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Menu de crise : des produits périmés pour les Grecs

mercredi, 4 septembre, 2013 - 12:12

Depuis lundi, on peut acheter en Grèce des produits alimentaires dont la date limite d'utilisation a expiré. Une mesure pour faire face à la paupérisation de nombreux Grecs. Récit.

"La Grèce a dépassé sa date de péremption". C’est avec ce titre sarcastique que le quotidien turc Milliyet commente la décision des autorités grecques d’autoriser la vente d’aliments ayant dépassé leur date limite d'utilisation optimale (DLUO) jusqu'à 3 mois.

La Grèce vient en effet d'amender son code du commerce, à dater du 1er septembre: depuis lundi, les denrées alimentaires ayant dépassé leur date de consommation préférentielle sont donc en rayon dans les magasins qui le souhaitent, à un prix inférieur. La restauration collective est en revanche exclue de cette mesure.

Sans risque, mais sans goût

Le ministre du développement Giorgios Stergiou cependant a rappelé que cette autorisation était soumise à des conditions très strictes : les produits doivent être disposés dans des rayons à part, sous la désignation bien affichée en lettres capitales "DATE D’UTILISATION OPTIMALE DEPASSEE" et vendus à un prix inférieur.

Le gouvernement insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de produits périmés, mais de produits dont la date indicative est dépassée, et certifie que cela n’altère en rien leur qualité ou leur garantie sanitaire. Cette norme ISO, plaide-t-il, est un simple standard marketing voulu par les sociétés agroalimentaires et ne garantissent au consommateur que le même goût et l'apparence du produit.

Consommer des aliments après cette date ne peut constituer un danger pour la santé, même si les qualités organoleptiques et nutritionnelles ne sont plus garanties: les aliments risquent seulement d'avoir moins de goût, moins de vitamines, ou une consistance différente.

Des clients peu pressés d'acheter périmé

Les réactions n’ont guère tardées. La majorité des chaînes de grande distribution ont refusé de participer à cette opération, la jugeant en contradiction à leur politique commerciale.

Une visite le premier jour d’application de la nouvelle loi dans plusieurs quartiers de la capitale montre que très peu de supermarchés ont en effet installé des rayonnages spéciaux. Le personnel n’est d'ailleurs guère au courant. Même dans les quartiers défavorisés, les clients ne se sont pas rués sur les quelques stands existants.

Plus d'animation, en revanche, sur la toile où le débat se déchaine. Comme ce commentaire caustique relevé sur le site Protothema:

Ce n’est pas grave, idiots que nous sommes. Au contraire, avec quelques vers en plus, nous aurons des protéines gratuitement. Du moment qu’on a cette chance inouïe d’avoir l’euro comme monnaie, qu’a-t-on besoin de manger?"

Ou un autre commentaire encore plus fataliste: "Et parce qu’ici on est en Grèce, dans très peu de temps, les produits périmés seront au prix de ceux qu’on achète normalement, ces derniers seront vendus comme bio, et les bio ne seront achetés plus que par les nantis".

"Nous, les produits périmés, et eux, langoustes et profiteroles "

D’autres essaient de justifier la décision gouvernementale d’aider "les gens qui ont faim": "Plutôt que d’aller dans les décharges, pourquoi ne pas donner la possibilité à ceux qui veulent acheter une boîte de conserve qui vient juste de se périmer 70 à 80% moins cher ?  Qui n’a jamais mangé à la maison un yaourt ou un lait périmé?", s'interroge celui-là.  Ce à quoi lui répond de façon cinglante  un autre internaute:

Bien sûr, on fait cela pour le bien de 'ceux qui ont faim'. Après nous avoir sucré le travail, raboté les salaires, assommé avec de nouveaux impôts et des hausses de prix, pour calmer notre faim, on paie pour des produits périmés.

Si vraiment ce gouvernement voulait faire quelque chose pour les gens démunis, il leur distribuerait des vivres gratuitement. Que le premier ministre aille lui aussi acheter des produits périmés pour sa femme et ses enfants… Mais non, eux, ils mangent des langoustes et des profiteroles ".

"Gouvernement périmé"

D’autres replacent le débat sur le terrain social, comme l’Union des consommateurs de Crête:

En plus d’organiser légalement une discrimination sociale envers les économiquement faibles, le risque est ce que feront l’industrie des plats préparés et la restauration collective, comme les maisons de retraite et les colonies de vacances. Qui garantit que ces produits périmés ne seront pas utilisés pour des raisons budgétaires, car moins chers? Avec quels contrôles?"

Ce qu’un autre internaute traduit en termes plus crus sur le site de Ta Nea: "On va en manger du baklava préparé avec du lait périmé et des souvlakis (brochettes) aux salmonelles…".

D’autres s'inquiètent: "En cas d’empoisonnement, qui sera responsable? Le magasin qui vend ces produits ou moi qui achète en sachant que c’est périmé? Comme la banque qui donnait des prêts revolving est considérée innocente dans le cas où on te prend ta maison, les supermarchés n’auront aucune responsabilité pour l’empoisonnement de ton enfant". En réalité, selon la loi, c'est bien le vendeur qui sera exclusivement responsable du bon état sanitaire des produits mis en vente. Une responsabilité cependant difficile à faire valoir dans la pratique.

Et un dernier commentateur de conclure: "Gouvernement périmé!".




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