manière inattendue, la toile s'empare alors de ce dossier via une militante féministe, Anne Wizorek, qui lance un appel à témoignages sur le sexisme au quotidien. En trois jours, plus de 60.000 tweets sont recensés sur #aufschrei ("indignation"). Trois mois plus tard, cette même jeune femme lance un nouvel appel, cette fois pour boycotter les marques jugées sexistes, via #ichkaufdasnicht.

Conservatrice et sexiste, la société allemande ? Oui, affirme Stevie Schmiedel, qui regrette que la jeune génération débatte moins que par le passé.

Les jeunes nés dans les années 1990-2000 ont intégré et jugent normales des visions et représentations sexistes véhiculées par la société de consommation".

Optimiste, Stevie croit toutefois à la réussite de son projet: "nous sommes très bien reçus par la plupart des partis politiques". Rien de très surprenant, à trois semaines des élections législatives…




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