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Jeux Olympiques: pourquoi Madrid pensait gagner

jeudi, 5 septembre, 2013 - 12:55

Patatras! Madrid n'aura finalement pas les Jeux olympiques 2020. Ce weekend, le Comité international olympique lui a en effet préféré Tokyo. Le seul candidat européen est partagé entre incompréhension et sentiment d'injustice. Les quatre raisons pour lesquelles Madrid pensait mériter les J.O.

Pour la presse espagnole, les jeux étaient faits. La veille du vote du Comité international olympique pour l'attribution des Jeux Olympiques de 2020, la pluie d'articles enthousiastes et optimistes redoublait encore, tout juste tempérés par quelques timides éditos appelant à la prudence. C'était évident: samedi 7 septembre, Madrid serait sacrée, Madrid en était sûre.

Finalement non. Tokyo a gagné. Madrid a même été éliminée au premier tour, avant Istanbul. Reste donc cette question: pourquoi tant d'aplomb? Pourquoi Madrid pensait tellement gagner?

1. Parce que Madrid 2020, c'est pas cher !

C'était l'argument préféré de la maire de Madrid, Ana Botella (PP, parti conservateur). A l'en croire, la candidature madrilène ne coûterait pas un copeck. Ou tout du moins, un tout petit milliard et demi d'euros. Autant dire une bagatelle pour des J.O. A titre de comparaison, les Jeux de Londres 2012 ont coûté plus de 11 milliards d'euros.

Une petite facture qui, estiment les Madrilènes, constitue un gros atout face à ses concurrentes. Tokyo devrait investir 3 milliards pour accueillir les Jeux. Quant à Istanbul n'en parlons pas: la ville aurait tout à bâtir, soit 15 milliards d'investissements.

Madrid comptait, en fait, amortir les 6,5 milliards d'euros déjà investis lors de ses précédentes candidatures. Ne manqueraient ainsi plus que 1,6 milliard et le compte était bon. L'équipe espagnole ne cesse alors de marteler que la capitale possède déjà 80% des infrastructures nécessaires.

Pour Madrid, le plus gros chantier devait être le village olympique, estimé à 1 milliard d'euros. La candidature madrilène a, en revanche, écrémé la liste de sites à construire, abandonnant, par exemple, le centre de hockey (75 millions), le pavillon pour le volleyball (68 millions) ou encore les centres de presse (254 millions). Des installations existantes auraient été, tout au plus, rénovées.

2. Parce que si Madrid a la crise, Istanbul a Taksim et Tokyo Fukushima

Madrid a d'abord craint que la crise qu'elle endure ne soit pas très vendeuse. Une Espagne déprimée, au chômage, une capitale endettée de 7 milliards d'euros… Pas très olympique tout ça. Alors Madrid 2020 s'est employée à pointer les faiblesses des autres. Et elle en a trouvé: la grogne sociale en Turquie et Fukushima au Japon. Résultat, une habile rhétorique sur la notion du risque.

C'est une candidature sans risque, soutenue par les syndicats et le principal parti d'opposition",

plaidait ainsi la maire Ana Botella. "Dans une période de turbulences politiques et économiques, (la candidature de Madrid) est sûre et fiable", dit-elle encore.

Le CIO a été surpris par les récents mouvements de contestation au Brésil. Les Brésiliens, qui accueilleront coup sur coup la Coupe du monde de football et les JO, ont bruyamment manifesté leur souhait de voir les deniers publics partir dans des transports publics plutôt que dans des stades. Alors la capitale espagnole agite la fronde de la place Taksim au nez du CIO, en jetant un voile pudique sur le mouvement des indignés "15-M" qui ont occupé il y deux ans pendant des mois l'immense Puerta del Sol à Madrid. Mouvement dont s'inspire les Stambouliotes de Taksim…

Quant à Tokyo, la presse voulait croire que la récente aggravation de la situation à Fukushima rendait la candidature japonaise peut attrayante.

3. Parce que les Espagnols disent oui, et Messi aussi

Une candidature olympique sans engouement national a peu de chance d'aboutir. Alors Madrid a mobilisé. Et peut se targuer d'une vaste adhésion populaire. 91% des Espagnols interrogés appuient la candidature, selon une enquête de l'institut Mediapost, commandée, notons le tout de même, par le comité olympique espagnol.

Ils sont même 83% à croire que des J.O. auraient un impact économique positif. Ou quand l'Espagne en crise se prend à rêver d'une reprise olympique. Fait intéressant, les Madrilènes sont un poil moins emballés que les Espagnols: 83% soutiennent la candidature et autant la croient économiquement prometteuse.

Enfin, Madrid peut compter sur l'activisme de la famille royale et du gouvernement. Une véritable délégation de VIP a d'ailleurs débarqué à Buenos Aires, où les résultats ont été prononcés. Le prince Felipe, qui aura tenté par tous les moyens de peser sur les instances olympiques, y a été rejoint par la princesse Letizia Ortiz, pas moins de 4 ministres, ainsi que par le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, parti pour l'Argentine sitôt le G20 de St Petersburg achevé.

Moins attendu, le soutien du meilleur footballeur de la planète, l'argentin Léo Messi, avait donné un coup de projecteur de plus à la candidature de Madrid. "Je suis avec Madrid 2020", a ainsi déclaré l'attaquant du FC Barcelone, posant avec le drapeau officiel, et plongeant ainsi dans le ravissement les organisateurs.

4. Parce que, tout bêtement, ça commence à bien faire

C'est l'argument le moins valable mais difficile d'y échapper. Avant celle-ci, Madrid, qui n'a jamais organisé les Jeux, a déjà présenté 3 candidatures. Autant dire qu'elle s'impatiente et juge que c'est son tour. En 1972, elle terminait deuxième derrière Munich. Surtout, elle s'est portée candidate aux deux dernières éditions. En 2012, avec quelque 31 voix, elle était battue par Paris (33) et par le vainqueur Londres (39). Et en 2016, elle échouait en finale contre Rio de Janeiro, par 32 voix contre 66.

D'autant que l'Espagne a déjà fait ses preuves avec les Jeux de Barcelone en 1992, considérés comme parmi les plus réussis de l'ère moderne.

"C'est maintenant ou jamais", prévenait d'ailleurs le quotidien El Pais."Si nous perdons, avec le fardeau de la crise, c'est en fini et pour longtemps". Rendez-vous dans longtemps.

La vidéo officielle de Madrid 2020:


Article actualisé le 9 septembre 2013 après la proclamation des résultats.




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